Yooka-Laylee est-il un successeur ou un imposteur?

C’est le 11 avril dernier qu’est sorti le très attendu Yooka-Laylee, jeu qui se veut successeur spirituel du jadis très populaire Banjo-Kazooie. Créé par Playtonic, un studio indépendant fondé par des anciens de chez Rare, le jeu est un plateformeur 3D comme il ne s’en fait plus. Yooka-Laylee a pour mission d’éveiller en nous l’enfant, jeune ou moins jeune, qui a passé des dizaines d’heures à collectionner les pièces de casse-têtes et autres chimères de l’univers Banjo-Kazooie. La vraie question : réussit-il cette mission?

 

Tout d’abord, je me dois d’expliquer les raisons qui me poussent à écrire cet article :

  • Mon amour littéralement infini pour Banjo-Kazooie et Banjo-Tooie (les deux titres de la série originelle).
  • Les attentes (spoiler-alert) beaucoup trop élevées que j’avais pour Yooka-Laylee.
  • Un désir d’analyser des choses dont la majeure partie de la société n’a rien à faire, et ce, afin de redorer mon fier blason de geek accompli.

Ensuite, je vous invite à lire la critique que ma collègue Cindy a rédigée pour Yooka-Laylee. Il était intéressant pour moi d’aborder le sujet, d’une part, parce que nos opinions sur le jeu divergent à plusieurs endroits, et d’autre part parce que je souhaite mettre le titre en réelle comparaison avec son ancêtre Banjo-Kazooie. Bon, à partir de ce point, je vais référer aux deux titres en tant que Y-L (Yooka-Laylee) et B-K (Banjo-Kazooie).

 

Mes premiers pas dans l’univers de Y-L

Je ne repasserai pas tous les aspects du jeu dans le détail, comme on le ferait dans une critique, je crois que ma collègue a déjà fait un bon travail sur ce point.

Bon, remettons tout de suite à César ce qui revient à César : les graphismes sont superbes. Le design des personnages est joli et drôle, les niveaux sont très bien pensés, même inspirants et les effets de lumière donnent une sensation de profondeur très “next-gen” à tout cela. Ah oui, aussi la jouabilité et les mécaniques sont très bien.

Donc, dès que j’ai commencé le jeu, j’ai remarqué une chose : le son et la musique. On me dira que c’est toujours ce que je remarque en premier, mais bon. Non seulement la musique se répète (ce sont des boucles d’environ 2 minutes 30 secondes, j’ai vérifié) mais le reste du design sonore est IRRITANT dans le meilleur des cas. Quand c’est moi qui joue, ça passe mieux, mais pour un observateur externe c’est pire que de se taper une émission pour enfants d'âge préscolaire, le genre qui répète le même truc 46 fois.

Je vous mets au défi d'écouter cette piste plus de 10 minutes et me dire que la musique vous plaît toujours... Malheureusement, vous allez passer plusieurs heures dans ce niveau.

Donc côté esthétique, c’est doux-amer. Mais que se passe-t-il du côté narratif? Eh bien c’est tout simplement amer. Oui, en effet, l’histoire est maigre et l’humour typique de Rare (ou du moins, de son ancienne équipe) est bien mal émulé. Fini les bonnes blagues bien cinglantes de Kazooie ou la gentillesse maladroite de Banjo. Maintenant c’est Yooka, le caméléon aussi ennuyant que bienveillant et Laylee, la chauve-souris aussi drôle qu’un humoriste de sous-sol d’église qui fait de l’animation dans une fête d’enfants.

Tout le long du jeu, j’ai eu l’impression d’assister à une panoplie d'événements et de relations forcées entre les personnages, l’environnement et la trame narrative. Donc la nostalgie, on l’y retrouve ou pas? Pas pour moi en tout cas. C’est une belle tentative de résurrection, mais l’équipe a complètement manqué sa cible. Je vous explique pourquoi, juste après avoir parlé de ce que Playtonic tentait de faire en premier lieu.

 

Replonger dans le passé avec B-K

Si mon aventure avec Y-L m’a apporté une chose, c’est l’envie de me relancer dans B-K. Et c’est précisément ce que j’ai fait! C’est avec une joie renouvelée, comme celle de deux amants trop longtemps séparés, que j’ai dépoussiéré ma N64.

Banjo-Kazooie (bref, le premier titre de la série), je l’ai complété à 100% quelques fois, donc j’ai opté pour jouer à Banjo-Tooie, un titre à jeu de mots dont j’ai compris le sens il y a un an à peine (OUI, je suis en retard, merci). Ce dernier offre d'ailleurs un meilleur comparatif puisqu’il est un peu plus récent et que je ne l’ai jamais terminé.

