Le récit en espace : typiquement indie

Jeux d'exploration
Jeux d'exploration

Un nouveau genre a surgi au cours des dernières années. Provenant toujours de studios indépendants, celui-ci nous met dans la peau d’un personnage, et nous offre la possibilité d’explorer un environnement qui a une histoire à raconter. Est-ce qu’on vous donne une arme? Non. Y a-t-il des ennemis? Non plus. Mais est-ce que l’expérience en vaut la peine? Bien sûr. Ces jeux d’exploration à la première personne contiennent quelques-unes des histoires les plus touchantes sur le marché.

First Person... Shooter?

La caméra à la première personne commence tout juste à découvrir son potentiel, 23 ans après la sortie de Wolfenstein 3D. On a réussi à arracher le fusil des mains du joueur, comprenant qu’on peut incarner autre chose qu’une machine à tuer. Un fusil qui lance des portails au lieu de tuer des gens, c’est un début, non? Portal à lui seul a été une influence pour des dizaines de jeux comme Quantum Conundrum, Polarity ou Parallax, alors que le jeu de Valve nous rappelle qu’une caméra à la première personne n’était pas uniquement réservée au jeu de tir. Myst est l’ancêtre ultime des jeux de puzzle utilisant cette vue, alors que Wizardry fait la même chose pour les RPG, mais ils sont plus des exceptions à la règle que des mouvements réellement présents.

D'un côté plus minimaliste, on retrouve Dear Esther, Gone Home, Fract OSC (voir notre critique), The Stanley Parable (voir notre critique), The Novelist, Proteus, Kairo, NaissanceE, Among the Sleep, Ether One, Into Blue Valley, 4PM, Lifeless Planet, The Moon Sliver, Mind: Path to Thalamus, Home is Where One Starts, Sunset, et beaucoup d'autres. Ils contiennent presque tous des casse-têtes, parfois du platforming, mais leur but réel, c’est leur ambiance et leur histoire.

Les avantages de la caméra à la première personne

À la première personne, on incarne un personnage, plutôt que de simplement diriger ses actions. On voit à travers ses yeux. C’est le jeu de rôle ultime. Certains jeux comme Homesick s’en servent comme mystère ultime : qui incarne-t-on? Rares sont les médiums qui peuvent garder un tel mystère jusqu’à la fin. Voir au travers des yeux d’un enfant dans Among the Sleep est une expérience incroyable.

Among the sleep

Sinon, il peut être un nouveau genre de point-and-click dans lequel le joueur doit réellement faire des recherches, comme Ether One, et non seulement balayer l’écran avec son curseur jusqu’à ce qu’il trouve un objet interactif. C’est d’ailleurs ce que Gone Home fait si bien : il laisse le joueur explorer librement une maison déserte, et la récompense, c’est d’en savoir plus sur cette famille. Plus vous observez, plus vous en apprenez. L’environnement parle par lui-même. C’est une manière originale et efficace de raconter une histoire.

Gone Home

Le sentiment de présence et d’immersion sont aussi grandement supérieurs. Certains jeux comme Fract OSC vous proposent un voyage à travers un monde musical inoubliable. Dans celui-ci, le personnage que vous incarnez n’a pas d’importance. N’ayant pas de personnage visible à la troisième personne, on oublie tout simplement le rôle qu’on est censé jouer, pour rapidement réaliser que le décor du jeu est en fait le personnage principal. On est aussi beaucoup plus près du décor qu’à la troisième personne. On peut regarder de tous bords, de tous côtés, comme si nous y étions. C’est alors qu’un genre d’expérience plus contemplative est possible, comme dans Proteus, Eidolon ou Home is Where One Start, qui sont essentiellement des œuvres d’art à explorer. Bien qu’ils ne s’adressent pas à tout le monde, ils peuvent procurer le calme et l’évasion que certaines personnes recherchent dans leur temps libre. Ils ont volontairement un rythme plus lent. Cependant, ça ne veut pas non plus dire qu’ils ne doivent contenir aucun élément de gameplay traditionnel, aussi minimal soit-il.



La caméra à la première personne elle-même peut servir de mécanique de jeu. Dans Antichamber, le fait d’avoir un champ de vision limité permet de créer une série d’illusions qui ne seraient tout simplement pas possibles à la troisième personne. Même chose pour Pneuma Breath of Life, dans lequel le regard du joueur est la clé du mystère. Alors que les casques de réalité virtuelle sont sur le point d’entrer sur le marché, on comprend que les jeux d’explorations sont parfaits pour ceux-ci. Peut-être que nous verrons de plus en plus de jeux de cle genre être développés au cours des prochaines années.

