Thimbleweed Park – Comme dans l’temps

Où pouvez-vous rencontrer les Pigeon Brothers, deux sœurs déguisées en pigeon qui sont des plombières expertes en paranormal? Où pouvez-vous croiser un clown vulgaire qui porte son maquillage en permanence dû à une malédiction?

À Thimbleweed Park, une ville si petite, mais pourtant pleine de mystère. Après la fermeture de l’usine d’oreillers, la mort de son propriétaire, et la découverte du cadavre d’un inconnu sous un pont, ce village n’est plus ce qu’il était. La moitié des bâtiments sont des commerces abandonnés et ses habitants sont plus étranges que jamais.

C’est alors qu’arrivent les agents Rey et Reyes (deux des cinq personnages que vous contrôlerez durant le jeu), qui tenteront de comprendre ce qui se passe dans cette ville de fou. Comme le dit le slogan du jeu : « À Thimbleweed Park, un cadavre est le dernier de vos soucis.»

Prendre le flambeau des jeux LucasArts

Petit retour en arrière : en 2012, les amateurs de jeux d’aventures point-and-click voyaient le Kickstarter de Double Fine comme la venue du messie. Un genre délaissé allait enfin être revisité par des gens responsables de quelques classiques.

Le créateur des séries Monkey Island et Maniac Mansion, Ron Gilbert (programmeur, écrivain, concepteur et graphiste) n’était pas présent dans le développement de Broken Age, puisqu’il était concentré sur The Cave, chez Double Fine. Alors lorsqu’il a démarré un Kickstarter pour faire lui aussi un nouveau point-and-click nommé Thimbleweed Park, plusieurs personnes (incluant moi-même), se sont dit : «Tiens, Ron Gilbert tente de capitaliser sur le succès de Broken Age.»

En fait c’est tout le contraire : Thimbleweed Park était le jeu que nous attendions.

Comprenez moi bien : Broken Age est très amusant et magnifique, mais il semble avoir été conçu avec le désir de mettre le genre au goût du jour. Son interface était simplifiée, et par le fait même, ses casse-têtes aussi. Son univers était émerveillant, mais n’utilisait pas l’humour noir et cynique présent dans nos classiques préférés. C’était une tentative de nouveau départ, conçu pour être accessible à tout âge.

Thimbleweed Park est au contraire un hommage le plus fidèle possible au point-and-click. Il s’adresse aux fans de longue date qui n’ont jamais réussi à retrouver la magie «LucasArts» dans la marée de jeux d'aventure sur Steam.

Cette «magie» n’est pas seulement présente par l’utilisation de l’interface classique tel que vu dans les jeux SCUMM. C'est aussi le contrôle de plusieurs personnages à la fois, l’écriture de Ron Gilbert, l’humour noir et les casse-têtes tordus qui en font un réel successeur.

Comme dans le temps, pour démarrer une action, on appuie sur un verbe (ouvrir, fermer, prendre, pousser, tirer, regarder, donner, ou utiliser) et ensuite sur un objet du décor ou de votre inventaire. Par exemple : utiliser le chien en ballon sur le cadavre.

La beauté de tout ça, c’est que l’exemple ci-dessus est une réelle solution. Les casse-têtes sont à la foi absurdes et rationnels : ils ont tous du sens lorsqu’on réussit à se plonger dans la logique tordue du jeu.

Ceux-ci ajoutent à l’humour farfelu et aux dialogues hilarants, qui sont constamment présents du début à la fin. Les personnages ont beau être ridicules, ils vivent chacun une évolution au cours du jeu, avec un message en sous-texte. Par exemple, un des personnages jouables est Dolores, une femme brillante qui décide d’abandonner la compagnie de son père pour poursuivre son rêve de travailler dans l’industrie du jeu vidéo. On peut imaginer qu’en 1987 (l’année où se déroule le jeu), Ron Gilbert et ses compatriotes ont dû subir les mêmes commentaires de leur entourage.