Bon, tout d’abord, bien que le son dans B-K suive la même formule que dans Y-L (ou plutôt l’inverse, vu l’ordre chronologique des titres), ici, le tout est exécuté de manière beaucoup plus intéressante. La musique est plus accrocheuse et plus complexe : on y retrouve des boucles d'environ 2 minutes 30, ici aussi, mais avec plus de diversité dans l’instrumentation. Vous avez bien lu! Plus de musique, plus diversifiée pour un jeu plus vieux. La seule chose que B-K a de moins, c’est l’engin de son, ce qui fait que les pièces sont d’une qualité sonore moindre.

Voici la musique de mon monde favoris: Hailfire Peaks. Ici, on retrouve les deux itérations contextuelles de la mélodie combinés; presque tout aussi répétitive mais beaucoup plus intéressante.

Côté son (en particulier les voix des personnages) c’est assez similaire, mais B-K avait un certain… comment dire… charisme à ses voix loufoques. Oui, l’aspect répétitif est toujours un peu irritant, mais à l’époque, c’était plus acceptable considérant la technologie et la nouveauté de cette pratique. Qui plus est, ça marchait très bien dans le reste de l'esthétique de B-K.

Niveau visuel et gameplay, on se tient encore dans du top-qualité, pour l’époque. Même pour une N64 avec le fameux Expansion Pack, les mondes de B-K sont tous uniques et mémorables. Je pense en particulier à Hailfire Peaks, Witchyworld et Jolly Roger’s Lagoon de Banjo-Tooie, ou alors Bubblegloop Swamps, Click-Clock Woods et Gobi’s Valley de Banjo-Kazooie.

Witchyworld, de Banjo-Tooie.

Comme si ce n’était pas encore assez, Banjo-Tooie est la première suite de jeu que j’ai vue qui ne fait disparaître AUCUNE technique apprise dans le premier opus. On commence directement avec tout notre arsenal et celui-ci décuple de volume avant la fin du jeu.

 

Lorsque l’ancêtre et le jeune loup s’affrontent

Maintenant que j’ai couvert les deux titres de manière relativement séparée, j’ai voulu comprendre, au niveau purement holistique (bref, le “big picture” comme on dit) qu’est-ce qui causait mon manque d’enthousiasme face à Y-L.

La réponse, mes amis, se trouve dans la définition même du terme nostalgie : “sentiment de tristesse ou de mélancolie causé par des choses du passé ou que l’on n’a pas connues”. Les deux mots importants ici sont “sentiment” et “passé”. Ils représentent exactement l’erreur qu’a commise Playtonic avec son noble, mais tout de même boiteux, essai de résurrection du plateformeur 3D.

Pour créer de la nostalgie, il faut tenter d’émuler le sentiment du passé et non pas les éléments contextuels autour de ce sentiment. Ceci étant dit, voici ce que fait Y-L : il réussit assez bien à recréer le contexte qui enveloppe nos souvenirs de B-K dans ses aspects techniques (style esthétique, jouabilité et forme narrative), mais il échoue à recréer le sentiment de B-K (contenu narratif, richesse esthétique et cohésion de l’univers). Bref, on se retrouve avec une coquille, qui jadis contenait une perle qu’on aurait remplacée par un billet de banque : on comprend le désir de conserver la valeur du produit, mais l’effet du trésor original n’y est plus.        
Ma recommandation? Si vous êtes curieux, jetez un oeil à Yooka-Laylee, c’est loin d’être un mauvais jeu et son prix est raisonnable. Mais gardez en tête que ce n’est pas “Banjo-Threeie” (voyez, j’ai compris l’art subtil du jeu de mots, moi aussi), c’est une bête différente, qu’il faut traiter comme tel. Si, comme moi, votre désir est vraiment de revivre ce sentiment nostalgique qui est né de vos jeunes années de gamer, procurez-vous plutôt les deux excellents titres de la série Banjo-Kazooie. Ils ont bien vieilli et ils sont disponibles sur l’originale N64 ains que dans le magasin en ligne de la XBOX 360 et ONE. En plus de ça, les redécouvrir après tant d’années est toujours aussi enlevant!

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Opinion

Renaud Dallaire est un diplômé de Gestion des Ressources Humaines qui se passionne pour les arts et les jeux vidéo depuis un très jeune âge. Il aime plusieurs styles de jeux, mais particulièrement ceux dont l’aspect narratif est mis au premier plan. Ses autres intérêts inclus, mais ne se limitent pas à la musique, les séries télé et l’écriture d’oeuvres de fiction fantastique et sci-fi.

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