The Witness – Odyssée de l’esprit

The Witness Bannière
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Dès son annonce il y a sept ans, nous savions d’avance que le deuxième jeu de Jonathan Blow serait spécial. Après le succès de Braid, les attentes (dont les miennes) étaient très hautes. Pourtant, The Witness a tout de même pris tout le monde par surprise. Des casse-têtes ingénieux, une île déserte mystérieuse débordant de secrets en tous genres, une approche originale et une difficulté délicieuse en font un tout inoubliable. Croyez-moi, même une fois que vous aurez déposé la manette, The Witness ne vous sortira pas de l’esprit.

La comparaison avec Myst est inévitable, d’autant plus qu’un ancien employé de Cyan Worlds (développeur de la franchise Myst), Eric A. Anderson a participé à la conception de l’île. Par contre, comme Jonathan Blow lui-même l’a dit en entrevue, son but était de recréer un jeu dans le même genre, mais sans les problèmes qu’il comportait. Un genre de version 2.0 du jeu d’aventure d’exploration.



Au lieu de nous présenter quelques puzzles totalement différents les uns des autres (comme un Safecracker ou un Myst), The Witness utilise toujours la même interface, soit des panneaux/labyrinthes, mais qui ne cesse d’évoluer ou d’introduire des règles surprenantes tout au long du jeu. Le but est toujours de tracer une ligne du départ jusqu’à l’arrivée, mais la solution est souvent beaucoup plus compliquée qu’elle ne pourrait le sembler.

Pas d’objets à ramasser, pas de clés à trouver pour débloquer des portes : votre inventaire, c’est votre savoir. C’est en vous promenant sur l’île que vous apprendrez le fonctionnement des divers symboles que l’on retrouve sur les panneaux, ainsi que les différentes méthodes de résolution. Vous serez ensuite tout équipé pour résoudre tous les défis qu’on mettra en travers de votre chemin.

On vous communique assez tôt que, comme dans un Metroidvania, vous n’avez pas encore les connaissances nécessaires pour comprendre les puzzles plus complexes, et que par le fait même, c’est tout à fait correct de simplement aller voir ailleurs. C’est d’ailleurs l’avantage du format open world : (presque) l’entièreté de l’île est accessible depuis le départ. La linéarité est une chose du passé, et ça rend l’expérience plus libre, plus personnelle.



L’île est divisée en onze secteurs, dont chacun se termine avec l’activation d’un laser. Ce sont ces lasers qui débloqueront la zone finale. Vous n’en aurez besoin que de 7 sur 11, ce qui peut aider les joueurs moins patients à tout de même voir la première fin du jeu. Chaque secteur explore un concept complètement différent, qui va d’un simple symbole à une utilisation d’éléments externes. Vous seriez surpris de la variété des puzzles du jeu. 523 panneaux à résoudre, en plus d’un type de casse-tête secret complètement fou, qui est carrément démentiel. Je pourrais vous faire une liste des types de puzzle, mais ça vous gâcherait une des joies du jeu, qui est justement la découverte.

Un puits de profondeur sans fin

Et l’histoire dans tout ça ? The Witness s’étend sur tellement de niveaux de compréhension qu’il est difficile à résumer dans une critique (surtout lorsqu’on tente d’éviter les spoilers). Sur le premier niveau, on a une expérience zen dans un environnement sans musique et pratiquement sans bruit. Aucun stress, une exploration pleine d’émerveillement dans un environnement magnifique, qui offre des heures et des heures de divertissement cérébral.

The Witness Symétrie

 

Deuxième niveau : en plus d’être d’une beauté incroyable, l’environnement dans The Witness reflète souvent les puzzles à résoudre, et est une métaphore pour quelque chose de plus grand. Par exemple, une des sections représente la symétrie entre les rochers orangés et leur réflexion sur l’eau bleue (ci-dessus). Les puzzles qui s’y trouvant tracent automatiquement deux lignes, une bleue et une jaune, qui sont symétriques et qui ne se touchent jamais (ci-dessous)

The Witness Puzzles

 

On trouve parfois des audiologs sous forme de magnétophone traînant par terre. Ceux-ci contiennent des citations qui portent à réfléchir, mais qui font aussi particulièrement du sens lorsque vous regardez autour de vous. Que ce soit un clin d’œil visuel ou une façon complètement différente d’analyser une situation, ces audiologs ont pour but d’installer une thématique, dont le message s’applique à tous les aspects du jeu.

