The Crew – Dérapage incontrôlé

The Crew Header
The Crew Header

La promesse était grande. Aussi grande que les États-Unis en entier. Durant l'E3 2013, la bande-annonce de The Crew semblait annoncer mon prochain jeu préféré : un jeu de course open-world de style arcade à la Burnout Paradise. Un immense terrain de jeu où les joueurs en ligne se côtoient, se lancent des défis, et coopèrent pour réussir des missions.

The Crew vous offre une carte représentant les États-Unis en entier. Elle n’est pas à l’échelle, bien entendu, mais il vous faudra tout de même une quarantaine de minutes pour voyager de l’est à l’ouest, même avec un véhicule rapide. La beauté de tout ça, c’est que les différents états font varier les types de terrain, et par conséquent, la façon de courser. Des forêts, des montagnes enneigées, des déserts à perte de vue, mais aussi des villes avec leurs propres personnalités. On voit des bâtiments se répéter fréquemment, mais en théorie, on est censé passer au travers à grande vitesse, donc les détails seraient somme toute superflus.



On pourrait croire qu’avec une aussi grande carte, les déplacements sont longs, fréquents et pénibles. Je dois avouer que The Crew a réussi à cet égard, même plus que la plupart des jeux open-world. L’option de voyager directement par avion ou par train moyennant quelques dollars est bien appréciée. Encore mieux : à tout moment, un rayon d’une centaine de mètres autour de vous marque la carte comme endroit déjà visité. Vous pouvez alors vous téléporter à n’importe quel endroit dévoilé sur la carte, sur la route ou non, gratuitement.

Le problème, c’est qu’il faut la remplir de joueurs, cette carte! Et c’est d’autant plus difficile lorsqu’ils sont dispersés de part et d’autre des États-Unis... Je prédisais qu’un jeu aussi connecté aurait des problèmes de serveur à son lancement, mais pourtant, tout va comme sur des roulettes. Mais voilà, lorsqu’on tente de jouer un match PVP, on peine à trouver huit joueurs. Mais ça, c’est un tout autre problème...



Un jeu de course, ou un MMO?

C’est en se promenant sur le site officiel du jeu que le chat sort du sac et qu’on apprend la grande nouvelle :
The Crew, un RPG
Selon Ivory Tower, The Crew est un RPG. Bon, disons qu’on oublie l’aspect ROLE PLAYING GAME dans le terme RPG (*soupir*), il est vrai que The Crew est structuré comme un RPG et qu’il contient une multitude de statistiques à améliorer, de même qu’un système de « perks ». À chaque niveau supérieur, on vous remet un point que vous pourrez investir dans une catégorie, par exemple : « améliorer les freins de toutes vos voitures de 1 % » (oui oui, un seul pourcent), ou encore « réparer votre véhicule sans être obligé de retourner au garage, à 200 % des coûts ».

Votre personnage accumule des points d’expérience en participant à des événements, dans le but d’atteindre de plus hauts niveaux (jusqu’au niveau 50), qui vous permettront d’accéder à plus d’activités. Mais là où ça devient étrange, c’est que votre voiture aussi peut monter de niveau, jusqu’au 1299! Pour chaque événement réussi, on vous récompense avec une pièce dont vous pouvez équiper votre voiture pour ajouter des points dans certaines catégories. Vos statistiques s’amélioreront donc avec le temps. Pour la vitesse et l’accélération, ça va, mais pour le contrôle du véhicule, c’est très difficile à digérer. Ça signifie que vous aurez de la difficulté à conduire votre véhicule tant que vous n’avez pas atteint un certain niveau, équivalent de nombreuses heures de jeux. On se trouve à avoir de la difficulté à tourner les coins sans faire des tête-à-queue, et à s’arracher les cheveux pour terminer les missions.

