Beholder, ou une nouvelle façon de voir votre concierge

IBeholder est un jeu indépendant développé par Warm Lamp Games et édité par Alawar, sorti fin 2016. Après le bien connu Papers, Please et dans la lignée d’Orwell sorti un mois avant, Beholder se place dans la nouvelle mode des simulations de collabos; à croire que c’est véritablement devenu une fascination pour nous autres de vivre sous une dictature. On n’arrête pas le fétiche.

Pompage classique mais maîtrisé

Nous incarnons donc Carl, fonctionnaire d’un état totalitaire quelconque, industriel et dystopique dans lequel la liberté de la presse est un lointain souvenir, de même que la liberté tout court, en fait. Carl, à la suite d’un genre de loto, devient le gardien d’un immeuble dont il va devoir s’occuper tant bien que mal. Pour cela, il doit trouver des locataires afin de louer ces appartements, mais (parce qu’il y a un mais) il est chargé par l’état de rapporter tous les faits et gestes desdits locataires, de les dénoncer s’il repère la moindre action illégale même s’ils font partie de sa propre famille. Au début fier de servir votre grande nation, vous allez vous rendre compte peu à peu que quelque chose ne tourne pas rond et allez devoir faire des choix qui seront, comme vous pouvez le deviner, lourds de conséquences.

Le jeu emprunte énormément à Papers Please, jusque dans son fond, avec une famille dont il va falloir s’occuper et des fins multiples qui sont, dans l’absolu, plutôt similaires. Évidemment, le jeu s’inspire des récits de fictions dystopiques classiques – j’ai nommé George Orwell ou Ray Bradbury, tout cela dans un emballage à l’esthétique un peu rétro punk qui vous rappellera les polars les plus sombres de la littérature. Cependant, Beholder va plus loin en proposant une approche plus humaine que dans Papers, Please : vous allez devoir récolter beaucoup d’argent pour vous occuper de votre famille, envoyer votre fils à l’école, soigner votre fille malade, tout cela en interagissant directement avec eux : vous leur parlez, vous les voyez jouer avec vous, et si dans le cas où vous êtes un illustre incapable doublé d’un père indigne ils disparaissent, leur absence laissant un vide dans votre appartement que rien d’autre ne saura combler.

 

C'EST MOI LE ROI

Fenêtre sur cour

Graphiquement, c’est simple sans être simpliste, bien que parfois difficilement lisible. Le jeu est un mélange de 2D / 3D qui rappelle Fallout Shelter ou la vue de côté de XCOM : Enemy Unkown, mais avec une palette de couleurs très restreinte, se limitant à une majorité de noirs et de couleurs ternes, de brun et d’orange ce qui donne une ambiance monochromatique au titre et accentue le côté « vieilli », mélancolique et oppressant.

Pour le gameplay, cela se corse un peu : la plupart de vos tâches seront limitées dans le temps et vous allez passer beaucoup de temps à surveiller l’horloge en haut à gauche de l’écran. Vous contrôlez Carl, qui, à la suite d’une expérience menée par le gouvernement, ne dort jamais, et allez devoir jouer des pieds et des mains et courir dans tous les sens pour satisfaire vos locataires. Tantôt on va vous demander de réparer quelque chose ou de fournir un objet spécifique, tantôt vous demander (trop souvent) de l’argent afin de payer la fac à votre fils ou des chocolats à votre fille. À vous de décider ensuite si vous voulez dilapider votre fortune dans des trucs inutiles comme votre famille ou dans des machins trop chouettes comme de nouvelles caméras de sécurité et des bouteilles de whisky. Le jeu est d’ailleurs basé sur cette gestion du temps : lorsque vos locataires s’en vont, il faut alors courir jusqu’à leur appartement afin de fouiller tous les meubles, et si possible installer quelques caméras afin de toujours garder un œil sur eux. Pour vous faire un peu d’argent, vous pouvez également récolter des informations sur eux et les ficher au gouvernement. L’histoire se poursuit donc selon les choix que vous faites et propose plusieurs fins différentes, donnant au jeu une rejouabilité ma foi assez impressionnante une fois que l’on a terminée notre première partie. Chaque action a ses conséquences et il ne sera pas rare, si vous l’avez sauvé au début du jeu, de voir réapparaître un personnage amical beaucoup plus tard pour vous filer un coup de main.

 

Rien n'échappe à Carlito

Be older

Alors que penser de Beholder? Pour une poignée de dollars, c’est un bon jeu indépendant qui propose tout de même quelque chose d’original. Comptez entre quatre et six heures pour boucler le jeu une première fois, mais si l’expérience vous a plu et que vous voulez découvrir les autres nœuds narratifs et conclusions alternatives, vous pourrez pousser le titre jusqu’à une dizaine d’heures. Le problème que j’ai avec ce style de rejouabilité, c’est qu’au bout d’un moment la narrativité est tellement brisée qu’on ne sait plus ce que l’on savait ou ce que l’on ne savait pas. Certains nœuds sont fixes dans le temps, vous serez obligés de les faire pour continuer; en relançant une partie, vous allez donc simplement avancer le plus vite possible, passer ce que vous ne connaissez pas jusqu’à tomber sur le choix fatidique qui va déterminer une nouvelle trame narrative. Au final, le jeu ne devient qu’une suite d’actions apprises par cœur et n’encourage pas la rejouabilité. Aussi, la traduction française a été réalisée par une pelleteuse bipolaire et dyslexique (« APRENER CE QUI NE VA PAS »), et je m’excuse d’avance à toute la communauté des pelleteuses de Montréal si ces propos vous ont choqués.

Beholder est disponible sur Steam pour dix dollars environ. Un DLC, "Sommeil Béat" où vous incarnez le prédécesseur de Carl, sort dans deux semaines et amène un nouveau lot de mécaniques et de personnages hauts en couleurs ( ha ha...).

Catégories
PC / MAC

Étudiant à la maîtrise à l’UQAM, il aime les jeux vidéos depuis petit, mais aussi d’autres trucs comme la musique, le cinéma, la science-fiction ou la peinture néo-classique expérimentale post-Renaissance. Venu des confins de l’Asie lointaine, il étudie l’esthétique et le game design dans les jeux. Il a aussi une passion pour le café et les chips au jalapeño.

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