Les développeurs indépendants semblent être particulièrement intéressés à explorer ce nouveau genre. Premièrement parce qu’il est encore en pleine expansion et qu’il leur offre la possibilité de créer quelque chose d’unique, mais aussi parce qu’il est parfait pour véhiculer une histoire qui connectera plus aisément avec les joueurs grâce aux avantages mentionnés plus haut. On pourrait aussi déduire qu’il contient rarement des personnages animés, qui sont beaucoup plus de travail que des environnements, aussi stylisés soient-ils.

« Walking Simulator »

Les jeux d’exploration à la première personne sont souvent étiquetés péjorativement comme étant des « walking simulator » (simulateurs de marche). Plusieurs leur reprochent de ne pas être des jeux vidéo en disant qu’ils n’ont pas d’objectif, qu’on ne peut pas perdre, et que la seule action possible, c’est de marcher.

Pourtant, Gone Home a une histoire à raconter, quelques casse-tête simple (progression oblige), et un but ultime à atteindre, après quoi le générique défile devant nos yeux. C’est un jeu disponible sur Steam, contrôlé par le joueur avec une manette d’Xbox, avec un cheminement et un but précis. Cette description commence drôlement à ressembler à un jeu vidéo... Dans The Stanley Parable, on ne fait que marcher, mais le chemin que l’on prend change la suite de l’histoire. Avec plus de 20 fins à découvrir, est-ce qu’on peut vraiment le renier en tant que jeu vidéo parce qu’il ne contient pas de « loot », de « level up » ou de mode multijoueur compétitif? Je ne crois pas! Je crois qu’il suffit simplement d’ouvrir notre esprit et de laisser le médium évoluer en quelque chose de différent.



Le débat est donc lancé : qu’est-ce qu’un jeu vidéo?

J’ai cru remarquer que la réponse à cette question est différente pour chaque personne, et doit être posée autrement. On doit plutôt demander : « pourquoi joues-tu à des jeux vidéo ». C’est ici que les idéologies se séparent. Ceux qui jouent pour s’évader, se faire raconter une histoire, ou pour relaxer sont ceux qui apprécient les jeux d’exploration, puisqu’ils permettent d’accomplir tout ceci. Ceux qui jouent pour le sentiment d’accomplissement, pour se valoriser et pour socialiser, n’ont peut-être tout simplement pas d’intérêt pour le genre, puisque ce n’est pas l’expérience qu’ils recherchent.

La question ne sera jamais réglée, puisque nous ne cherchons pas tous le même genre d’expérience, c’est pourquoi tant de genres de jeux et de médias existent. Si c’est une question de sémantique, changer l’appellation du genre pour « expérience narrative interactive » ne changera pas leur contenu ou leur place sur Steam. La question deviendrait simplement : « celui-ci est-il un jeu vidéo ou une expérience narrative interactive? » Et on retournerait au point de départ.

Je trouve simplement dommage qu’une partie des joueurs déteste agressivement ce genre de jeux d’une haine profonde, croyant qu’ils menacent le futur du jeu vidéo. La vérité, c’est que rien n’est en péril : ces jeux d’exploration ne font qu’exploiter le médium sous un angle différent, et continueront d’évoluer et de se raffiner d’année en année.

La forme finale des jeux d’exploration

Je ne crois pas que des jeux comme Gone Home soient l’évolution ultime du jeu d’exploration à la première personne, mais je crois que leur influence se fera sentir jusque dans les jeux triple A au cours des prochaines années. C’est lorsque les studios avec de gros budgets commenceront à utiliser les forces de la caméra à la première personne que nous en ressortirons gagnants, avec des expérience plus immersives, et des univers plus vivants, plus riches.

Ces jeux indépendants nous ont finalement fait comprendre que l’univers d’un jeu peut s’étoffer par lui-même via ses décors, sans être obligé de passer par des centaines de lignes de dialogues.

Bioshock

L’exemple le plus frappant est indéniablement Bioshock (le premier jeu), et c’est d’ailleurs pourquoi il fût un jeu si mémorable : l’immersion était totale. On y passait une partie du jeu à tirer sur des ennemis, mais durant tout le reste, Bioshock nous racontait l’histoire de Rapture par son ambiance macabre. Lorsqu’on se promenait dans une ville vide en écoutant des audiologs, quelle était la différence avec Dear Esther?

Je ne dis pas que chacun de ces jeux est parfait, ni qu’ils sont le futur des jeux vidéo, mais je tenais à souligner ces titres qui ont dévoilé, à leur manière, le potentiel des jeux à la première personne.

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C'est un gamer, fan de science-fiction, de BD, de jeux de société et de musique électronique. Bref, un geek. Rédacteur depuis 2008, il adore partir à la recherche de jeux uniques, peu importe leurs dates de sortie ou leurs pays d'origine.
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