Les jeux de langue (et une discussion sur la haine)

On dirait bien que vous me préférez quand j’écris avec plus de vitriol et de déviances linguistiques majeures, alors j’ai désinstallé Antidote et suis allé errer sur la section des commentaires de plusieurs sites pendant quelque temps dans le but de me préparer à parler de quelque chose en particulier.

J'ai constaté depuis une ou deux années la montée de l'usage d'un terme qui ne va qu'accélérer mon éventuel triple-homicide-suicide causé par une surexposition à une humanité aussi intellectuellement intrigante que le restant d'une tortue écrasée par un bateau qui est tombé de l'espace.

Un terme qui provient probablement de la même gang d'intellectuels épicuriens qui ont produit et utilisent des termes comme "chill", "swag" et "yolo". Un terme aussi limpide que d'utiliser "butthurt" comme unique argument contre un texte qui traite d'un sujet sérieux (comme, par exemple, le sexisme, admettons).

Le terme étant “hater”.

C’est… assez faible comme terme. Par quelconque miracle, vous avez réussi à prendre une quantité de termes énormes (“épique” étant un autre) et les avez réduits à des banalités quotidiennes. Et je dois sérieusement questionner votre sens de la répartie. Connaissez-vous réellement la haine? La vraie, je veux dire, pas celle que vous semblez avoir adopté dans le but d’exclure la possibilité d’avoir une discussion critique potentiellement constructive sur un sujet qui pourrait vous importer. Le type de haine qui fait que vous ne cherchez pas seulement à comprendre le problème avec ce qui vous importune, mais qui fait que vous passez la majorité de votre temps à proprement démolir ce qui consomme votre temps?

Parce que si je ne fais que me fier aux mots utilisés par la communauté de personnes qui jouent à des jeux vidéos dans le but de se divertir, j’ai plus l’impression de faire avec des jeunes sociopathes en recherche d’identité que des êtres humains vivants, intelligents et complets. Entre les âges de 13 à 17 ans, je pourrais comprendre la recherche de l’identité, mais il faut éventuellement grandir et se forger en tant que personne sans réellement se définir. Les gens qui aiment se proclamer “gamer” (ou cinéphile, audiophile ou bibliophile, tant qu’à y être) semblent être les personnes qui sont les moins intéressantes à aborder puisque leur vie entière ne fait que tourner autour d’un seul sujet, ou un seul type d’agissement.

J’ai fait tout ce détour dans le but de vous démontrer que l’appellation “hater” est elle-même faible. Qu’est-ce qu’un “hater”? Quelqu’un qui se couche en haïssant Ubisoft et se réveille en pissant de la bile sur les affiches de Watch_Dogs? Est-ce que c’est quelqu’un qui ne fait que haïr tout, tout le temps, sans jamais s’arrêter pour aimer quelque chose? Ça ne vous semble pas inintéressant comme personne?

Oui, je sais que vous appelez ceux qui ne sont pas en accord avec vous des “haters”, mais je trouve que ça reflète très aisément le type de personne que vous êtes si votre façon de gérer un désagrément est de tout simplement balayer le sujet avec un “haters gonna hate”, une pose de Vanilla Ice, et une face de connard/canard. Ça démontre un type de personne qui a tellement peu d’identité que la moindre critique envers quelque chose que vous aimiez, et non envers vous, peut aisément détruire votre perception de la réalité.

Ça ne vous fait pas peur, ça?

J’ai eu le droit récemment à une éruption d’un ami, qu’on va appeler Mésabstien, vis-à-vis ce que je pense de la série Assassin’s Creed. Très spécifiquement Assassin’s Creed III. Apparemment, tout ce que je fais, c’est (et je cite) “chier sur le travail de personnes qui ont travailler des centaines d’heures pour faire un jeu qui est parfait! PARFAIT!”

OK, entendons-nous que Assassin’s Creed III est loin d’être parfait, mais même moi ai-je vu des éléments positifs dans le jeu. Mais il était loin d’être parfait. L’histoire était limpide, le moteur avait des bogues hilarants, la difficulté était pratiquement inexistante et c’est le jeu qui a confirmé que Assassin’s Creed n’est effectivement plus la série d’infiltration sociale qui avait été promise avec le premier jeu de la série. Mais parfait? Nous sommes tellement loin de “parfait” que j’ai besoin de prendre un vol de dix heures pour l’atteindre.

Mais est-ce que ça fait de moi un “hater”, tout simplement parce que je suis capable de pointer du doigt les éléments faibles d’un jeu? Selon certains, on pourrait dire que c’est effectivement le cas, mais je vous pose cette question: avez-vous songé à demander quels étaient les meilleurs élments d’un jeu ou d’une série sur laquelle je “hate”? Parce que je pourrais vous les nommer, si vous me le demandiez.