Une conduite horrible

C’est peut-être l’aspect le plus subjectif du jeu, mais personnellement, j’ai DÉTESTÉ la conduite dans The Crew. C’est la pire que j’ai jamais rencontré dans un jeu de course. Les autres jeux qui lui ressemblent le plus en terme de contrôle sont Grand Theft Auto, Watch_Dogs, ou Sleeping Dogs : des titres où les véhicules sont secondaires, et où le pilotage est à la fois irréalistes et imprécis. Pour ceux-là, ça passe puisque le jeu n’est pas entièrement basé sur la conduite, contrairement à The Crew. Je tiens à préciser que The Crew est un jeu de course de type "arcade", et que la difficulté à maîtriser la voiture qui semble glisser comme un savon n'as rien à voir avec les jeux de courses de style simulation. On a carrément l'impression qu'on contrôle une corde qui tire le bolide, et non la voiture elle même. Un genre de délai et de manque de précision digne d'un jeu mobile.

C'est déjà désagréable à la base, et le fait que les voitures de départ soient volontairement difficiles à contrôler nous laisse dans une position d’inconfort impossible à croire. J’ai passé un temps fou entre deux courses dans les menus à déplacer aveuglément les barres de défilements d’options floues comme « steering linearity » ou « steering speed factor ». Un coup de joystick d’un côté et la voiture faisait des tête-à-queue ou zigzaguait dangereusement jusqu’à ce que l’inévitable se produise. Le contrôle de base devrait être impeccable. C’est un peu comme si au début de Borderlands, la mire de votre personnage tremblait incessamment parce que vous n’avez pas encore assez d’expérience pour viser juste. C’est n’importe quoi.

Ça finit par s’améliorer lorsque vous débloquerez les « specs perf » (performance) après au moins cinq heures de jeu, sans régler complètement le problème. On finit aussi par s’y habituer un peu, mais lorsqu’on perd une course due à notre voiture titubante, on est rapidement ramené à la triste réalité.

The Crew Offroad

Presque tout le monde est perdant dans The Crew

D’ailleurs, il n’y a pas de podium dans The Crew. Lors des courses, vous DEVEZ arriver premier. Sinon, vous devrez recommencer encore et encore pour pouvoir progresser dans l’histoire. Je pensais qu’on avait dépassé ce stade depuis le début des années 2000. Ce qui aurait été logique, c’est d’imiter Forza Horizon 2 : vous choisiriez votre difficulté, et plus vous vous donneriez du défi, plus vous seriez récompensé. Si vous n’aviez pas offert votre meilleure performance, vous pourriez tout simplement passer à autre chose et revenir plus tard pour vous améliorer. Recommencer les missions constamment, ça n’a rien d’amusant.

Tout particulièrement les missions où vous devez semer des voitures de police, qui sont plus coriaces que dans GTA avec un niveau de recherche de cinq étoiles... Les forces de l'ordre sont omniprésentes et apparaissent littéralement devant vous à tout moment, et dès que votre véhicule est ralenti, vous vous faites immédiatement arrêter. C’est le mauvais contrôle du jeu qui plante le dernier clou dans le cercueil lors de ces missions, puisqu’une seule erreur est fatale. C’est plutôt par chance qu’on réussit à passer à travers. Même chose pour les missions d’assassinat (shout out à Assassin's Creed!), qui vous demandent de tuer un adversaire beaucoup plus rapide que vous, et aux mouvements imprévisibles. Comme si ce n’était pas assez, une limite de temps assez sévère fait monter le taux de frustration à son maximum.

The Crew City

C’est ici que la particularité de The Crew entre en jeu : vous pouvez jouer aux missions du scénario seul, mais vous pouvez aussi inviter des joueurs à vous aider à compléter l’objectif. Votre « Crew », composé au maximum de quatre joueurs, aura aussi toutes les récompenses pour avoir terminé la mission. Une approche coop efficace et originale, qui change complètement le rapport que l’on a avec les autres joueurs.

Si vous souhaitez jouer d'une façon plus compétitive, vous pouvez choisir un clan disponible représenté par un animal, et participer à des courses PVP. Le clan que vous avez choisi vous rapportera de l’argent pour les courses qu’il a gagné, et ce, même lorsque vous n’êtes pas en ligne. De bonnes idées, mais malheureusement le très petit nombre d’évènements disponibles limite le jeu d’une façon radicale. Pas moyen de créer vos propres parcours en traçant un trait sur la carte ou en choisissant les points de départ et d’arrivée. La grande carte est donc tout à fait inutile. C’est peut-être une fonction qui sera ajoutée plus tard avec un patch, qui sait.

