Yonder; songe d’une nuit d’été

Yonder : the Cloud Catcher Chronicles vient rajouter un peu de poésie et de zen attitude dans le paysage.

L’été, c’est le moment où les studios ont décidé de ne pas sortir leurs triple-A afin de nous laisser prendre une pause. Dans ce trou des sorties et des gros titres, c’est l’occasion pour le marché indépendant de gagner de la visibilité sans se faire écarter par le battage médiatique post-E3 du début de la saison.

Nous allons parler d’un jeu indépendant, donc, sorti le 18 juillet sur PC et PS4 : Yonder : the Cloud Catcher Chronicles, développé par les australiens de Prideful Sloth pour qui c’est le premier projet. Le jeu est un monde ouvert d’aventure-exploration qui intègre une grosse portion de farming, d’élevage et de crafting, le tout autour d’une histoire solo centrée sur le joueur et son voyage sur la jolie île de Géméa.

 

Breath of the Stardew Crossing : des influences multiples

La première chose qui frappe (aie) lorsqu’on voit les images du jeu, c’est la vibrance des couleurs et le soin apporté à la direction artistique. Les graphismes low-poly et la palette de couleurs rappellent beaucoup The Witness, mais le design de l’environnement en général a surtout un soupçon du dernier opus The Legend of Zelda en date. Le studio ne cache pas ses influences sur son site, citant Zelda, les Elders Scrolls ou encore Harvest Moon. Ils sont même allés jusqu’à reprendre la séquence d’introduction de Breath of the Wild, avec la sortie de la caverne et le dézoom épique sur la plaine, quelques minutes après avoir lancé le jeu et maîtrisé les premiers mouvements. Et comme dans BotW, on se pâme devant la qualité et l’excellence artistique des décors et environnements, le vent qui caresse les prairies verdoyantes. On pourrait presque sentir l’odeur des blés et les embruns de l’océan.

L’île a une géographie propre, composée de huit régions distinctes chacune ayant sa topologie, sa faune et sa flore bien distincte. Elle change au cours du temps grâce à un cycle jour/nuit (un peu trop rapide à mon goût, ce qui est le problème de pas mal de jeux et qui m'embêtait déjà dans Stardew Valley) ainsi qu’au rythme des saisons. Ainsi, un même biome n’aura absolument pas la même allure en été et en hiver, ce qui rend l’environnement assez dynamique. Je regrette toutefois que le cycle des saisons n’ait d’incidence que purement esthétique (à part deux ou trois détails par-ci par-là), et on peut sans problème se balader en débardeur et en doudoune l’hiver et faire pousser nos légumes sans craindre le blizzard. L’île est parsemée de petits villages dans chaque biome et de lieux spéciaux où vous pourrez transformer vos matières premières, ce qui n’est pas sans rappeler les Elder Scrolls et ses stations pour faire des bûches, ses moulins cachés à travers la campagne etc.

Yonder Woman

Après avoir choisi le sexe de notre personnage, son style et sa couleur de cheveux, on arrive dans une caverne après un naufrage sans savoir qui nous sommes ni où nous sommes. Après être sorti de la grotte avec son dézoom familier et avoir couru un peu dans la prairie, on se rappelle soudain qu’il y avait un scénario et un objectif où se rendre. Le scénario n’est clairement pas la force du jeu; on est un héros qui ignore son origine et qui est parti à la recherche de son destin blablibla, l’île est attaquée par un mal qui recouvre peu à peu le territoire et nous sommes le seul à pouvoir la sauver à l’aide de petites bestioles mystiques que l’on déniche ça et là dans le monde. Pour sauver l’île, il va falloir réparer le Cloud Catcher, l’attrapeur de nuages, puis le monde sera heureux à nouveau et le vent soufflera sur l’herbe verte de la plaine.

