Gone Home – Le retour à la maison est parfois difficile

Sorti en août 2013 et créé par le studio indépendant Fullbright, Gone Home est disponible gratuitement pour les membres PlayStation Plus, durant le mois de juin 2016. Malgré son âge (presque 3 ans, c’est beaucoup dans l’univers éphémère et effréné des jeux vidéo), j’ai décidé de revisiter le jeu, à l’occasion de sa disponibilité temporaire. Après tout, une bonne histoire ne vieillit jamais.

Avez-vous déjà eu le sentiment de ne pas avoir votre place dans le monde? Une sensation étrange que vous n’appartenez pas à la réalité qui nous entoure ou encore que la société conventionnelle ne vous convient tout simplement pas? Si la réponse est oui, vous n’êtes pas seul. C’est justement le thème principal qu’aborde le jeu narratif Gone Home. Celui-ci nous offre une réflexion profondément émotionnelle sur le passage à l’âge adulte et la notion d’acceptation, de nous-mêmes et des autres.

Vidéoludique 101 : Graphiques + Son = Ambiance

Gone Home utilise l’esthétique de manière extrêmement efficace. La profondeur et la subtilité de celui-ci peuvent d’ailleurs être facilement cachées par sa simplicité. Côté graphique, ce n’est rien de révolutionnaire. La 3D est adéquate, les textures et éclairages sont fonctionnels. Aucune expérience de style de ce côté, on parle de graphismes juste assez beaux pour être crédibles, mais pas assez stylisés pour être remarquables. Le jeu n’essaie pas de faire croire à un monde fantastique, il essaie de donner une impression de réalisme. Gone Home veut simplement vous transporter ailleurs dans notre réalité : dans une grande maison déserte, à Portland en Oregon, au mois de juin de l’année 1995.

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C’est là que le son entre en scène. Le jeu prend place durant une nuit orageuse. Vous arrivez chez vous et personne n’est là. Selon toute vraisemblance, votre petite sœur aurait dû vous accueillir à bras ouvert, mais non. Aucune musique n’accompagnera votre périple, du moins, la plupart du temps. Il est possible de trouver des enregistrements musicaux et vocaux qui agrémentent le paysage sonore, mais la plupart du temps, ce ne sont que les sons ambiants qui briseront le silence.

Lorsque l’on joint les images et le son de Gone Home, on obtient une mixture émotionnelle et unique qui ne peut que mettre nos sens en déroute. Solitude, confusion, mélancolie. C’est là la recette gagnante que les créateurs ont décidé d’adopter, afin de préparer le terrain de notre esprit à accueillir l’histoire touchante que nous allons découvrir. On a donc ici une utilisation quasi parfaite des forces de l’esthétique : préparer une ambiance qui saura soutenir et renforcer la trame narrative.

Une histoire qui dépasse le cadre traditionnel

J’aime comparer l’histoire de Gone Home à une visite au musée. On peut rapidement se diriger vers l’exposition principale, voir les pièces les plus impressionnantes puis sortir, ou alors, il est possible de s’imprégner complètement du savoir qui nous entoure, suivre un chemin déconstruit, guidé seulement par notre curiosité et découvrir plusieurs informations faciles à manquer, mais ô combien intéressantes.  

Dans le cas du jeu qui nous intéresse, il est possible d’aller d’un évènement majeur à un autre sans trop faire d’effort, mais en prenant le temps d’observer chaque détail, on se rend compte que les éléments narratifs sont abondants, subtils et riches. En effet, dans Gone Home, le joueur gagne à ouvrir chaque tiroir, fouiller dans chaque poubelle, lire le titre des livres et magazines qui trainent et observer la disposition des divers objets avec lesquels on ne peut pas interagir.  C’est de cette manière que l’on découvre l’histoire complète du jeu, celle de chaque membre de la famille, malgré leur absence.

Bien que l’histoire principale soit assez équivoque, grâce à la narration sous forme de messages vocaux laissés par la jeune sœur du personnage incarné, une grande partie des informations secondaires provient de conclusions qu’on l’on doit atteindre par nous-mêmes. C’est la force première du jeu : il récompense le joueur qui observe, réfléchit et tente d’imaginer la vie de gens qu’il ne verra jamais.

Prendre responsabilité pour nos décisions et vivre sa vie comme on l’entend est une étape que l’on traverse tous. D’ailleurs, c’est exactement là que Gone Home tente de faire résonner son histoire avec notre vécu.

Jouer à Gone Home, c’est entreprendre un voyage personnel

Tout comme chaque voyage, il faut choisir une destination qui nous intéresse. Gone Home ne sera définitivement pas un jeu au goût de tout le monde. C’est une expérience presque purement narrative, qui tente de décrire la vie de personnages évoluant dans la même réalité que nous. Pour certains, cette expérience ne sera pas tellement dépaysante, d’autres se reconnaîtront dans cette histoire puisqu’elle est si criante de réalisme. Mais c’est là aussi tout son attrait. Le jeu fait partie d’un sous-genre très spécifique que j’aime appeler « le jeu empathique ». L’objectif n’est pas l’action, ni le casse-tête, ni la stratégie, mais bien de ressentir.

Côté jouabilité, il n’y a pas grand-chose à dire. Le jeu se joue à la première personne. Un classique W-A-S-D et souris, typique du genre. Malheureusement, le titre ne se prête pas tellement bien à la rejouabilité. L’histoire est assez linéaire et bien qu’elle soit extrêmement agréable à découvrir, toutes les facettes de celle-ci peuvent être complètement explorées en une seule partie. Ce qui m’amène à parler de la longévité d’une dite partie. En observant absolument tout ce qu’il y a dans l’immense maison de la famille Greenbriar, on peut s’en tirer un peu en dessous de 4h de jeu. Pour les plus rapides, on parle d’une heure (1h) maximum.

Pour conclure, j’aimerais souligner que Gone Home est comparable à un très bon film dramatique : une expérience assez courte, hautement émotionnelle et personnelle et qui est à son meilleur au premier visionnement. Bref, mon conseil est de profiter de sa gratuité (pour le mois de juin chez les membres Playsation Plus, sur PS4) ou d’un rabais substantiel avant de vous procurer le jeu. Le prix de 21.99$ proposé sur Steam est un peu élevé, à mon humble avis, et ce, malgré tout l’amour que je porte à ce titre.

Sentiments étrangers
8.5
Sentiments étrangers

Simple et subtile, Gone Home fait ressentir une panoplie d'émotions pour se mettre dans la peau du personnage incarné. Malgré la finesse de son exécution et sa saveur grunge tout droit sortie des années 90, le prix proposé, la durée de vie et la rejouabilité viennent quelques peu ternir le portrait final.

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CritiquesPlaystation
Renaud Dallaire est un diplômé de Gestion des Ressources Humaines qui se passionne pour les arts et les jeux vidéo depuis un très jeune âge. Il aime plusieurs styles de jeux, mais particulièrement ceux qui présentent une esthétique unique. Ses autres intérêts inclus, mais ne se limitent pas à la musique, les séries télé et l'écriture d'oeuvres de fiction fantastique et sci-fi.
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