Nation Wars 2, du grand spectacle

Les joyeux drilles de l’équipe d’O’Gaming nous ont habitués depuis deux ans à la tenue d’événements de haute qualité, à l’instar des deux opus d’Iron Squid, ou encore Tales of the Lane, un des premiers tournois financés par le crowdfunding. Et c’est le 26 juillet dernier que Pomf & Thud nous ont donné rendez-vous pour leur dernière banderille dans la scène Starcraft II : les finales des Nation Wars 2. Multijoueur était sur les lieux pour vous faire vivre cet événement comme si vous y étiez!


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La facade du Trianon, accueillant son premier événement E-Sports

Petit rafraichissement de mémoire à ceux qui ont les neurones encore étourdis dans la torpeur estivale : la première édition des Nation Wars avait vu le sacre de la Norvège, emmenée par un Snute au sommet de l’Europe en janvier dernier. Ce tournoi, opposant des équipes de trois joueurs sélectionnés par un vote communautaire, adopte le format "all-kill", favorisant le spectacle et les revirements de situation. Mais ce sont surtout les équipes comprenant un joueur d’exception, capable de faire le ménage quelle que soit sa victime, qui y sont les plus favorisées.
Pour ces seconds Nation Wars, O'Gaming a pris le pari de financer un événement offline dans une salle parisienne, en l’occurrence le Trianon. C’est essentiellement grâce à un généreux donateur anonyme ayant mis sur la table plus de 40 000 euros que ces finales ont pu avoir lieu, ainsi qu’une sorte de “super finale” en ligne à venir face à une sélection coréenne.

Épisode 2: les Nations contre-attaquent

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Quand on vous dit que les rues de Paris sont sympas!

Station de métro Anvers, Paris 18e, 9h. C’est une ligne colossale qui serpente tout autour du bloc qui sera la première image marquante de la journée. Forcément, le financement participatif reposant sur la vente des billets assurant un show à guichet fermé, on ne pouvait en attendre moins. Reste que le défilé de mode geek/gamer représente un tableau pour le moins intriguant pour le touriste parisien classique, à la vue de tous ces T-shirts incompréhensibles, ici se faisant l’écho d’une race au nom étrange, par là une drôle de liste intitulée “In 6 pool we trust”, et j’en passe. Qu’à cela ne tienne, une ambiance bon enfant règne sous un grand soleil parisien dont l’audience du jour ne profitera vraisemblablement pas beaucoup.
La file n’avance pas bien vite, mais le staff est parfaitement organisé, que ce soient les personnes estampillées O’Gaming ou le personnel du Trianon, dont les compétentes ouvreuses (tiens, ce métier existe encore?) doivent probablement représenter un des derniers métiers pour lequel on réclame un pourboire un France.

Les goodies promis aux contributeurs/spectateurs ont un petit côté “ cheap", mais suffisant : un ballon, un autocollant, et deux “ hunderclaps" garnissent le sac distribué à l’entrée, les boutons « wouallez » n’ayant pu être disponibles dans les temps. Au final, les ballons finiront par être plus gênants qu’autre chose, s'accumulant dans les allées de la salle, et les thunderclaps, étant plus une gêne visuelle qu’autre chose, n’amuseront qu’une petite demi-heure le public français, moins habitué que les nord-américains à ce type d’accessoire. Rien ne vaut après tout le hurlement primaire et la claque traditionnelle sur le Vieux Continent.

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La boutique des Nation Wars

La salle n’est pas bien grande : on est, bien entendu, loin  des 3700 places du palais des congrès utilisé lors de l’Iron Squid II. Mais elle dégage un indéniable cachet, de par son style baroque et ses éclairages dans les tons verts pâles caractéristiques du design des Nation Wars.
Une table de joueur de chaque côté, une batterie au centre, sous l’écran géant, nous ne sommes pas à un opéra de Mozart, mais pour une finale de Starcraft II et voir des virtuoses de la microgestion. Après un bref show d’introduction, les joueurs sont présentés au public, non pas sur scène, mais sur le balcon central : l’effet est réussi. En dehors de Stephano et son habituelle nonchalance, prenant un “selfie" devant la foule, les joueurs sont clairement impressionnés, à mesure que le public fait vrombir toute la salle. C’est que le planning présente déjà plus d’une demi-heure de retard, il est grand temps de lancer les drones, SCVs et autres sondes!