Comment NE PAS faire un open-world

Comment fait-on pour rater un jeu open-world? On limite le joueur à une mission à la fois, et on le garde isolé dans de petites sections de la carte pourtant gigantesque. Il est possible de conduire jusqu’à l’autre bout du continent à n’importe quel moment, mais les missions qui s’y trouvent sont alors bloquées par le niveau d’expérience du joueur. On se retrouve à être obligé de suivre la linéarité des missions principales les unes après les autres.

J’ai d’ailleurs été bloqué à un moment donné puisqu’une seule mission était disponible, et ma voiture n’était tout simplement pas assez rapide pour réussir cette course limitée par le temps. Pas assez d’argent pour acheter une nouvelle voiture, et pas assez d’expérience pour faire d’autres évènements. Je n’avais pas d’autre choix que de « grinder » de l’argent et de l’expérience en visitant les 242 monuments présents sur la carte (rapportant 2000 $ chacun), et en participant à de courts défis d’habileté (de 100 à 600 points d’expérience)… Ce qui m'a pris plusieurs heures. J’aurais pu simplement débourser une somme faramineuse en microtransactions, mais je ne suis pas si facilement dupé!

The Crew Map

The Crew a séché ses cours de physique

D’innombrables vidéos de bogues dans The Crew sont apparu sur le web. Néanmoins, je suis prêt à lui pardonner les petits bogues visuels cocasses qui ne changent rien au gameplay. Plus un jeu est grand, plus il est possible qu’une anomalie quelconque survienne quelque part sur la carte. Ce que je trouve inacceptable, c’est la physique totalement imprévisible qui gâche parfois l’expérience. On ne sait jamais ce qui se passera lorsqu’on frôle un objet. Serons-nous catapulté dans le ciel? Serons-nous stoppé immédiatement comme si nous avions frappé un mur de béton? Ferons-nous un 180-degré, perdant de précieuses secondes et assurant notre défaite? À ce niveau, The Crew aurait besoin d’un ajustement majeur.

On peut facilement comprendre ce qui s’est passé avec The Crew en regardant le studio qui le développe. Ivory Tower n’en est peut-être qu’à son premier jeu, mais il est formé d’anciens employés de Eden Games, le studio d’Atari responsable de la série Test Drive Unlimited. Ce dernier était lui aussi un jeu de course open-world plutôt vide qui n’a pas réussi à se démarquer de la compétition. C’est Ubisoft qui possède Ivory Tower, ce nouveau studio, et c’est peut-être la raison pour laquelle The Crew est tant publicisé. À l’époque de Eden Games, The Crew serait probablement passé inaperçu, comme le reste du catalogue de ce studio.



Opportunité manquée

Avec des commandes qui réagissent mieux et des lois physiques moins imprévisibles, The Crew serait déjà beaucoup plus attrayant. Si on y ajoutait des activités à faire seul ou en ligne sans être obligé de les enrober dans une histoire excessivement cliché et ridicule, il serait un bon jeu de course. Et s’il était plus ouvert à des courses personnalisées qui pourraient être gérées par la communauté, on aurait un des jeux de course les plus intéressants sur console. Mais malheureusement, The Crew est très loin de tout ça. C’est un projet trop ambitieux qui aurait été un succès instantané dans les mains de Criterion Studios, mais pas dans ceux d’Ivory Tower.

Au risque de me répéter, je continue de vous proposer Forza Horizon 2 comme alternative, qui est un meilleur jeu à tous les égards. Meilleur contrôle, meilleurs graphismes, monde plus petit, mais plus intéressant, des « drivatars » qui font que vous ne jouez jamais vraiment seul, sans problème de connexion, et finalement, une plus grande sélection de voitures et d’évènements. Je vous proposerais peut-être aussi Driveclub, mais même après deux longs mois, les problèmes de serveur persistent...

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C'est un gamer, fan de science-fiction, de BD, de jeux de société et de musique électronique. Bref, un geek. Rédacteur depuis 2008, il adore partir à la recherche de jeux uniques, peu importe leurs dates de sortie ou leurs pays d'origine.
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