Pankapu et les gardiens de rêves envahissent Kickstarter

Au pays des indies et des Kickstarter florissants, on s’est cette fois-ci penchés sur Too Kind Studio, des développeurs résidant en France, et fraîchement arrivés sur la plateforme de sociofinancement avec Pankapu: The Dreamkeeper. On en a aussi profité pour enquêter un peu plus sur la façon dont l’aventure du développement indie se vit de l’autre côté de l’Atlantique...

Il était une fois en France...

dofus 1À priori, en France comme au Québec, la plupart des projets indie commencent de la même façon : deux très bons amis et collègues d’un gros studio de jeu Jimmy Kalhart (game et level designer) et Jérome Brulin (artiste) ont envie de s’évader du poids de la production. En l'occurrence, ici on est chez Ankama, le studio derrière le MMORPG Dofus. Justement, ça tombe bien, ce jour là Jimmy a mis la main sur un article répertoriant les plus gros clichés des jeux de rôle japonais.

C’est alors qu’ils ont l’idée de créer un monde dans lequel pourrait prendre place un RPG un peu aux antipodes des clichés habituels : “Et là l'héroïne serait alcoolique et folle amoureuse d’un camionneur un peu bourru”.
Bon, plus sérieusement, en septembre 2013, leurs jobs mis de côtés, ils sont parés pour l’aventure du développement indie, à quelques exceptions près… Avouons-le, se lancer à deux dans un RPG japonais, pour un premier projet, c’est un peu téméraire. Ne baissant pas les bras, nos deux comparses décident alors de piocher dans l’univers qu’ils ont mis tant de coeur à bâtir pour lui donner forme à travers un platformer narratif, j’ai nommé : Pankapu: The Dreamkeeper.

Et sinon c’est quoi un gardien de rêve?

pankapu 5Pankapu est un donc un platformer narratif en 2D, ou plutôt, un conte en sept chapitres que va narrer le père de l’enfant Djaha’Rell pour l’aider à lutter contre ses cauchemars.

L’univers du jeu nommé l’Omnia est donc une projection de l’imagination de Djaha’Rell dans lequel le petit chevalier Pankapu va entreprendre une quête initiatique en luttant contre une invasion de cauchemars. En collectant les fragments de la mémoire de Djaha’Rell et à travers l’aventure métaphorique vécue par Pankapu, le joueur sera en mesure de recréer l’histoire de l’enfant et de comprendre d’où proviennent ses cauchemars.

pankapu 6

La volonté derrière Pankapu était surtout de constituer un univers cohérent mais dont le sens serait cryptique. Ainsi, on découvrira derrière ce monde et ces visuels enfantins une certaine forme de maturité dans le propos qui veut sortir du manichéisme : “le joueur apprendra que les cauchemars sont un mal nécessaire, c’est une métaphore de l’univers et de son équilibre. Pankapu lui-même est fait de la même matière que les ombres” nous explique Jimmy, le game et level designer.

“Le joueur apprendra que les cauchemars sont un mal nécessaire, c’est une métaphore de l’univers et de son équilibre.”

Chaque chapitre va justement explorer une phase, ou du moins, une thématique de la vie de l’enfant et l’aider à grandir à travers trois vertus (la bravoure, la fougue et la foi ) qu’il sera poussé à acquérir durant son aventure. Chacune de ces vertus est matérialisée par un costume. Les combinaisons de leurs mécaniques permettront de lutter contre les adversaires et accéder à différents endroits du monde, à l’instar d’un bon vieux Metroid.

pankapu 3 Une grande partie du fun repose donc sur la combinaison des pouvoirs des costumes qui eux-mêmes évoluent et gagnent en fonctionnalité.

pankapu

Des jeux indies chez les Français, à quoi ça ressemble?

pankapu 4Il est certain qu’il est difficile de parler de la structure de tout un pays, on se limitera donc à la région de laquelle est issu Too Kind Studio : le Nord de la France où commence à grandir une petite industrie du numérique. Les développeurs derrière Pankapu ont d’ailleurs pu bénéficier des locaux d’un incubateur visant à encourager le développement de nouvelles technologies : la Plaine Images. Celui-ci accueille jusqu’à trois fois six mois des start-ups en leur offrant locaux, mentors et collègues. Cependant, d’un point de vue financier, le programme est loin de ressembler à celui d’Executions Labs.