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Le public du Trianon, attendant patiemment l'entrée en scène des cyber-gladiateurs

Pologne / Norvège : Eiki démarre comme un bourrin

Cette première demi-finale représentait une sorte de revanche entre la Pologne, menée par le Zerg Nerchio, et la Norvège de Snute. En effet, lors de la première édition des Nation Wars, les scandinaves avaient battu par deux fois les Polonais en phase de poule, les éliminant par la même occasion. Méfiantes, les deux formations envoient leur outsider respectif, le Zerg Tefel pour la Pologne, et le Protoss Eiki pour la Norvège.
Ce dernier s’était déjà distingué lors des premiers Nation Wars, qui fut d’ailleurs son seul coup d’éclat sur la scène pro, hormis quelques bons matchs lors des WCS. Et ce fut pour lui une nouvelle fois une grosse performance, ne laissant aucune chance à son premier adversaire. MaNa, Protoss prometteur sous l’ère Wings of Liberty, semblait en mesure d’égaliser. Mais une nouvelle fois, Tefel s’impose, après une longue lutte durant laquelle MaNa réalisa un festival de microgestion de Warp prism/ Immortal, profitant d’un Nexus habilement dissimulé dans un angle de la carte pour gagner du temps. Enfin, le capitaine polonais Nerchio ne fera pas non plus le poids, battu à deux reprises. Premier match expédié sur le score de 4-0, les Polonais sont piétinés par Eiki au grand galop, gardant capitaine Snute frais et dispo pour la finale. Lors d’une entrevue réalisée par Millenium, le joueur nous apprendra que les Norvégiens avaient savamment préparé leur coup, même si ce résultat a au final plus que dépassé leurs attentes. Eiki connaissait parfaitement ses adversaires, et c’est ainsi qu’il fut parfaitement en mesure de contrer leurs stratégies. Un bel exemple de ce que peut offrir un tel format de compétition.

France / Mexique : le coup du sombrero

Seconde demi-finale attendue par toute l’assistance ou presque, la France affronte le Mexique. Lors d’entrevues d’avant-match diffusées sur le grand écran, les Français apparaissent excessivement confiants, face à des Mexicains beaucoup plus modestes mais prêts à vendre chèrement leur peau. Tactique radicalement différente du premier match, chaque nation envoie son joueur le plus en forme sur le papier, à savoir le Terran et capitaine Dayshi pour la France, et MajOr côté Mexique, dans un match miroir s’annoncant plus que relevé. Cependant, ce fut une démonstration de TvT que nous offrit MajOr, prenant rapidement l’ascendant sur son adversaire par des timing pushs réglés comme une horloge, et achevant Dayshi par son multitâche de haut vol. Suivant sur la liste, le Protoss Lilbow ne sortira jamais la tête de l’eau non plus et se fera balayer sans ménagement. Le public commence à s’inquiéter pour ses représentants, mais n’oublie pas d’applaudir le Mexicain, misant tous ses espoirs sur la star Stephano, officiellement retraité mais étant toujours capable d’un jeu de haut niveau. Cependant, lui non plus ne fera pas le poids : asphyxié sur tous les fronts, le Français concède rapidement la première partie. Le revive ne lui donnera pas de revanche, et c’est encore un balayage 4-0 qui clôt ces demi-finales. Le public cependant n’oubliera pas d’ovationner MajOr pour sa magnifique performance, malgré l’élimination des favoris locaux. Ceux-ci repartent donc la queue entre les jambes, visiblement très mal préparés pour cette compétition et s’étant complètement fait surprendre par le talent du capitaine mexicain, pourtant bien connu de la scène.

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Stephano face à MajOr, lors de l'Ace-match

Petite finale Pologne / France : la revanche d’icitte

Dans ce match pour la 3e place, la confrontation attendue était certainement le match Stephano / Nerchio. En effet, le contentieux entre ces deux joueurs réputés pour leur fort caractère s’est alourdi tout récemment. Durant les phases de poule de la DreamHack Open la semaine précédente, Nerchio s’était vu attribuer une victoire par forfait face au Français alors momentanément absent, parti cherché à manger. Le Polonais ayant refusé d’attendre son retour, les arbitres lui attribuèrent donc la victoire sur tapis vert.

Au tour de Tefel d'affronter Stephano

Acte jugé manquant de fair-play et de classe par Stephano, qui ne manquera pas de le souligner par un délicat « va mourir en enfer » en lieu et place du traditionnel « good luck have fun ». Cependant, c’est le Polonais qui prendra le dessus. Ce sera finalement Dayshi qui aura le dernier mot en battant Nerchio puis MaNa, sur le score serré de 4-3. Il sauve ainsi l’honneur des Français face à leur public, mais on restera sur une performance bien décevante de la part de cette équipe que l’on voyait aller bien plus loin.

