Miitopia – une avalanche pêle-mêle de Mii

Miitopia vient tout juste d’arriver sur le marché mondial après sa sortie en décembre 2016 au Japon. Il s’agit d’un mélange entre les RPG classiques et Tomodachi Life. Les Mii, tout en demeurant excessivement sociaux, se lancent dans la quête de sauver le monde d’un terrible Seigneur qui vole les visages.

Curieux mélange s’il en est un. On aura beau dire que Nintendo, parfois, bat de l’aile; il n’en demeure pas moins que pour une compagnie de type AAA, elle essaie de renouveler ses principales séries ces temps-ci. Il reste à savoir si c’est pour le meilleur ou pour le pire, par contre. Pour Miitopia, il faut savoir que le jeu s’adresse principalement à un jeune public, potentiellement néophyte en matière de RPG. Cela n’en fait aucunement un mauvais jeu; seulement qu’il semble limité sur beaucoup d’aspects contrairement à un jeu développé pour un public aguerri.

Qu’est-ce que Miitopia ?

Après quelques heures de jeu, on se rend compte que Miitopia n’est ni réellement un RPG, ni réellement un jeu de Mii comme Tomodachi Life. Il se trouve à la croisée des chemins, ce qui en fait un jeu où il faut absolument tout prendre au second degré et ne pas trop s’étonner du chaos qui prend place entre les personnages. Car s’il y a une chose qu’il faut avoir apprise après 11 ans à côtoyer des Mii (la Wii est sortie en 2006, quand même), c’est qu’ils sont excessivement sociaux et qu’ils n’hésiteront pas à se donner des cadeaux ou à s’engueuler... Au moins, tous les Mii importants de l’histoire — du grand méchant au prince peureux, en passant par les génies et sorciers de ce monde — seront choisis par le joueur. Ainsi, vous pourrez mettre l’un de vos amis comme l’ennemi principal du jeu, ou comme l’imbécile du village, et lui envoyer des captures d’écran — la fonction est disponible en tout temps — pour lui montrer les situations les plus cocasses du jeu.

Terminer un donjon et se faire dire « Nah. Les princesses sont toujours dans un autre château. » Miitopia offre quelques clins d'oeil sympas au catalogue nintendesque.

Une tentative d’innovation de RPG

Avec ce titre, on est relativement loin de la plupart des grandes séries de RPG. Le joueur ne contrôle que le personnage principal, lequel sera l’avatar qu’il aura choisi au début. Rapidement, une voix divine vous demandera de sauver le monde et de vaincre le grand méchant, et de redonner les visages à toute la population. Vous choisissez alors une classe parmi celles proposées — avec de nouvelles qui se débloquent en cours de route, comme le Tank, le Chat et la Fleur. Dans la catégorie trame narrative générique, c’est assez dans le mille. Mais on ne pourrait lui en tenir rigueur : Miitopia s’affirme volontairement comme un jeu léger et comique, un jeu qui ne se prend pas au sérieux et dont la trame narrative doit être remplie de clichés pour encadrer son humour.

Câliner et ronronner redonnent des points de magie. Qui l'aurait cru ?

Contrôler un seul personnage dans une équipe de quatre peut devenir problématique. L’intelligence artificielle du jeu contrôle les autres personnages et déterminera leurs actions (attaquer, utiliser une compétence ou manger des bonbons pour gagner des points de vie ou de magie). Il va de soi que je ne compte plus le nombre incalculable de fois où une habileté a été utilisée alors que c’était inutile ou que des bonbons ont été mangés alors que l’auberge était à quelques secondes. Au moins, les mécaniques permettent au joueur de déplacer les personnages de la zone de combat à une zone sécuritaire où ils peuvent reprendre vie et magie, ou encore leur venir en aide avec quelques objets spéciaux. Disons que se fier à l’intelligence artificielle du jeu pour soigner mon équipe, ce n’était peut-être pas la meilleure idée que j’avais eue. Ce n’est pas un mal en soi - Final Fantasy XV propose une mécanique similaire -, mais le joueur ici a les mains liées quant au réel déroulement du combat. Ça ne rend pas nécessairement le jeu plus difficile par contre.

