Assassin’s Creed Unity – Inachevé

Assassin's Creed Unity Bannière
Assassin's Creed Unity Bannière

À première vue, Assassin's Creed Unity avait tout pour plaire. D’abord sa toile de fond intéressante, c’est-à-dire Paris durant la Révolution française. C’est aussi le premier Assassin's Creed exclusif aux consoles nouvelle génération, donc qui a le potentiel pour des graphismes plus fluides et détaillés. De plus, il contient un des plus gros ajouts pour la série depuis longtemps : la possibilité de jouer les missions du jeu en coop. On boucle la boucle avec une présentation au E3 passé plutôt convaincante, et hop, c’est dans la poche. Mais que pouvait-il arriver de mal?



Maintenant, je vais vous demander d’être très attentif puisque l’histoire dans Assasin's Creed est devenu trop meta pour son propre bien. Dans Unity, vous vous incarnez vous-même, jouant à un jeu vidéo fait par la compagnie fictive Abstergo, exploitant une mémoire tirée de l’ADN d’un descendant d’Arno Dorian. Celui-ci est un Français devenu assassin malgré lui, alors qu’il cherche à venger son père lui-même assassiné.

Arno n’est pas particulièrement attachant, mais on entre assez facilement dans ses souliers puisque les bases de la série nous sont maintenant familières. C’est une histoire à la Roméo et Juliette, et pour la première fois, les templiers et les assassins seront peut-être obligés de s’associer pour faire face à une plus grande menace. Ce qui a gardé mon intérêt depuis le début de la série, c’est le mystère des pièces d’Éden et la mythologie qui les entoure. Plus que jamais, Ubisoft ne semble pas savoir où aller avec cette histoire, puisque chaque jeu nous éloigne des réponses et du dénouement du plan original, s’il y en avait un. L’histoire hors de l’Animus n’avance pratiquement pas dans ce jeu et ressemble de plus en plus à de l’improvisation.

Le même vieux moteur graphique

Les graphismes sont loin d’être l’élément le plus important d’un jeu. Mais ils le deviennent rapidement dans Assassin's Creed Unity. En effet, il a de la difficulté à atteindre 30 FPS, et descend parfois en dessous de 20 FPS, comme le démontre la vidéo de Digital Foundry ci-dessous. On est loin de la guéguerre entre le 30 FPS vs 60 FPS qui rage sur le web (aussi démontré par les commentaires YouTube de la vidéo ci-dessous). Ce ralentissement a accroché mon regard tout au long de mes sessions de jeu.



On parle d’une console de jeu sortie il y a à peine un an. C’est inacceptable. Croyez-moi lorsque je vous dis que la PlayStation 4 et la Xbox One sont capables de beaucoup plus côté performance. Infamous Second Son et Sunset Overdrive sont tous deux de grand jeux open-world magnifiques sans aucun ralentissement, même s’il y a une tonne d’ennemis ou d’explosions à l’écran. Même les amateurs de PC se retrouvent avec une version de Unity tellement mal optimisée qu’elle ralentit même sur des machines hyper-puissantes.

Bon. Disons qu’on oublie cette histoire d’image par seconde. Qu’est-ce qui nous attend? Des bogues, des glitches et des crashes. J’ai été obligé de recommencer une mission parce qu'Arno ne voulait tout simplement pas sortir son épée de son fourreau. Une autre parce qu'Arno est passé à travers un mur, et qu’il est ensuite tombé dans le néant. Sans compter les visages de personnages horriblement déformés par des glitches durant des cinématiques, des problèmes d’animations, des textures et NPC qui apparaissent tout à coup. Bref, les bogues sont omniprésents. On se demande si le jeu a été testé avant sa sortie. Ils ont beau dire : « On travail sur un patch », mais il n’en reste pas moins que l’image du jeu, de la série et du studio en ressortent ternis et le consommateur qui a payé 70 $ pour une bêta inachevée s’en souviendra longtemps.



12 jeux en 7 ans

Depuis le tout premier opus en 2007, douze jeux Assassin's Creed ont vu le jour sur console de salon et console portable. C’est énorme. Cette année, Ubisoft a poussé la blague à son maximum en sortant deux jeux le même jour : Rogue et Unity. C’est beaucoup trop. Trop pour les joueurs, qui n’ont pas le temps de s’ennuyer de la franchise, et trop pour les employés, qui n’ont visiblement pas eu le temps nécessaire pour compléter Unity. Ce qui devait arriver est arrivé, et c’est malheureusement ce premier jeu sur console nouvelle génération qui est le point de rupture. C’est vraiment dommage.

