Tacoma- Humanité augmentée

Gone Home de The Fullbright Company avait pris le monde par surprise et popularisé les « walking simulator », ces jeux narratifs à la première personne où l’environnement en a aussi long à dire que les personnages qui y vivent. On attendait leur deuxième jeu avec impatience, justement pour voir s’ils allaient réussir à faire évoluer ces récits en espace.

En 2088, le tourisme spatial est à son apogée. Pour vous rendre à votre hôtel sur la lune, c’est une station spatiale qui vous y emmène. C’est sur une de ces stations que nous suivons l’équipe de six techniciens et une intelligence artificielle nommée ODIN, alors qu’un incident réduit leur réserve d’oxygène drastiquement. Réussiront-ils à survivre ?

Votre mission est d’explorer la station abandonnée, trois jours après la catastrophe pour y récupérer ODIN, mais aussi découvrir ce qu’il s’est réellement passé sur Tacoma. Lorsque vous branchez votre livre électronique pour télécharger les données dans chaque secteur de la station, une barre de progrès (très lente) vous donne une raison pour prendre le temps de fouiner aux alentours.

Ici les murs ont des yeux

À l’aide d’un module de réalité augmenté, vous pouvez faire rejouer des enregistrements holographiques mettant en scène les six techniciens sur la station. Ces vidéos sont l’attrait principal et l’élément le plus innovant de Tacoma.

D’abord parce qu’on peut voir les personnages sous différents jours, puisqu’on peut écouter leurs conversations de groupe, mais aussi les suivre dans leur intimité et être témoin de leurs monologues. On peut donc par exemple voir une personne discuter avec assurance avec ses coéquipiers, la suivre dans une autre pièce et réaliser qu’elle fait une crise de panique, rongée par le remords causé par le mensonge qu’elle vient de lancer. Tout ça lors d’une seule et unique séquence.

Il est aussi possible d’avancer et reculer ces projections à volonté, ou de suivre un autre personnage pour voir comment cela se déroule de son côté, etvoir les choses sous un autre angle. Lorsqu’ils ouvrent leur écran de réalité augmentée lors d’une séquence, on peut appuyer sur pause et lire ses courriels et messages personnels du moment, ajoutant un élément narratif supplémentaire.

Ce système d’hologramme est tout à fait génial, mais peut-être que Tacoma n’est pas le type de jeu qui en bénéficie le plus, étant donné qu’il n’y a pas nécessairement d’événement complexe où les rebondissements demandent une analyse profonde. Batman : Arkham VR est un exemple de jeu qui a eu la même idée, mais qui n’a pas réussi à le faire aussi parfaitement. Dans le cadre d’un jeu de style « meurtre et mystère », les mécaniques de Tacoma feraient des merveilles.

Du bon vieux fouinage

Malgré ces vidéos holographiques, l’aspect fouinage de Gone Home est encore présent. Il est possible de prendre n’importe quel élément qui traîne dans la station et de le scruter à la loupe. Ça inclut quelques notes personnelles qui en dévoilent long sur les personnages. Par contre, ces éléments narratifs importants sont beaucoup plus rares que dans leur premier jeu. La plupart des objets ne sont que des produits de tous les jours, incroyablement détaillés et variés, mais qui n’apportent rien au scénario (à part ajouter de la crédibilité à cet univers).

Certains éléments importants sont protégés derrière des codes d’accès ou des clés, qui sont très faciles à obtenir. Tellement, qu’on perd l’aspect « voyeur » de Gone Home. Étant donné qu’il y a six personnages, l’exposition se fait assez rapidement pour chacun et on sait aussitôt à qui on a affaire. Bien sûr, ils sont de plus en plus étoffés à mesure qu’on progresse, mais ce n’est pas nécessairement le point focal du jeu : son intrigue nous est surtout dévoilée à travers les enregistrements holographiques.

Dans un sens, Tacoma fait progresser le récit en espace en révolutionnant l’audiolog, mais il fait un pas en arrière en mettant moins d’importance sur la recherche et découverte d’objets narratifs.

