Assassin’s Creed IV: Black Flag – De l’eau dans le rhum…

Ceux qui me connaissent bien savent que j'avais mes réserves quant au plus récent des Assassin's Creed. Principalement parce que je sentais que notre protagoniste, Heath Ledger Edward Kenway ne serait qu'un simple pirate. En cinq minutes, j'avais ma confirmation. Edward Kenway n'est pas altruiste. Il est arrogant, avare, centré sur son désir d'être roi de son domaine. Mais il a des principes quand même remarquables: Il tient son équipage à coeur, au point de s'assurer que son quartier-maître soit un ancien esclave majoritairement pour lui donner le réel contrôle de l'équipage.

Autrement dit, c'est un pirate.

screen01

Faut ici mentionner que Assassin's Creed IV est considéré par Ubisoft comme "évolutionnaire" et non "révolutionnaire". Le but n'étant pas d'apporter de changements drastiques à la formule de la série, mais plutôt de les améliorer. Autrement dit, Assassin's Creed IV est le Assassin's Creed II de Assassin's Creed III : il prend les éléments qui fonctionnaient bien dans le précédent et les améliore et travaille les éléments moins fonctionnels pour en faire un meilleur jeu. Puis il rajoute plus de trucs à faire par peur d'ennuyer les écureuils. Les améliorations à l'engin de la série se démarquent surtout par la fluidité des animations d'Edward, qui s'enchaînent plus rapidement que pour Connor; ainsi qu'un temps de chargement des niveaux réduit. Les pages de l’Almanach de Benjamin Franklin sont remplacés par des nouveaux chants marins, ce qui devrait être utile le prochain 19 Septembre. Il n'y a plus de manoir à gérer, mais plutôt une île, si on se rappelle qu'on en a une et de laquelle est la nôtre. Il y a aussi des fragments de l'Animus qui flottent un peu partout, sans réelles explications de leur utilité. Il y a aussi beaucoup de tutoriels. Beaucoup, beaucoup de tutoriels. Au point où je me suis dit qu'il y aurait probablement un tutoriel durant le générique de la fin. Pire encore, la plupart des tutoriels perdent de leur importance quand le jeu nous permet de découvrir par nous même les éléments qu'un tutoriel nous présentera plus tard. Généralement, un mini tutoriel apparaît quand on s'approche de quelque chose. C'est un peu contre-constructif. Donnez-nous un ou l'autre, mais pas les deux. Ce qui semble être la phrase qui permute la majorité de ma pensée envers la série.

Stylistiquement, c'est certainement le Assassin's Creed le plus coloré de la bande. Même si la série a longtemps été bien plus vive dans ses couleurs que d'autres jeux du type "très sérieux et très gris/brun/bleu", celui-ci semble avoir des couleurs bien plus vives que les autres de la série. J'aime vraiment, c'est rafraîchissant et plaisant à l'oeil. Le résultat donne quelque chose quasi-animé, ce qui aide à mitiger les moments de "uncanny valley". Je crois qu'une partie de ce choix visuel est influencé par l'environnement, très fortement situé dans les Caraïbes, au point où j'attendais un caméo de Johnny Depp, ou même Jason de Far Cry 3.

screen02

Si les rumeurs d'une fusion des univers entre Far Cry et Assassin's Creed étaient pour se produire, ce jeu pourrait être la confirmation la plus directe possible. Tout comme l'autre jeu d'Ubisoft où quelqu'un navigue des îles idylliques, nous pouvons participer à des activités de chasse, que ce soit des animaux terrestres, ou des géants marins, dans le bût de se faire un meilleur équipement. Oui, vous pouvez chasser des baleines dans le jeu, ce qui a probablement été l'annonce la plus controversée quant aux choses que l'on peut faire. J'étais prêt à féliciter Ubisoft pour leur manière subversive de lancer un message contre la chasse aux géants marins, mais l'exécution est tellement réduite à un mini-jeu répétitif où on vous félicite pour chaque harpon bien enfoncé dans le dos de l'animal, qu'elle en perd une tentative de message. Ça rappelle très bizarrement la séquence "Death From Above" de Call of Duty 4: Modern Warfare, qui a suscité une controverse particulière lors d'une mission de où des commentaires de félicitations étaient livrés froidement tandis qu'on bombardait des milices. Oui, je viens de comparer Assassin's Creed IV avec Call of Duty 4. Sur une note plus mineure, il n'y a pas de représentation esthétique quant aux équipements conçus, et le jeu offre même la possibilité d'acheter les dépouilles d'animaux, au lieu de les chasser, ce qui enlève l'utilité de l'un ou l'autre. Quoiqu'il faut mentionner qu'on fait moins d'argent automatique que dans les précédents, ça se contre-balance donc quelque peu.