Dommage, puisque lorsqu’on s’arrête pour observer les environs, ce Paris de la fin du dix-huitième siècle est magnifique. On revient aussi aux racines de la série avec une grande ville dense comme dans Assassin' s Creed II, ayant cette fois une thématique bleutée contrastant avec ce dernier. Mais même si on peut visiter le jardin des Tuileries, on sait que ces décors seront malheureusement sous-utilisés dans les missions principales du jeu.

Les missions pourraient se résumer en quatre verbes : suivre, assassiner, protéger, se rendre. Placez ces mots dans toutes les combinaisons d’ordre possibles, et vous avez essentiellement toutes les missions d’Assassin' s Creed Unity. Si vous avez joué aux onze autres jeux de la série, vous ne serez certainement pas dépaysé. Les missions ne sont jamais ennuyeuses, mais ne font rien de nouveau ou d’exceptionnel, rendant ce Assassin's Creed plutôt ordinaire et peu mémorable. Ce n’est pas un Assassin's Creed digne d’une nouvelle génération de console.

Paris dans Unity

Les missions frustrantes sont celles qui peuvent être échouées instantanément, puisqu’avec la pléiade de bogues qui accompagne Unity, l’échec de ces missions n’est toujours qu’à un glitch près. Par exemple, les missions où il ne faut pas être vu peuvent être gâchées par Arno refusant d’entrer ou de sortir d’une cachette. Et soyons franc, le  « stealth » n’a jamais été la force de la série. La « vision d’aigle » qui permet de voir les ennemis à proximité à travers les murs ne dure que quelques secondes, et aussitôt, tous les ennemis repérés redeviennent invisibles. Ça devient donc difficile de planifier une stratégie sans se faire surprendre par un ennemi qu’on avait oublié, et donc encore une fois, on est obligé de recommencer la mission à zéro. Malgré le système de  « cover »  ajouté récemment aux mécaniques de jeu, on a toujours l’impression que ce serait plus facile de simplement affronter directement les ennemis.

Et ça l’est. Bref, je me suis amusé à ramasser tout les collectibles de Versailles, le petit territoire disponible lorsque vous avez téléchargé les sept premiers gigaoctets des quarante au total. Il m’était impossible de continuer l’histoire sans avoir téléchargé le jeu en entier, j’ai donc accumulé une somme d’argent assez importante. Lorsqu’on m’a offert d’améliorer mon arsenal avec tout cet argent, j’ai rapidement réalisé que mes nouveaux jouets me permettaient de décimer les ennemis avec une épée qui les traverse comme dans du beurre, réduisant la difficulté à un niveau ridicule. Ça devenait un peu inutile par la suite de se donner le trouble de se cacher alors que mon Arno était subitement devenu Beatrix Kiddo de Kill Bill.

Un assassin qui assassine

Une surprise ironique fut celle du retour des missions d’assassinat. Celles-ci étaient en grande partie présentes dans les missions facultatives depuis Assassin's Creed II. Comme dans le tout premier jeu, on vous indique la victime à éliminer, et c’est vous qui décidez comment vous allez vous y prendre. Ce sont les missions les plus agréables, puisqu’elles sont les seules qui profitent réellement du fait que c’est un jeu à monde ouvert, offrant au joueur une multitude de possibilités pour arriver à ses fins. Sans quoi, cette carte de Paris ne servirait qu’à se rendre du point A au point B entre les missions, ou à partir à la chasse aux collectibles. Ceux-ci sont des coffres, des cocardes, des boucliers, des lettres, ou des énigmes de Nostradamus, dont la position sur la carte est révélée après que vous avez fait la synchronisation du secteur.

Parmi les nouveautés, on note la possibilité de personnaliser les vêtements de son personnage de la tête au pied. Cet ajout est plutôt nécessaire lorsque l’on joue en coop pour nous aider à différencier vos partenaires, puisque tout le monde incarne Arno. C’est la raison pour laquelle il n’est pas possible de choisir un personnage féminin. Mais à cet égard, Élise, l’amie d’enfance d’Arno est une femme forte qui sait se défendre, et elle joue un grand rôle dans l’histoire. Les accusations de misogynie envers Ubisoft étaient donc prématurées, même si la réponse du studio était totalement stupide à cet égard.