Quand le jeu vous offre lui-même de recommencer

Étonnement, le jeu impose une forme de réinitialisation à quelques reprises. Lorsqu’une zone est complétée par exemple - une zone qui rappelle les mondes des premiers Mario - votre équipe et vous êtes pris dans les rouages narratifs. Vous vous retrouverez soudainement seul, sans équipement et sans classe ; seulement avec les bonus de statistiques que vous avez réussi à accumuler en mangeant à peu près tout ce qui traînait après les batailles. Vous repartirez alors à l’aventure, avec une nouvelle classe puisque l’ancienne sera devenue inaccessible. Mécanique curieuse, mais qui, au fond, permet d’essayer diverses classes et de voir différents tempéraments de Mii à l’œuvre. Au lieu d’avoir une relation d’amitié permanente entre chaque personnage, il faut recommencer et essayer de bien s’entendre avec de nouveaux Mii. Cela dit, voir deux Mii s’obstiner ou se faire des croche-pieds devant un Boss, ça augmente légèrement le niveau de stress, surtout quand il s’agit du guerrier et du cuisinier (qui s’occupe de soigner).

Miitopia, ou l'art d'être fabuleux. Les classes sont assez cocasses pour que se pointe le désire d'essayer autres choses que les classes traditionnelles (mage, guerrier, etc.)

Objectifs ratés de peu

Malgré les belles intégrations mécaniques dans le jeu, Miitopia demeure générique dans une certaine mesure et excessivement répétitif. Aucune quête — sauf celle de retrouver les visages volés —, avec à peine quelques retournements narratifs. L’accent semble être mis sur la relation entre les Mii, mais le tour des dialogues et des problèmes qui peuvent survenir se fait très rapidement, si bien qu’on se retrouve à regretter que la fonction vitesse accélérée ne puisse pas être permanente (il faut tenir B enfoncé).

Chaque niveau est linéaire et ne demande aucun effort de la part du joueur. Les personnages gambadent en ligne droite en se racontantdes banalités (« je veux dormir », « je veux un chat », « j’ai faim »). Les balades sont ponctuées d’ouvertures de coffres, de combats sommaires ou de courtes discussions entre les Mii pour des retombés cocasses qui augmenteront ou diminueront la chimie du groupe. Le dialogue reste très limité, et malgré les différentes personnalités que l’on peut donner aux Mii, la situation demeure sensiblement la même tout au long du jeu. L’humour y est, les blagues sont bonnes; mais après quelques heures à jouer et que le jeu nous demande de prendre une pause à tous les quelques niveaux (oui, le jeu nous demande VRAIMENT de prendre une pause comme jadis Wii Sport le faisait), on finit par fermer la 2DS/3DS et faire autre chose. L’avantage, c’est que pour accumuler des tickets de jeu — la principale source d’argent — il faut ouvrir le jeu une fois par jour pour accumuler 3 tickets. Autant éviter de jouer six heures d’un coup. Les tickets sont utilisés notamment pour jouer à des parties de roche/papier/ciseau qui seront votre principale source d’argent. Autant dire que votre richesse sera totalement aléatoire, sauf si vous avez beaucoup d’Amiibo, bien que chacun ne puisse être scanné qu’une seule et unique fois.

Avec Wii Sport, à l'époque, je comprenais qu'il fallait prendre du repos de temps à autres. Mais de demander à intervalles réguliers si le joueur veut cesser de jouer, sur une console portable que l'on peut mettre en veille au lieu de la fermer...

En somme, Miitopia n’est pas un mauvais jeu. Le concept est intéressant et les mécaniques suffisamment différentes des autres RPG pour valoir un coup d’œil. Il est seulement dommage que le tout soit superflu et sans réelle profondeur. L’expérience est intéressante, mais elle manque de vie. Un manque qui se fait sentir après quelques heures de jeu, quand le système de combat devient répétitif et qu’il faut courir après des tickets de jeu. Un bel essai, qui, on l'espère, permettra à Nintendo d’offrir de nouveaux titres plus développés. On y est presque, mais ce n’est pas suffisant pour en faire un jeu mémorable. Il plaira sans aucun doute aux jeunes joueurs qui voudraient essayer un RPG; dans ce cas, le jeu leur propose un excellent encadrement pour le genre.

6.5

Les plus
  • Ambiance générale
  • Mécaniques de base intéressantes
  • Belle intégration des Mii
  • Jeu intéressant pour les enfants
Les moins
  • Jeu rapidement répétitif 
  • Manque de profondeur à tous les niveaux 
  • Jeu étonnamment passif pour un RPG 
  • Très facile
  • Pas assez étoffé
  • 6.5
Catégories
CritiquesNintendo
Ce fut en écoutant Navi qu’il est tombé à jamais dans le jeu vidéo. Et en voulant se relever, il découvrit la Force. Geek et gamer (et traducteur quand il peut), il est un inconditionnel de Nintendo, des RPG et des jeux de stratégie. Entre deux Final Fantasy, il s’intéresse à la localisation des jeux et à leur impact socioculturel.
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