Vous savez ce que ça fait de moi? Quelqu’un de critique, ce qui est drôlement un de mes rôles sur ce site. Autrement dit, pas “hater”, mais définitivement pas un fan fini qui va aller payer 100$ pour l’édition spéciale qui vient avec trois collants et un DLC “gratuit” (non je ne parle pas d’expérience, taisez-vous).

“Comment tu vas réagir quand tu vas sortir ton jeu et les gens vont dire que c’est de la merde?” Ajouta-t-il.
“Eh bien, en ignorant ceux qui disent tout simplement que c’est de la merde et en écoutant ceux qui me disent ce qu’il y a de faible dans le jeu” lui ai-je répondu.

Parce que j’ai effectivement cette capacité d’encourager la discussion, même quand ça me frustre, même quand un sujet m’enrage, parce que j’ose espérer que quelqu’un va avoir un seul argument, aussi petit qu’il soit, qui me ferait voir quelque chose d’un oeil différent. Après la publication de mon article sur Mass Effect, j’ai eu droit à un nombre de discussions, et je dois dire que ça a affecté mon jugement sur le jeu. Je n’y jouerai probablement jamais malgré tout, mais ça ne change pas que je vois un peu mieux ce que les gens aiment de la série.

Parce que je ne les ai pas traités de “haters” le moment où leur opinion différait de la mienne. Essayez de faire ça la prochaine fois que quelqu’un est en désaccord avec votre avis sur Super Smash Brothers (qui n’est pas une série de combat poke poke poke poke), les arguments peuvent vous surprendre, ou même faire altérer votre vision de la chose.

En guise de message de fin, je vous laisse avec cette pensée:
Ce n’est pas parce que je veux frapper toute personne qui utilise “simple” et “élégant” comme deux adjectifs différents que je les hais automatiquement.

Ok, ça, c’est un mensonge.

Image à la une: Hi haters par sean_oliver, utilisé sous CC BY 2.0/Découpée et réajustée de l'originale.

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ActualitésOpinion
Critique aux goûts tranchants et développeur de jeux indépendant, Moustafa se plaint beaucoup, même trop (et sans cesse, ça nous agace), mais cherche à pousser la critique constructive dans l'industrie.
3 commentaires
  • Maryse Landreville
    18 mars 2014 at 10:29
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    Heureusement que y’a personne de parfait! Et qui plus est, il y aura toujours des gens pour crachés sur les autres sans jamais expliquer pourquoi ils crachent.

  • Maxwell Landry
    18 mars 2014 at 11:35
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    Article intéressant qui soulève non seulement l’attitude générale du “commenteux”, mais surtout un rejet général du critique. Marc-André Lussier en traite régulièrement sur son blog cinématographique. L’intellectuel(le) qui n’est pas directement actif dans milieu qu’il analyse n’aurait plus le droit de porter un jugement critique et nuancé sur un objet sans s’attirer la foudre de plusieurs. On se retrouve malheureusment dans une mouvance binaire du J’ADORE – JE DÉTESTE. Un autre des nombreux problèmes issus de cette démocratisation de l’opinion et du commentaire… Et pourtant l’envie de critiquer (de manière constructive) découle souvent d’un amour profond de l’art. La haine présente en ligne ne demeure toutefois pas uniquement dirigée vers les critiques, mais contre tout et rien… Hater, Troll … je m’y perd et m’y désole bien trop souvent.
    Bien à vous!

  • Jonathan
    18 mars 2014 at 19:10
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    Je pense que le terme “Hater” s’applique surtout aux gens/commentaires qui ne font que critiquer le jeu sans que ce soit positif. Par exemple de dire que “Cé pourri pcq cé plate, y s’passe rien pis c laitte”. C’est peut-être un exemple exagéré, mais c’est le genre de commentaires non constructifs qui n’aident pas à relever les points faibles d’un jeu. Le terme pourrait aussi s’appliquer à des gens qui ne veulent que détruire un jeu parce que d’autres personnes l’apprécient. Exemple : “Je ne comprends pas comment quelqu’un ayant un tant soi peu de bon goût peut jouer à cette abomination”. Bref, il “hate” parce que les autres aiment. Ce sont des cas où je pense que le terme “hater” peut s’appliquer.

    Cependant, le faire lorsque quelqu’un critique de façon positive, ce n’est juste montrer que l’on n’est pas en mesure de savoir accepter la critique sur un jeu qu’on aime.

    Il y a aussi le fait que les gens se sentent très courageux/puissants de critiquer et attaquer les autres derrière leur clavier en pensant s’en tirer parce que fait de façon “anonyme”…

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