L’histoire a beau être sympathique, elle est assez anecdotique. En revanche, le scénario met en mouvement le moteur principal du jeu : l’exploration. Et le farming. Puis le crafting. Puis les quêtes secondaires et la gestion de nos fermes. En nous donnant des objectifs à divers endroits de la carte, on se rend compte que le scénario principal s’efface peu à peu pour laisser au joueur le temps. Le temps de profiter de l’esprit d’aventure, de découvrir tous les recoins cachés de Géméa dans un monde qui, je le redis, est vraiment magnifique et tout mignon tout plein.

 

Les quêtes secondaires des PNJ sont elles-mêmes assez simplistes, ça va du “ramène moi quinze bout de bois et un café sans sucre” à “construit des trucs et fais plein d’argent’’, mais elles donnent une justification à tous ces kilomètres parcourus en long, en large et en travers dans toutes les zones, à tous ces arbres brutalement assassinés pour faire des bancs et des bacs à fleurs et des abris pour les animaux.

Une retraite pacifique

Une des plus grosses particularités du jeu est donc l’absence totale de combat. Le jeu est pacifiste au possible. On est en sécurité partout. Tout ce qu’on a à faire c’est explorer, récolter des ressources, bâtir des trucs, s’occuper de notre ferme, y planter des baies et élever des animaux qui nous donneront plein de ressources qui seront à réinvestir dans la construction d’objets importants pour la suite du scénario. Cela peut sembler assez ennuyeux et répétitif, mais il ne faut pas oublier que le jeu s’adresse à un public qui est assez friand des jeux de ce style; Stardew Valley que j’ai déjà cité, Animal Crossing ou bien entendu Harvest Moon. Yonder est zen, relaxant, beau et contemplatif autant qu’addictif. Le tout est supporté par une bande sonore originale, discrète mais très plaisante, qui reste en tête et rappelle bien l’air de la campagne.

Au-delà du bout des choses

Bien que je déteste toutes les oeuvres qui incluent le mot chronicles dans leur nom, je dois avouer que Yonder fait du bien par là où il passe. C’est le jeu parfait pour vos soirs d’étés tranquilles. C’est une invitation au voyage. Je regrette toutefois plusieurs choses qui ne sont pas présentes dans le jeu et qui, sans nuire à l’expérience, la raccourcissent grandement. Par exemple, l’absence de vrais personnages marquants et de dialogues bien écrits, voire d’un système de socialisation à la Stardew Valley ou Animal Crossing avec des personnages uniques, forts et marquants. Ici, les PNJ ne sont vraiments que des êtres qui donnent vaguement quelques quêtes et qui vont répéter constamment la même chose à chaque dialogue. Toujours en lien avec les personnages, les villages manquent d’un peu de vie, notamment la ville du tailleur qui est composée de presque une centaine de maisons mais avec à peine dix personnages qui y vivent et qui donnent l'impression d'un campement de bédouins.

Sur un test de presque une dizaine d’heures de jeu, je n’ai rencontré que très rarements des bugs ou des problèmes vraiment significatifs. Le jeu est bien codé, bien optimisé et tourne très bien sur PC, même si quelques baisses de framerate sont à attendre lors des zones les plus chargées en objets (les plaines herbeuses ou la forêt notamment). Ne comptez pas vraiment sur une rejouabilité folle, mais en revanche la longévité du titre vient pallier le problème, avec une histoire solo d’environ 6-8 heures mais une expérience de jeu qui peut se prolonger bien au-delà !

Le jeu est déjà disponible sur Steam et sur le PS Store.

Qui a vraiment besoin de l’été dans ces cas-là ?

Catégories
PC / MACPlaystation
Étudiant à la maîtrise à l'UQAM, il aime les jeux vidéos depuis petit, mais aussi d'autres trucs comme la musique, le cinéma, la science-fiction ou la peinture néo-classique expérimentale post-Renaissance. Venu des confins de l'Asie lointaine, il étudie l'esthétique et le game design dans les jeux. Il a aussi une passion pour le café et les chips au jalapeño.
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