That Dragon, Cancer – Combat difficile

That Dragon Cancer
That Dragon Cancer

Le cancer. Il n’y a pas de façon délicate d’affronter ce sujet. C’est avec une honnêteté désarmante que le jeu That Dragon, Cancer nous rend témoin d’une famille qui apprend que leur enfant d’un an est atteint d’un cancer en phase terminale.

Les médecins avaient estimé la survie de Joel Green pour quatre mois supplémentaires, mais en fait, il a vécu quatre années de plus. C’est avec cette menace planant au-dessus de leur tête que la famille tenta de profiter de chaque moment.



Le jeu essaie de nous faire comprendre que ce n’est pas une simple question de finalité, mais qu’il est beaucoup plus difficile d’accepter la situation et d’être capable de la gérer émotionnellement. Dans l’une des quatorze scènes interactives du jeu, on contrôle Ryan Green, le père, qui tente désespérément de réconforter Joel, qui pleure sans arrêt. En tant que joueur, vous êtes impuissant face à la situation. Tout ce que vous essayez ne réussit pas à calmer l’enfant, et est un cruel parallèle à la situation en entier. Il n’y a malheureusement aucun remède.

C’est encore plus frappant d’apprendre que tout ceci est basé sur la véritable tragédie vécue par les créateurs du jeu. Le designer est le père dans le jeu, Ryan Green, et le scénario a été coécrit par sa conjointe, Amy Green. Tous deux jouent leur propre rôle dans le jeu (ce sont leur voix qui ont été enregistrées).

Ce jeu était une façon pour les parents de faire leur deuil, ainsi que de sensibiliser le grand public à la situation. Une partie des profits du jeu est d’ailleurs versée à deux organismes qui leur sont venus en aide pour les soins de Joel. Un documentaire sur la création du jeu « Thank you for Playing », sortira au printemps 2016 sur une multitude de plateformes, dont Steam.

Marquant et difficile

Vous aurez compris que That Dragon, Cancer est incroyablement marquant, touchant et d’une tristesse infinie, qui viendra toucher même le plus dur d’entre vous.

Pour tous ceux qui ramèneront encore le débat : « Est-ce vraiment un jeu ? L’interaction est à son minimum », je répondrai que cette expérience transcende la question, puisqu’il réussit, plus que n’importe quel médium, à vous faire ressentir de la compassion. Donc, oui, cette histoire gagne à être racontée dans un médium interactif puisqu'il amplifie son impact, peu importe s’il entre ou non dans la définition traditionnelle d’un jeu vidéo.

J’irai même jusqu’à dire que c’est l’expérience qui réussit le plus à faire passer son message que Gone Home, Homesick, The Novelist, ou The Path. Le fait qu’il est basé sur une histoire vécue est encore plus poignant. Cependant, il contient quelques maladresses techniques : certaines scènes ne sont pas très claires au niveau des interactions : on se demande parfois quoi faire. Sinon, les scènes interactives peuvent être explorées à votre rythme, avec de nombreux textes optionnels à lire, qui en fait une expérience de deux heures, pouvant être étendue à trois heures.

That Dragon Cancer screenshot

J’ai adoré le style visuel, qui est tout de même assez réaliste par ses animations, garde l’anonymat des personnages en n’ayant aucun détail sur les visages. Ça permet d’en faire un récit universel, en quelque sorte. Le mélange de réalisme et de fantaisie est tout simplement parfait, puisqu’il permet d’utiliser des métaphores visuelles pour renforcer l’émotion des scènes. Par exemple, dans la scène où les parents apprennent le résultat négatif des traitements, une forte pluie s’abat dans la pièce, et l’eau s’accumule à mesure que le temps avance.

J’ai trouvé que la religion prenait un peu trop de place à mon goût, mais étant donné qu’il relate l’opinion des deux parents, qui sont effectivement catholiques, ça fait totalement du sens. D’ailleurs, leur foi est rudement mise à l’épreuve, les transformant momentanément en athés, et j’imagine que ça pourrait froisser certaines sensibilités. Personnellement, je trouve que c’est ce genre d’honnêteté qui rend le tout crédible et encore plus touchant.

Propager la tristesse, et l’espoir

Là où ça se corse, c’est lorsque vient le moment de suggérer le jeu à quelqu’un. Parce qu’un jeu qui traite de l’homophobie ou du racisme mérite d’être propagé pour sensibiliser les gens et leur faire voir l’autre côté de la médaille. Mais dans le cas de That Dragon, Cancer, personne n’a réellement besoin d’un jeu pour éprouver de la sympathie envers les parents qui doivent affronter une telle perte. On est déjà derrière eux, et on le sait que c’est douloureux pour eux. On souhaite que ça n’arrive à personne, c’est donc justement difficile de le faire vivre à notre entourage par le biais de ce jeu. Il est donc délicat de le recommander, puisque ça se termine assurément en larmes, avec un nuage noir mélancolique qui vous suivra pendant quelques jours...

Il aidera probablement les gens qui vivent eux-mêmes la tragédie à trouver le courage dont ils ont besoin pour passer à travers. Pour les autres, un drame comme on en voit rarement dans le monde du jeu vidéo.

Catégories
CritiquesMacWindows
C'est un gamer, fan de science-fiction, de BD, de jeux de société et de musique électronique. Bref, un geek. Rédacteur depuis 2008, il adore partir à la recherche de jeux uniques, peu importe leurs dates de sortie ou leurs pays d'origine.
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

*

*

Dans le même sujet