La polyvalence au coeur de l’industrie indépendante

Une histoire d’apps

Tandis que Triple Boris existe depuis 2014 et n’a ses bureaux que depuis janvier 2016 seulement, les idées de son fondateur, Simon Dansereau, décantaient il y a de cela des années. Formé en génie informatique et fasciné par les mécanismes des jeux depuis son enfance, il s’est rapidement rapproché du monde des applications web au début des années 2000, puis dans la programmation de jeux mobiles avec Jamdat, plus tard rachetée par EA. Attention : il s’agissait de la genèse du jeu mobile, là où un fichier d’un jeu devait atteindre des tailles microscopiques comparativement aux productions contemporaines. Il a toutefois pu gravir les échelons en travaillant derrière des titres forts connus comme Tetris, Scrabble et The Sims.

tripleboris2Simon Dansereau est ainsi devenu un vétéran de la programmation des jeux et applications mobiles, devenant en même temps de plus en plus intéressé à lancer sa propre entreprise au début des années 2010. Mais comme tout bon développeur du secteur AAA, il faut du courage ou un cas de force majeure pour quitter la sécurité financière qu’offre le travail. La fermeture de EA a forcé Simon à rebondir ailleurs, lui ouvrant des portes, commencant à travailler en tant que consultant chez le studio Artifice pour ensuite enseigner en jeu vidéo, au cégep de Bois-de-Boulogne.

De fil en aiguille, Simon passe de consultant à son compte à la création de Triple Boris avec Karl Tremblay, gamer assumé de longue date et qui a toujours eu l’intérêt de s’aventurer dans la création de jeux vidéo, en dehors de sa carrière de chanteur des Cowboys Fringants.

 

Deux branches d’affaires : services et IP

Le modèle d’affaire de Triple Boris est comparable à celui de plusieurs autres entreprises indépendantes québécoises, comme Illogika, Hibernum ou Frima, mais à une échelle actuellement plus modeste. Le plan est d’établir d’un côté un réseau de services qui assure une viabilité financière, consolide les talents de l’équipe et en agrandit leur portfolio. De l’autre côté se cachent des ambitions plus créatives, où une partie des fonds accumulés peut être réinvestie pour créer leurs propres IP. En bref, on ne met pas tous ses oeufs dans le même panier en risquant de tout investir dans un projet qui n’a pas une rentabilité assurée.

 

Quels services un studio peut offrir?

Consultation

conflicks

Triple Boris a travaillé comme consultant sur (l'excellent) jeu Conflicks

Un néophyte pourrait croire qu’un consultant a comme travail de conseiller, de commenter ou d’orienter un projet en développement. Ce qui serait complètement erroné! Le consultant est plutôt un employé qui travaillera sous contrat au sein d’une entreprise. Chez Triple Boris, il y a actuellement trois programmeurs qui travaillent directement chez d’autres studios, pour une durée en fonction du besoin de leurs services. Une fois le travail accompli, ils retournent au bercail chez Triple Boris pour se lancer sur d’autres projets.

 

Sous-traitance

Le service de sous-traitant est lorsqu’un projet est soumis à l’entreprise et doit être accompli sous certains paramètres et échéances. On profite alors de la spécialisation de la main d’oeuvre. Par exemple, l’accréditation de développement sous Unity 5 de Triple Boris leur permet d’offrir un service de maintenance ou d’optimisation pour un jeu d’un client nécessitant l’expertise nécessaire.

Here They Come

Le studio a également eu à travailler sur Here They Come!, de Behaviour Interactive

Formation et éducation

Étant lui-même un enseignant dans le secteur de la programmation et du jeu vidéo, Simon Dansereau croit fortement au potentiel de former les jeunes à la création de jeux d’un point de vue commercial, mais aussi idéologique. L’intérêt pour le jeu se fait sentir chez les jeunes et son enseignement a des impacts très bénéfiques sur eux. L’apprentissage du jeu vidéo permet entre autres de raviver la motivation de potentiels décrocheurs et d’aider les jeunes filles à s’affirmer dans un domaine ciblant traditionnellement les garçons. Après tout, si le Québec veut définitivement devenir un berceau de l’industrie du jeu, il faut miser sur l’éducation de la génération à venir!

Puisque le programme actuel du ministère ne prévoit rien en matière d’éducation numérique, il y a donc de plus en plus d’intérêts, surtout dans les collèges privés, d’offrir des services parascolaires en développement de jeu. Triple Boris travaillera d’ailleurs l’année prochaine avec le collège St-Paul de Varennes pour offrir des cours de formation en jeu vidéo : dans les domaines du design, la programmation et la création artistique.

Développement d’application

Ayant toutes les ressources pour le design et la création d’apps, Triple Boris se permet alors de proposer la création d’applications sur mesure. Il ne s’agit donc pas de se casser la tête pour trouver LA meilleure idée d’application qui atteindra les palmarès, mais plutôt de répondre aux besoins spécifiques de différentes entreprises. Récemment, ils ont développé une plate-forme de communication qui sera utilisée dans une émission télé.

