Le sexisme est réglé

Note de l'auteur: Sujet lourd. Très lourd. Vous avez étés avertis.

OK, tout le monde! Le sexisme est réglé. Fermez la “shop”, paquetez vos trucs, le combat est terminé! On a vu quelques femmes développeurs pendant la soirée démo de l'IGDA! Clairement, le problème qui hante toute femme qui veut se démarquer dans l'industrie est réglé de manière définitive!

Oh! Ne me regardez pas comme ça! Vous ne pouvez, en aucune manière, nier que des choses comme envoyer des menaces de mort, de viol, d'attaques aux proches ou de création de jeux où on peut commettre de la violence personnelle à des personnes comme Jade Raymond, Anita Sarkeesan et Jennifer Helper sont effectivement terminés! Dans les plus de cinquante personnes sur scène pour présenter un jeu, il y avait dix femmes. Clairement: le combat est réglé.

Fini le temps où les femmes doivent travailler contre des attitudes chauvines, condescendantes ou tout simplement insultantes! Et la transphobie? Ça n’existe tout simplement pas!

Fini le temps où je dois me retrouver à débattre, sur Twitter, l'objectification et sexualisation de scènes de torture impliquant Eva et Quiet dans la série Metal Gear Solid. Débat que j'ai déclenché en parlant du fétiche des bas-collants électrifiés de Hideo Kojima. Parce que j'ai eu droit à débattre avec deux “activistes des droits des hommes” sur la question. Sur Twitter.

Oui, ça va être “ce” type d’article. Celui où je pointe le doigt et mentionne toutes les conneries qu’on veut ignorer. Je sais que vous voulez parler du prochain Call of Duty, ou de si la Rift en vaut vraiment le coup, mais c’est un sujet assez important.

Lors de la soirée démo de l'IGDA, une petite blague circulait dans le groupe de personnes avec qui j’étais:

“Il y a trois femmes sur la scène! Y'en a pas de problème de sexisme dans l'industrie!”

C'était dit sans sérieux, et le chiffre variait à chaque présentation, mais on pensait tous la même chose au fond: Il y en a qui croient que c'est réellement le cas. Au total, dix femmes qui travaillaient dans l'industrie étaient présentes sur la scène. Deux étaient “confirmées” comme développeurs; je dis “confirmées” en guillemets parce qu'elles étaient celles qui ont pris parole, contrairement aux autres développeurs femmes* qui faisaient partie d'autres équipes. Même s’il y avait effectivement bien plus que dix femmes dans toute la salle qui font partie de l’industrie, le ratio est loin d’être proche d’égal. La preuve? On doit les distinguer comme des “développeurs femmes”. Comme si elles étaient une attraction dans une foire, et non comme des pairs.

Ceci ne touche même pas les développeurs transsexuels, qui se retrouvent dans la position non enviable d’être entourées de tous les bords par des gens qui ne comprennent pas, ou qui les considèrent comme des détraqués/es et parfois, très tristement ironiquement, par des soi-disant “féministes”.

Si ça n'est pas assez désolant, j'ai eu droit à un autre exemple du sexisme dans l'industrie quand je me suis retrouvé à débattre le fétiche de bas collants électrifiés de Hideo Kojima. Sur Twitter. Oui, je me répète, parce que c’est vraiment ridicule quand on y pense. Deux “activistes des droits de l'homme” sont venus à la défense vaillante de M. Kojima(-san, pour les otakus) et déclarer comme quoi que son design n'est pas objecifiant ou ouvertement sexuel. Leur raisonnement? Il y a des fortes chances qu'elle soit un personnage intéressant. Écoutez, on parle de Kojima, quelqu'un qui voulait que le design de “The Boss” ait un sein exposé pour donner à sa cicatrice l'effet d'un serpent qui rit quand elle tire du fusil. Oui, ses personnages féminins sont fortes, entraînées, égales et même supérieures aux personnages masculins, mais la différence entre Solid Snake qui se fait électrocuter pendant une torture,et une scène similaire avec Eva ou Quiet, est qu'il n'y a pas de plan rapproché des collants de Snake qui s'ouvrent. Mais plus important, encore, est le fait que ces personnages n'ont jamais une opportunité réelle de se venger, et ne sont pas contrôlées par le joueur. Elles vont de “femmes fortes” à “victimes” dans l'instar d'une scène. Snake et Raiden? C'est un appel à la vengeance. Et doit-on vraiment avoir à débattre le design de Quiet? Si elle portait un peu moins de vêtements, elle serait obligée de se promener partout avec un effet de pixellisation pour que ça ne tourne pas en un “accident” à la Heavy Rain ou Beyond: Two Souls.