Contourner les clichés

Je dois avouer que j’ai cru (au moins cinq fois) voir exactement où le scénario semblait se diriger et qu’à chaque fois, il prenait une direction différente. Je l’applaudis pour ne pas avoir pris la route du drame facile, d’être triste juste pour être triste. Au lieu d’être aveuglé par des larmes en fin de jeu, on nous laisse sur une question théorique très sci-fi, un réel débat de société qui aura probablement lieu dans quelques dizaines d’années. Je ne l’ai pas vu venir du tout, même si les indices étaient là. Non seulement ça m’a fait réfléchir, mais ça été rafraîchissant de voir un jeu comme celui-ci qui n’est pas juste un cri à l’aide ou un exutoire pour un développeur troublé. J’avais peur, après leur premier jeu, que The Fullbright Company aborde le même sujet dans chacune de leurs productions.

Tacoma appuie lui aussi sur la diversité d’une façon exemplaire : il n’en parle pas. Dans le sens où les protagonistes ont des origines variées, une silhouette unique et différentes orientations sexuelles, mais ce n’est pas ce qui les définit en tant que personne. Ils ne sont pas tourmentés par leur identité et ce n’est pas un enjeu dans le scénario. C’est comme si tout était normal, parce que ce l’est. Et vous savez quoi ? Ça rend les personnages plus uniques et attachants que s’ils étaient six personnages blancs hétéros génériques au corps parfait. Si ça peut rejoindre encore plus de gens qui s’identifient à eux, c’est encore mieux.

Tacoma n’est pas la seule aventure narrative spatiale à la première personne qui a vu le jour dans la dernière année. Depuis mars 2016, on compte ADR1FT, Event 0, The Turing Test, et Lone Echo, qui se chevauchent les uns sur les autres sur différents aspects de l’histoire ou de leur environnement. La faiblesse des uns est la force des autres, tellement que je ne peux m’empêcher d’imaginer une combinaison de ces cinq jeux. Le sentiment de solitude et de danger de l’espace qu’on ressent dans ADR1FT, l’interaction directe avec l’intelligence artificielle de Event 0, le contrôle en zero-g de Lone Echo, et les puzzles de The Turing Test (ou plutôt, l’idée derrière, puisqu’ils étaient plutôt ordinaires). Trois de ces jeux ont sensiblement le même message, pourtant, je n’arrive pas à décider de celui qui le fait mieux. Ils ont chacun leur façon d’approcher la question. Il reste que la ressemblance est frappante.

Rangez vos briques et fanaux

J’avais envie de voir les opinions des autres joueurs par rapport au scénario, et je me suis heurté à l’éternel mur de plainte qui s’érige devant tout les jeux du même type. Toujours les deux mêmes : « ce n’est pas un jeu vidéo » et « c’est trop court ». Je ne veux pas m’éterniser là-dessus (je ne voulais même pas en parler pour être franc), mais au point où on en est (5 ans après Gone Home), vous devriez tous savoir si les walking simulator sont un genre qui vous plaît. Si vous les détestez, Tacoma n’est évidemment pas pour vous, rien ne sert sortir dans la rue avec des pancartes « à mort les walking simulators ». Vous pouvez simplement l’ignorer et vous tourner vers les 17 000 autres jeux sur Steam. Pour ce qui est de la durée, j’y ai mis 3 heures et demie, et je crois que c’était parfait. À quoi bon ajouter des temps morts ou des séquences superflues ? Ça se termine en une session, lors d’une seule soirée dédiée.

Il est donc évident que Tacoma n’est pas pour tout le monde (vu la horde de détracteurs des walking simulators), mais si c’est un genre qui vous intéresse, il compte parmi les titres les plus solides du genre. Il n’est pas parfait, mais sa volonté de faire les choses différemment me pousse à lui pardonner mes quelques déceptions mineures. Comme le fait qu’il aurait dû être en VR.

Tacoma est présentement disponible sur PC et Xbox One pour 21.99$.

8

Il est donc évident que Tacoma n’est pas pour tout le monde. mais si c’est un genre qui vous intéresse, il compte parmi les titres les plus solides du genre.

Les plus
  • Une bande de personnages attachants et uniques
  • Un doublage de qualité
  • Un système d’hologramme innovant
  • Un scénario qui évite les clichés
Les moins
  • Moins de secrets à découvrir que son prédécesseur
  • Pas en VR !
  • 8
Catégories
CritiquesMicrosoftPC / MAC
C'est un gamer, fan de science-fiction, de BD, de jeux de société et de musique électronique. Bref, un geek. Rédacteur depuis 2008, il adore partir à la recherche de jeux uniques, peu importe leurs dates de sortie ou leurs pays d'origine.
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