À défaut de pouvoir investir de l’argent dans leur projet, l’incubateur semble surtout encourager ces petits studios à se poser les bonnes questions en faisant régulièrement le point avec eux. “Les mentors nous ont fait remarquer qu’on avait un problème avec le rythme de financement et le développement de Pankapu. On a donc repensé tout notre jeu en fonction d’une solution : une publication par chapitre” nous explique Jimmy.pankapu 5

Du côté du financement, Jimmy nous confie qu’en France, l’allocation chômage est ironiquement le 1er financeur d’emploi dans la mesure où on peut créer son entreprise et continuer à percevoir des droits de chômage tant qu’on ne se verse pas de salaire. Le chiffre d’affaire est ainsi directement réinjecté dans l’entreprise, favorisant ainsi un départ un peu plus prospère.

Pour ceux qui craignent de perdre leur propriété intellectuelle en passant par des investisseurs ou des éditeurs, divers subventions régionales et prêts sont disponibles afin de permettre aux start-ups de se constituer un capital de départ. Celui-ci est d’ailleurs essentiel pour ceux qui désirent entamer un prêt plus lourd auprès d’une banque qui bien souvent n’aime pas investir dans des projets aussi risqués. Malheureusement, les comités de ces organismes ont encore du mal à considérer les jeux vidéo avec sérieux. Le prix “Lille Métropole Innovation” pouvant notamment financer jusqu’à l’équivalent de 70 000 $ CAD, n’a malheureusement été obtenu jusqu’alors par qu’un seul studio de jeu (SeavenStudio).

À l’échelle du pays, le Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC) a lui aussi un programme d’aide à la Création Artistique Multimédia et Numérique. En somme, il s’agit d’une sorte de Fond des Médias du Canada (FMC) avec des enveloppes pouvant aller jusqu’à l’équivalent de 300 000 $ CAD, contre le million auquel on peut prétendre en postulant au FMC. Prétendre au CNC n’est d’ailleurs pas aussi évident pour un petit studio qui a tout à prouver, on ne peut malheureusement pas encore le considérer comme le poumon du jeu indie en France même si un certain espoir serait à placer dedans.

pankapu 6

Finalement, c’est en se tournant vers des plateformes comme celles de Square Enix Collective que Too Kind Studio a finalement pu donner un boost à la croissance de sa communauté.

Qu’on se le dise, ça ne fait pas de mal de mettre son projet au banc d’essai, de prendre les feedbacks, les votes et exercer sa communication à l’international. Avec 500 votes, une bonne cinquantaine de commentaires argumentés et un pic de visibilité, les créateurs de Pankapu étaient plus confiants pour passer à la seconde phase : un Kickstarter.

Un Kickstarter pour mieux titiller le public américain

pankapu 7Bien entendu, Kickstarter n’est pas la seule plateforme de sociofinancement. En France, on notera d’ailleurs une plus forte présence d’Ulule et KissKissBankBank due notamment à la tardive arrivée de Kickstarter en France. Avant ça, il fallait posséder un compte en banque en Amérique du Nord et une carte d’identité pour avoir le droit d’y prétendre. Cependant, ces autres plateformes financent rarement des projets équivalant à plus que 15 000 $ CAD. Aussi, Kickstarter est la plateforme de sociofinancement de référence pour les jeux vidéo. En présentant Pankapu : The Dreamkeeper dessus, Too Kind Studio espère toucher un vrai public de gamers qui sauront apprécier ce qu’ils ont à proposer tout en s’ouvrant aussi à un public un peu plus américain.

 

En attendant la sortie du premier chapitre de Pankapu : The Dreamkeeper prévue pour le premier trimestre 2016, vous pouvez aller encourager leur projet Kickstarter et suivre de plus près les gardiens des rêves sur leur page Facebook et leur site internet.

 

 

Catégories
Actualités
Rédactrice, narrative designer, scénariste de jeu vidéo et multi-task à temps partiel, elle porte une attention toute particulière à la dimension narrative des jeux ainsi qu'à la scène du développement indépendant.
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

*

*

Dans le même sujet