Le marketing interactif

Dans le même ordre d’idées du développement d’application, Simon Dansereau prévoit une forte demande à venir dans le marketing via des applications. En prenant l’exemple des restaurants St-Hubert, il voit un fort potentiel dans la formule d’un petit jeu qui offre des rabais ou des produits gratuits aux joueurs. “Les compagnies vont de plus en plus délaisser les campagnes marketing traditionnelles ou les compléter avec des applications mobiles ou des jeux”, nous explique Simon. Cette formule s’annonce très prometteuse dans un temps où la fidélisation du client devient primordiale.

Production vidéo

Grâce à des artistes aptes à produire des animations, il est possible alors pour des studios de produire des vidéos sur demande. Profitant de la proximité des entreprises locales, il est donc logique pour une entreprise polyvalente comme Triple Boris d’ajouter une corde à son arc et d’offrir ce genre de services.

Réinvestir sur un IP

C’est ici que se retrouve la deuxième branche, plus connue et glorieuse d’un studio indépendant. Profitant des recettes des autres services, il est éventuellement possible de les réinvestir dans une création originale. Il s’agit alors du fameux moment de solliciter le travail du directeur créatif et co-fondateur de Triple Boris, Karl Tremblay.

Avec leur premier IP, Gauche-Droite : Le manoir, les ambitions sont très modestes. On ne cherche pas à faire un jeu révolutionnaire, mais plutôt à se roder. Ce jeu de mémorisation sert de signature pour Triple Boris, où l’on cherche à présenter le style et le potentiel visuel du studio. Avec un look cartoonesque légèrement sombre, est-ce que cela nous garantit un plus gros jeu dans la même branche? Pas vraiment, nous explique Karl Tremblay. On voit alors que le studio s’aventure tranquillement, explorant ses possibilités et attendant de voir les progrès de leur entreprise.

gauchedroite

L'équipe travaille actuellement sur Gauche-Droite : le manoir

En route vers le financement

Si ce n’est que pour quelques bourses, Triple Boris roule à son compte. Ils accumulent présentement de multiples projets afin de se faire un portfolio bien garni pour faire une demande de financement au FMC, qui leur permettrait de déployer leurs projets plus ambitieux.

Un studio en banlieue, est-ce réaliste?

Toutes les conditions de travail de Simon Dansereau ont fait en sorte qu’il optait de plus en plus pour travailler à l’extérieur de l’île de Montréal. Épuisé du voyagement entre la Rive-Sud et Montréal depuis des années et travaillant à titre de consultant chez Artifice, la Montérégie devient le lieu de choix pour l’établissement de Triple Boris. Mais ce phénomène est relativement rare, dans une industrie où Montréal et Québec sont les lieux de prédilection.

Est-ce possible de recruter?

La première question qu’on se pose, c’est si le recrutement d’une main-d’oeuvre spécialisée pour un studio de jeux vidéo est toujours réalisable dans une ville comme Varennes. “C’est tout ou rien” nous répond Simon. Avec un peu de patience, il est possible de trouver tous les travailleurs nécessaires, mais la proximité joue un rôle définitif et primordial pour la plupart des candidats.

D’un côté, Triple Boris se dit prêt à se priver de l’expertise d’une portion du Grand Montréal, la Rive-Nord. En retour, l’attrait de la banlieue ouvre la porte à des prétendants qualifiés, vivant en famille avec les commodités de la banlieue, qui se disent intéressés de quitter leur emploi actuel à Montréal pour travailler au sein de Triple Boris, pour une simplequestion de proximité. Chez les plus jeunes, la sélection des employés est certes plus restreinte, mais elle permet au moins aux travailleurs d’avoir accès à un loyer moins dispendieux, assurant une qualité de vie nettement supérieure ’à celle de Montréal. Le plus gros obstacle au recrutement n’est pas la localisation, mais plutôt la popularité du studio, nous explique Simon.

Des avantages commerciaux

Le fait d’être situé dans une banlieue comme Varennes est-il un avantage au niveau des affaires? Absolument, nous dit Simon. Aux yeux des administrateurs de la ville et des investisseurs locaux, qui sont habitués à l’industriel, un entrepreneur qui demande un espace à bureaux et des services technologiques est très attrayant. En bref, une compagnie d’applications et de jeux vidéo détonne fortement des cinquante autres entreprises qui veulent construire des patios. Il est donc beaucoup plus facile que l’on aurait pensé d’attirer l’intérêt des acteurs locaux en affaires.

La poule ou l’oeuf?

Voilà alors le fonctionnement d’un studio misant sur la polyvalence. Mais un paradoxe s’installe toujours dans les débuts : il faut des employés pour offrir ses services, mais il faut des clients pour embaucher des employés. Si les débuts étaient un peu chaotiques en matière d’offre et demande, Triple Boris a finalement réussi à se stabiliser avec désormais huit employés à temps plein et en s’établissant tout récemment dans ses nouveaux bureaux de l’Espace Novo à Varennes. Il reste maintenant à voir vers où le courant mènera le bateau!

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Semaine des Indépendants
Enseignant d'histoire et de géographie passionné des jeux vidéo depuis sa petite enfance. Il a évolué dans les univers SNES, PSX, PC, Xbox, PS3. Grand admirateur de jeu de stratégies, d’aventure, de RPG, et de plate-forme. Ses goûts pour les sciences sociales et la psychologie l’amènent souvent à aborder les jeux vidéo d'un angle différent.
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