Je pensais à Watch Dogs lorsque je jouais à Unity, et je me disais que si les deux jeux avaient eu chacun une ou deux années de développement supplémentaire, ils seraient devenus des jeux incontournables. La manie d’Ubisoft de vouloir sortir le plus de jeux possible en même temps leur nuit à long terme : ça ne fait pas des jeux variés et raffinés. Ça sent le « rush » du vendredi après-midi et les employés qui s’efforcent de respecter des délais impossibles en lançant le produit final à bout de bras, comparativement à d’autres compagnies plus appliquées qui sont devenues synonymes de qualité.

Un verdict? Non, un message.

Je finirai en laissant une note très basse. Avoir le culot de mettre sur le marché un jeu avec autant de problèmes techniques est une insulte aux consommateurs. Ubisoft a même inclus un système de microtransactions qui tente de tirer encore plus d’argent des joueurs, et instauré un embargo qui empêchait les critiques d’avertir le public quant à la qualité du jeu. Le message que ça envoie, c’est que pour Ubisoft, les ventes sont plus importantes que la qualité de leur produit, le respect de leur franchise ou de leur public.

Si tous les problèmes sont corrigés avec de futures mises à jour, la note du jeu monterait de quelques points. Mais d’ici là, Unity brise totalement la confiance que l’on pouvait avoir envers Ubisoft et qui nous met un doute quant à l’avenir de la franchise. C’est notre devoir de réagir et de dire à Ubisoft que c’est assez. S’ils veulent notre argent, ils devront respecter leurs consommateurs.

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CritiquesFaits au QuébecPC / MACPlaystationXbox One
C'est un gamer, fan de science-fiction, de BD, de jeux de société et de musique électronique. Bref, un geek. Rédacteur depuis 2008, il adore partir à la recherche de jeux uniques, peu importe leurs dates de sortie ou leurs pays d'origine.
4 commentaires
  • David
    18 novembre 2014 at 10:51
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    Salut,

    En tant que lecteur, j’aurais aimé voir les exemples concrets que tu mentionnes dans ton expérience de jeu plutot que des liens populaires présentés. L’impression que cela donne est que ta critique est biaisée par ce que tu as vu du jeu sur internet. Aurais-tu vraiment donné un 4/10 si tu ne t’étais fié qu’à ton expérience de jeu?

    Bonne lecture en général, bien qu’un peu longue!

    David

    • Martin Brisebois
      18 novembre 2014 at 11:56
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      Salut !

      Je te confirme (malheureusement) que j’ai réellement joué au jeu et rencontré les mêmes problèmes que tout le monde…

      J’ai préféré mettre un vidéo de compilation de bugs plutôt que ceux que de faire un montage vidéo de mes captures sur PS4, puisqu’ils sont essentiellement les mêmes. Le framerate (qui n’as toujours pas été corrigé par les 2 patch depuis le lancement) continue de me déranger, je préférais mettre le vidéo de Digital Foundry qui inclut les données.

      J’ai commencé à mettre des extraits sur YouTube. À date j’ai « Pogné dans une clôture », pour ton plaisir de visionnement http://youtu.be/3IC4cHvL9es

      Ce n’était peut-être pas assez clair dans ma conclusion, mais le 4/10, c’est l’addition d’un Assassin’s Creed ordinaire (missions répétitive, peu de nouveauté, histoire prévisible, qui se serait probablement mérité un 6,5/10), des bugs et glitch qui n’aurait pas dû passé l’étape du playtest, et des pratiques douteuses entourant le jeu (microtransactions partout dans le jeu, limiter l’embargo à la date de sortie).

  • Marie-Pier Marchand
    18 novembre 2014 at 15:47
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    Excellente critique, même si ça me fait de la peine de la vracité de vos propos. l
    Il est franchement décevant de la part d’Ubisoft de se dépêcher autant pour sortir le plus de jeux possible, sans se soucier de sortir quelque chose de qualité. En tout cas, je sais que je ne veux plus ce jeu pour Noël

    • David
      19 novembre 2014 at 13:52
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      Je ne pense pas qu’il faut généraliser. Certains aspects du jeux sont très recherchés et ont étés travaillés avec beaucoup de minutie. Exemple ici

      Certes le jeu comprend des bugs de gameplay et de rendu graphique, mais si on avait à diviser le produit final en différentes catégories, il obtiendrait un score presque parfait dans beaucoup sinon la majorité des cas.

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