Un trésor du passé

D’ailleurs, l’aspect rétro n’est pas uniquement présent dans ses visuels ou mécaniques : c’est en quelque sorte la thématique. Au même titre que Night in the Woods, le village qu’on explore est prisonnier du passé et semble refuser d’avancer. Tout est alimenté par des tubes électroniques (technologie obsolète) et la moitié des commerces sont abandonnés. On y trouve un magasin de laserdisc, un bureau de poste, une arcade, un journal local, et surtout, une compagnie qui a fait l’erreur de vouloir remplacer ses employés par des machines.

Au lieu d’être encore un autre jeu nostalgique qui nous fait croire que tout était meilleur dans le temps, il nous fait retourner dans un genre abandonné comme si Ron Gilbert nous disait en blague que son esprit est, lui aussi, prisonnier du passé. C’est une approche cynique par rapport à la vague de faux-rétro et hyper-nostalgie qu’on retrouve partout. Ça fait tellement du bien.

Les amateurs de point-and-click seront ravis de savoir qu’il déborde de références à leurs classiques préférés. Le jeu lui-même se questionne sur certains concepts étranges du genre, pour notre plus grand plaisir. Thimbleweed Park brise tellement souvent le quatrième mur que la mascotte de Kool-Aid a de quoi en être jaloux!

Pour ceux qui n’ont jamais essayé un jeu d’aventure point-and-click, je crois qu’il peut être une excellente porte d’entrée, d’autant plus qu’il contient un mode casual pour les débutants, chose que j’ai rarement vue. Ayant terminé le mode «hard» en 18 heures, je peux vous assurer que la difficulté est bien ajustée et semblable à ce qu’on retrouve dans les Monkey Island.

Le blog de Thimbleweed Park nous offre une lecture intéressante par rapport au développement du jeu, dont l’utilisation d’une charte de dépendance pour les casse-têtes, qui se trouve être plus complexe que les imitateurs du style LucasArts. Il arrive souvent que ceux-ci soient justement trop linéaires plutôt que d’avoir de multiples problèmes à résoudre à la fois. On peut remarquer sur la charte du jeu que les éléments ont tendance à se rassembler en un seul point à la fin des chapitres (et c’est tout à fait logique). C’est peut-être ces moments qui vous donneront plus de fil à retordre, puisque vous n’aurez à ce moment qu’un seul problème à résoudre avant de passer au chapitre suivant. Il faut alors trouver ce qui vous a échappé. Vous tournerez peut-être un peu en rond pendant un moment, mais les casse-têtes ne sont jamais impossibles .Si vous prenez le temps de faire des recherches, vous réaliserez que les jeux LucasArts de Ron Gilbert ne se trouvent jamais dans les tops 10 de puzzles les plus ridicules dans les point-and-click!

Thimbleweed s’est rapidement hissé dans mon top 5 de jeux d’aventure favoris (et je suis un fan du genre). Il est encore trop tôt pour dire s’il a déclassé Day of the Tentacle, mais lorsque j’aurais pris du recul, il se peut que ce soit le cas. Ils sont dangereusement côte à côte.

Drôle et ingénieux
9
Drôle et ingénieux

Ce jeu est un délice absolu du début à la fin, autant de par son humour terre-à-terre, ses casse-têtes relevés et farfelus, et son scénario débile qui nous tient en haleine. Un «nouveau» classique qui n’oublie pas ses racines.

Les plus
  • Dialogues hilarants et personnages loufoques
  • Casse-têtes tordus et géniaux comme dans vos classiques préférés
  • Plus de références à Maniac Mansion que vous ne pouvez l’imaginer
  • Pour les vrais fans de point-and-click
Les moins
  • Mais pourrait potentiellement repousser les novices par son style rétro
  • 9
Catégories
CritiquesMicrosoftMobilePC / MAC

C’est un gamer, fan de science-fiction, de BD, de jeux de société et de musique électronique. Bref, un geek. Rédacteur depuis 2008, il adore partir à la recherche de jeux uniques, peu importe leurs dates de sortie ou leurs pays d’origine.

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