[Autre tangente: Vous avez remarqué que David Cage** aime ça avoir des scènes de nudités gratuites dans ses jeux? Ça ne vous fait pas sonner quelques cloches?]

Ce débat, j’y ai eu droit à peu près une semaine après que la journaliste Kat Bailey a eu des insultes envoyées dans sa direction après qu’elle ait exprimé un malaise face à une scène particulièrement violente et particulièrement suggestive du viol dans le prochain Castlevania. Ses arguments étaient présentés de manière valide, surtout quand le développeur du jeu exprime, sans gêne “Oui! C’est exactement l’effet que nous cherchons!” quand elle lui en avait fait part. Quand elle en parle, les “gamers” décrient un appel à la censure, qu’elle devrait avoir une peau plus épaisse, et qu’elle est hypersensible. Ce qu’elle disait, était de prendre en considération les victimes de viol, et que la scène en particulier, qui établit Gabriel/Dracula comme un monstre, est laissée entre les mains du joueur, mais il est attendu de nous de sympathiser avec le violeur personnage. Pas la victime, mais le personnage. Si ça ne vous met pas mal à l’aise, cherchez les statistiques sur les cas de viol. Après ça, dites-moi qu’elle est “hypersensible”.

Entre ce type d’agissement, et ces façons de penser, il est vraiment difficile de déclarer le “sexisme” comme étant vaincu dans cette industrie.

“Oui, mais les développeurs hommes aussi ont des menaces”.

Vrai, mais personne ne leur dit que leur place est dans la cuisine et qu'ils méritent de se faire prendre de force et contre leur volonté par un “mâle, un vrai”, ou qu'ils sont des mal baisés. Donc, cet argument, c’est vraiment faible, pourri, et lâche. Étudiez les cas des femmes que j’ai mentionné plus tôt dans l’article. Jade Raymond, a eu droit de se faire envoyer des images dégradantes parce qu’elle est...une belle femme dans l’industrie? Jennifer Helper a eu le plaisir de recevoir des menaces concernant ses enfants parce qu’elle a OSÉ dire que les histoires dans les jeux devraient avoir la même importance que la jouabilité. Et j’en passe d’autres exemples parce que c’est juste dégueulasse ce que certains font. Ne me dîtes pas que vous ne le faîtes pas, parce que de maintenir le silence sur ce sujet donne voix à ceux qui le font. Vous savez, la fameuse citation d’Edmund Burke? Ça s’applique aussi aux jeux vidéos.

En 2012, il a été démontré que 47% des “gamers” sont des femmes. On devrait peut-être commencer à les considérer comme des “gamers” à part égale, et non comme des “gamers femmes”. Et cette idée devrait peut-être s’étendre sur notre passe temps. Parce que nous ne sommes plus des enfants, et que même une inaction sur un sujet politique est une prise de position.

Il serait temps de grandir.***

*Je n'utilise pas le terme “Femelle”, ça me fait penser à “Ferengi”.
**Maudit que je le hais.
***Je ne me prends pas pour un “expert” dans la matière, mais c’est définitivement un sujet qu’il faut aborder avec sérieux. SI vos arguments opposants sont similaires à ceux mentionnés dans l’article, il est temps de réviser votre position globale.

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Opinion
Critique aux goûts tranchants et développeur de jeux indépendant, Moustafa se plaint beaucoup, même trop (et sans cesse, ça nous agace), mais cherche à pousser la critique constructive dans l'industrie.
5 commentaires
  • Philippe Lalancette
    4 février 2014 at 12:32
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    Un sujet très pertinent. Tu fais bien de soulever les problèmes de sexisme dans l’industrie et surtout le manque d’humanité de certains “gamers” qui menace ou dégrade ces dévelopeurs qui mérite le respect réservé à tout être humain.

  • Gersande
    4 février 2014 at 15:07
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    Merci pour l’article, le genre dans le monde des jeux-vidéos est un sujet loin d’être réglé, mais ça encourage quand même de lire des articles comme celui-ci.

  • Jonathan
    4 février 2014 at 18:09
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    Il est vrai qu’il y a beaucoup de sexismes dans les jeux vidéo. J’adore les RPG et certains JRPG, mais parfois, les “armures” des personnages féminins sont carrément…minimaliste. En tant que gamer, je ne veux pas voir un personnage féminin simplement sexualisé.