Grande finale Norvège / Mexique : le retour de Snute

Cette ultime confrontation reposait essentiellement sur les épaules des deux leaders, Snute et MajOr. La différence peut-être majeure entre les deux était que le Norvégien n’avait pas encore affronté le moindre adversaire dans la journée, tandis que MajOr avait à lui seul éliminé la France un peu plus tôt. Avantage de la fraîcheur, ou au contraire de démarrer “à froid” une finale, dans tous les cas les deux joueurs nous ont offert du grand spectacle, avec un affrontement de plus d’une heure. Malgré la stratégie “mécha” du Terran, reposant sur une armée aérienne Raven/Vikings, à laquelle Snute a opposé une composition à base de Swarm Hosts/infestator/vipers, ce fut une partie plus que serrée. Elle basculera finalement sur un fungal growth bien placé, anéantissant l’armée du Mexicain. MajOr tentera de prendre sa revanche dans l’Ace match, mais on ne le sent plus dans le coup : il tente une stratégie agressive, parfaitement contrée par le Norvégien, et doit concéder le “GG” final, laissant la Norvège remporter pour la seconde fois ce tournoi des Nation Wars.

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Le choc final des capitaines, Snute face à MajOr

Bilan : un événement dans l'ensemble réussi

Snute & Targa rayonnants de joie

[one_third][/one_third]Côté beau jeu, le public fut servi! Les parties était toutes intéressantes, souvent palpitantes, et le simple fait de voir des joueurs lutter pour leur pays et non leur propre gloire apportait une toute autre dimension et un intérêt nouveau pour un tournoi de Starcraft II. À l'instar d'Eiki, joueur de talent relativement modeste qui a été transcendé par la foule et l'enjeu, ou encore MajOr portant sur son dos les espoirs de sa nation, on n'a pu que se délecter des joutes offertes. Cependant, on peut retenir quelques ombres au tableau quasi-parfait de cet événement :

Tout d'abord, le rythme des parties : en effet, des pauses parfois assez longues entre chaque match, dues à diverses contraintes techniques comme principalement le changement de joueur à chaque partie, ont considérablement haché le tempo de la journée. De plus, une mise-à-jour le matin même de Battle.net aura fait démarrer la journée avec un certain retard.
Retard qui d'ailleurs, fut partiellement compensé par l'annulation de la partie "FFA" prévue initialement, devant opposer quelques heureux tirés au sort parmi les “backers” du crowdfunding. Ce qui nous amène au point essentiel au niveau des critiques. D'un point de vue plus général, si l'on a pu se rassasier de StarCraft, on aurait cependant pu s'attendre à plus d’animations : en dehors de quelques improvisations et interactions avec le public, comme FunKa en chauffeur de salle, ou encore un rap d'Anoss, il n'y a tout simplement eu absolument rien d'autre que les matchs. Les plus grandes distractions auront été le bar et ses tarifs très… Parisiens, et la boutique de produits dérivés. Bien maigre programme si l'on se réfère aux précédents tournois organisés par O'Gaming, qui a toujours su trouver comment divertir son public. Le FFA annulé n'a donc pas aidé dans ce sens, étant la seule animation au programme initial. On peut cependant comprendre que le planning était extrêmement serré et soumis à des paramètres incontrôlables, comme tout simplement le nombre de parties jouées dépendant uniquement des résultats. Il était ainsi difficile de s'investir sur des animations ayant des chances de ne pas pouvoir être glissées entre deux affrontements. Mais les longs temps morts étant probablement prévisibles, il aurait été de bon ton de pouvoir meubler, même si ce n'est pas toujours commode.

Ces Nation Wars 2 resteront tout de même à n’en pas douter un souvenir mémorable pour le public, offrant un spectacle de qualité, une organisation rigoureuse et un format innovant dont O’Gaming commence à bien maitriser la savante formule. Espérons que leurs initiatives puissent inspirer de nombreux projets similaires, et pourquoi pas chez nous au Québec? Si les finales nord-américaines de l'ESWC en juillet dernier furent une réussite technique, le public fut bien plus frileux. Il faudra certainement trouver la bonne formule pour fédérer la communauté E-Sports, pourtant bien active au Québec.

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Tableau final, toute l'équipe sur scène pour remercier le public

Note du rédacteur: un petit cadeau sera attribué à la personne réussissant à dénicher tous les calembours douteux présents dans cet article, et les pointer du doigt dans les commentaires.

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Starcraft II
Tombé dans la NES quand il était petit, c'est un fan de jeux vidéo depuis l'enfance. Console, puis PC, c'est l'avènement d'internet qui scellera sa passion pour le jeu en ligne. FPS, STR, MOBA, un café, l'addition, tout l’intéresse, et il suit avec attention la scène pro à travers le monde. Au diapason de ses origines, il trouve son inspiration au sein d'une organisation secrète: #FrenchWhine.
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