Troisième niveau : bien que l’univers de The Witness soit calme et serein, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Qui êtes-vous ? Pourquoi êtes-vous là ? Êtes-vous seul ? Si oui, qui aurait laissé des audiologs un peu partout ? C’est le genre de réponse qui serait habituellement le point principal dans n’importe quel autre jeu, mais si vous connaissez Jonathan Blow (qui est aussi derrière Braid), vous savez que les réponses ne viendront pas aussi facilement. En fait, vous devrez creuser très loin au-delà de la première fin pour le savoir.

L'île de The Witness

Quatrième niveau : comme tout bon jeu indépendant (ou de n’importe quelle autre œuvre d’art), l’artiste se sert du médium pour y raconter une histoire personnelle, qui ne sera peut-être pas visible pour tous. J’arrête ici pour éviter de vous dévoiler des secrets, mais il y a une histoire intéressante à l’envers du décor.

Cinquième niveau : la démence. Les panneaux sont loin d’être les seuls casse-têtes du jeu. Lorsque vous commencerez à trouver des secrets, vous réaliserez que rien n’est laissé au hasard dans cet univers. Chaque élément a été placé méticuleusement, que ce soient des indices de casse-têtes, des métaphores, des easter eggs visuels, ou carrément de nouveaux secteurs à explorer, épaississant le mystère de plus belle. Deux personnes qui discutent du jeu sur des forums, ça ressemble à des gens qui croient en des théories de conspiration. « Je pense que cette roche essaie de me dire quelque chose ». « Il y a trois fleurs d’ouvertes sur le lac, qu’est-ce que j’ai manqué ? ». C’est ici qu’on entre dans un genre de démence et d’obsession où les complétionnistes vont carrément devenir fou. Même lorsque le jeu lui-même nous dit constamment d’arrêter de chercher des réponses, parce que c’est ce qu’on a toujours appris à faire, on ne peut s’empêcher de creuser plus loin, et ça paye. Toujours.



D’un zen démentiel

En même temps, The Witness essaie (et réussit) à vous donner la soif du savoir, à vouloir chercher des réponses. J’ai joué chaque soir de longues heures sans voir le temps passer, et sans non plus le compter. J’arrivais difficilement à penser à autre chose qu’à cette immense énigme, cette porte entrouverte qui ne demandait qu’à être poussée. On vit un peu le perfectionnisme du développeur, pour qui le projet l’a obsédé pendant 7 ans. Ou encore le conflit intérieur d’un scientifique, qui a beau être curieux, mais dont les limites de la compréhension humaine finissent toujours par le limiter.

Si Braid s’était démarqué par son ingéniosité en tant que jeu indépendant, The Witness réussit encore une fois à être un point tournant : les autres développeurs auraient tout intérêt à d’avantage à étudier The Witness. On se souvient de Dark Souls, qui a été acclamé pour l’investissement nécessaire de la part du joueur, comme c’était le cas autrefois, et The Witness va dans la même direction. On ne vous prend pas par la main, on ne vous donne pas d’indice : c’est vous qui devez faire l’effort de comprendre, d’adapter votre mode de pensée, aussi « outside the box » soit-il.

The Witness Le Château

Son prix de 40 $ est un peu controversé, mais lorsqu’on réalise qu’il vous faudra un minimum de 20 heures pour voir la première fin, et que des dizaines d’heures supplémentaires seront requises pour s’approcher de la résolution des 638 casse-têtes et de la recherche des secrets, il est évident que The Witness vaut autant son prix que n’importe quel jeu AAA.

The Witness ne laissera aucun joueur indifférent. Que vous y soyez pour n’importe quel niveau de compréhension, n’importe quel degré d’investissement, vous serez sans aucun doute hypnotisé par son univers mystérieux et ses casse-têtes absolument ingénieux. Ceux-ci vous feront réfléchir, tout comme ses nombreux messages drôlement puissants. J’ai beau être prisonnier de cette île, mais même si je pouvais la quitter, je ne crois pas que je voudrais le faire. Je manque de mots pour décrire ce jeu unique qui m’a frappé de plein fouet et auquel je continuerai de penser pour des années à venir.

Fascinant, ingénieux
10
Fascinant, ingénieux

The Witness est tout simplement un chef d’œuvre. Il vous fera penser différemment, autant grâce à ses casse-têtes astucieux qu’à ses messages qui mènent à une introspection curieusement édifiante.

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CritiquesPlaystationWindows
C'est un gamer, fan de science-fiction, de BD, de jeux de société et de musique électronique. Bref, un geek. Rédacteur depuis 2008, il adore partir à la recherche de jeux uniques, peu importe leurs dates de sortie ou leurs pays d'origine.
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