    Ce qui pourrait aider serait d’avoir plus de femmes comme personnages principaux. Pour l’instant, des jeux avec des femmes en tête d’affiche sont rares : Métroid, Tomb Raider (et encore là, son côté hyper sexualisé a été diminué récemment avec le reboot), Portal, Assassin’s creed liberation…J’en oublie plusieurs évidemment, mais les exemples ne sont pas en quantité infini…

  • Yohann
    6 février 2014 at 14:16
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    Intéressant, il y a toujours des faits machistes à apprendre dans l’industrie du jeu vidéo qu’on ne connait pas encore.
    Comme souvent dans ce genre de sujet je suis d’accord avec la majorité des points, et certaines actions de mes compatriotes me donne envie de livrer des coups de pied aux fesses ( devenir pote avec un violeur ? même dans un jeu video je dis … wtf ? ).
    Et comme dit si bien, Kojima, sa légion et d’autres professionnels du milieu ne sont pas là pour arranger les choses !

    Par contre un truc redondant qui a tendance à m’agacer dans ce genre d’article c’est ce sous-entendu fréquent que les machistes dans les jeux vidéo sont une majorité et que la minorité ( en faveur des femmes ) est presque totalement silencieuse …
    Il faut arrêter d’abuser, d’affabuler et de généraliser à tord. Car au contraire les machistes ne sont qu’une minorité – certes pas si petite que ça non plus mais quand même – et parmi eux il y a pas mal de ” troll ” qui prennent juste plaisir à embêter les féministes extrémistes ( qui il faut l’avouer nous casse le système cérébral le plus souvent ) mais qui au fond ne sont au pire que neutre.
    Sans compter les cas pas si rare où des hommes font justes des blagues qu’ils ne pensent pas réellement, ou encore utilisent les mauvais termes malgré eux, et sont alors pris pour des purs machistes par la susceptibilité ( parfois limite volontaire ) de certaines femmes. Un très bon cas de ce genre est arrivé cet été lors d’un colloque sur les jeux vidéo.

    Quant au fait que l’on soit “silencieux”, j’aimerais savoir exactement ce qu’on attend de nous ?
    Des manifestations peut être, mais est-ce la bonne chose à faire ? Je ne pense pas en fait, car cela va même donner une excuse aux machistes de manifester, même si c’est juste pour le plaisir de se moquer.
    Il faut comprendre que nous n’avons pas tous les mêmes moyens, les mêmes motivations et surtout les mêmes occasions. Mais quand occasion il y a, cette majorité “silencieuse” est bien présente.

    Et quand je parle d’occasion, je ne pointe pas les rares évènements ponctuels ( comme des manifestations justement ) mais les possibilités au quotidien, pouvant aller d’une simple conversation dans un bar à l’arrêt et le jugement adéquat d’hommes abusant des femmes.
    Car c’est surtout grâce aux actions quotidiennes, avec un peu de patience, en étant plus malin et en prenant les choses bien en main ( comme par exemple éduquer correctement les générations plus jeunes et à venir ) que les mauvais fruits mûriront ou tomberont et que le problème sera résolu.

    Sinon je trouve aussi le ton de cet article un peu trop rageux et personnel ce qui n’aide pas réellement à être à 100% du bon coté. Comme je le dit souvent le meilleur moyen de ranger des gens à sa cause c’est que ce soit des personnes appartenant aux cibles ( ici les hommes ) du problème qui se manifeste contre leur stupides semblables.
    Dans notre cas, le must serait que ce soit des hommes en faveur des femmes qui écrivent ce genre d’articles ( journalistes, bloggeurs, etc ). C’est ainsi que nous vous paraitrions moins silencieux, ce serait plus efficace pour la cause, et plutôt que de nous mettre du mauvais coté tout ce que vous avez à faire c’est de demander de l’aide à ces gens qui le peuvent …

    Pour finir avec ce commentaire, j’espère que ceci ne soit pas mal pris alors que je suis du même coté. Mais je pense parler au nom de beaucoup d’hommes qui sont en faveur des femmes mais qui sont mis dans le mauvais panier ( ou au mieux dans le panier neutre de l’inutilité et du ” j’men foutisme ” ) parce que notre vie ne nous permet pas d’en faire plus – et de façon visible – que le peu que nous faisons déjà.

  • Les moments les plus marquants de l'année 2014 – Multijoueur
    29 décembre 2014 at 10:00
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    […] s’agisse de la représentation féminine dans les jeux, du rôle des femmes dans le journalisme et dans l’industrie du jeu, la critique du sexisme est une boîte de pandore. […]

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