Les batailles navales prennent une place bien plus centrale au jeu et voient quelques améliorations quant au fonctionnement général. Par exemple, vous pouvez à présent mieux viser vos canons pour déterminer l'angle de tir et les armes utilisées dépendent de l'angle de la caméra. Ce qui veut dire que si votre caméra regarde vers le côté, vous utilisez les canons principaux, tandis que regarder vers l'arrière vous permet de lancer des barils explosifs en mesure défensive contre vos ennemis. Ceci dit, j'ai rapidement senti une fatigue aux longs voyages, malgré la quantité de nouveaux chants appris par l'équipage, ou la beauté océanique crée par l'environnement constamment changeant. Alors, c'est peut-être une victoire: de nous faire sentir que la vie sur les hautes mers peut être d'un ennui? En quatre heures (et 19% de complétion) j'ai passé plus de temps sur mon bateau qu'à exécuter des assassinats, ce qui me laisse perplexe quand le jeu détient le terme "Assassin" de manière très proéminente sur la boite. J'avoue ici que j'aurais probablement aimé pouvoir perdre mes matelots par cause d'un orage ou d'une attaque marine. Ça aurait gardé de la tension durant les voyages et m'aurait fait prendre la vie de mes matelots plus à cœur au lieu de savoir que je pourrais remplacer chaque mort par un naufragé ramassé sur le chemin vers la prochaine mission. J'aurais même apprécié une réduction de l'automatisation du mouvement de mon bateau dans certains cas. Je me suis surpris à penser que le bateau aérien de Skies of Arcadia (un autre jeu qui inclut des pirates) était plus réaliste, vu le contexte de l'univers. Le Jack Daw (le nom de notre bateau) peut être amélioré et modifié pour plaire au goûts du joueur.

screen03

Le jeu à l'extérieur de l'Animus se déroule dans les bureaux luxueux et futuristes de Ubisoft d'Abstergo Entertainment Montréal. Cette fois-ci, nous contrôlons quelqu'un qui a moins de personnalité que Desmond Miles: une entité vide présentée à la première personne, qui n'a ni nom, ni apparence, ni voix, et qui est sensé être le joueur. Vous êtes tâché de vivre les mémoires d'Edward pour de la recherche d'information dans le bût d'aider la division divertissement du Aperture Science Enrichment Center d'Abstergo au développement de leur prochain jeu: Black Flag. Oui, c'est essentiellement la même méta-narrative de Liberation. Les missions sont optionnelles et elles nous sortent plus rarement de l'Animus que les jeux précédentsé Les quelques fois où on s'en sort, on a le droit à un peu plus de missions de ramassage  et (encore une fois pour la série) une progression de la méta-narrative de la série.

AC4BF_MidRez_SP_01_EdwardShadow

Puisque ça se passe à Montréal, nous avons effectivement un beau rendu de la ville. Il est présenté quasiment comme un guide touristique pour ceux qui viennent d'ailleurs. Les gens sont bilingues et ils changent entre les langues quand le texte le requiert.  L'accent Montréalais est quelque peu surprenant et j'ai parfois l'impression qu'ils se sont promenés dans les bureaux d'Ubisoft demandant aux employés s'ils voulaient enregistrer des voix. Le résultat est quelque peu mixte. Il y a un charme à les entendre occasionnellement sacrer, mais en même temps, on dirait qu'il manquait un peu de direction dans la diction des phrases. Notez que ça ne s'applique pas à tous les acteurs engagés pour faire les voix, et certains font un travail digne de félicitations quant à reproduire le dialecte très Montréalais que nous prenons pour acquis.

Je trouve qu'au bout du compte, même si les éléments du jeu sont fonctionnels, le total en souffre puisqu'il y a un manque très flagrant de focus. On veut nous raconter une histoire de pirates, mais avec les éléments de l'univers de Assassin's Creed. Nous avons alors les éléments de la série enfoncés dans la narrative. On veut nous donner une expérience de pirate, mais il manque trop d'éléments qui auraient requis au moins une année de développement de plus,. Ils l'ont alors agrafés à ce qui existe déjà. Bref: On veut nous donner une expérience solide, mais il y a trop de choses à faire et de manière tellement éparpillée qu'on se retrouve à avoir plusieurs expériences de qualité acceptable au lieu de quelques expériences exceptionnelles.

Ou peut-être que je ne suis pas le public ciblé et que j'aurais été plus enthousiaste si je jouais un peu plus à un MMO quelconque.

Catégories
CritiquesFaits au QuébecMicrosoftPC / MACPlateformesPlaystationPlaystation 3SonyWindowsXBOX 360Xbox One
Critique aux goûts tranchants et développeur de jeux indépendant, Moustafa se plaint beaucoup, même trop (et sans cesse, ça nous agace), mais cherche à pousser la critique constructive dans l'industrie.
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

*

*

Dans le même sujet