Riot n’aime pas l’argent

Nous sommes à la fin du championnat mondial de League of Legends, qui s’est déroulé durant tout le mois d’octobre aux États-Unis. La crème de la crème des équipes...

Nous sommes à la fin du championnat mondial de League of Legends, qui s’est déroulé durant tout le mois d’octobre aux États-Unis. La crème de la crème des équipes y participe pour avoir l’honneur d’être sacré champion ultime ou voir ses rêves complètement détruits. C’est non seulement le plus important événement de Riot Games, mais c’est aussi le plus regardé. Avec des arènes pleines à craquer en plus des millions d’autres personnes qui regardent le tout dans le confort de leur bureau ou de bars spécialisés, on rejoint la folie occasionnée lors du Super Bowl.

Pour avoir regardé depuis ma jeune enfance des matchs de hockey à la télévision, les Worlds ou toute autre compétition d’esport me font souvent comparer les deux formats. Je m’étonne à chaque fois de voir qu’ils sont presque similaires. On y trouve un panel d’analystes qui décortiquent la partie entre les matchs, deux annonceurs qui s’énervent le poil de jambe à chaque jeu excitant et des tableaux de statistiques qui ne finissent plus. Presque tout y est pour ces compétitions... sauf une absence choquante de publicité ou de contenu commercial qui ne soit pas celui de Riot.

Pourtant l’opportunité est là.

League of Legends, au plus fort de ses compétitions en 2015, a atteint un pic de 14 millions de personnes en simultané pour regarder les finales disputées à l’Arena Mercedes-Benz de Berlin. Je répète : Quatorze. Millions. de spectateurs en plus d’un aréna à guichet fermé.

N’importe quelle compagnie, surtout celles basées en technologies telles Logitech ou HTC, verrait une occasion en or de rejoindre le public cible. Pourtant, comme j’ai mentionné plus tôt, il n’y a aucune publicité. C’est le vide publicitaire absolu. Tout ce qu’on retrouve, ce sont des montages roulés en boucle pour montrer les moments forts avec des intermèdes de tableaux de score et de placement. Bizarre, non?

Probablement que Riot cherche à donner un contenu épuré, bien à lui. Sauf que la somme monétaire qu’elle donne aux équipes ne reflète plus réellement les efforts qui sont mis par ces équipes. Le “stipend” est souvent une des seules sources de revenu pour ces équipes qui en arrachent pour apporter leurs joueurs au niveau d’élite. Il n’a pas bougé depuis trois ans, pourtant, les équipes ont augmenté l’intensité et leur niveau de jeu, ce qui demande encore plus d’effort, de temps et de ressources pour suivre la cadence. Le calendrier de la LCS ne permet pas aux équipes de pouvoir se financer à travers d’autres tournois vu le chevauchement, il est donc difficile d’aller chercher l’argent nécessaire via la paie de Riot. Plusieurs problèmes sont occasionnés et qui pourtant pourraient être réglés en allant chercher plus de formes de financement.

Amateur mercantile

merchandisingC’est que Riot semble avoir encore cette stratégie de s’établir comme le roi des MOBA (comme si c’était réellement nécessaire) et utiliser les Worlds et les LCS comme seuls moyens de publicité. Tout ce qu’on voit, ce sont les logos de Riot et de League of Legends. Les seules marques de commerce qui ne sont pas celles de Riot et qu’on peut remarquer en guise de toile de fond sont les logos d’équipe avec quelques commanditaires qui sont tout de même discrets, souvent se retrouvant dans le nom de ces dernières, comme Samsung Galaxy.

 

Ces mêmes équipes qui font le renom du jeu et de la compagnie sont sous un contrôle rigoureux de Riot. En plus de s’assurer que les joueurs soient payés dans des délais raisonnables, de gérer les règles des échanges et du bon déroulement de l'environnement sportif qui entoure les compétitions, Riot exerce un contrôle commercial maladif des équipes.

Ces conditions, bien connues des habitués du circuit LCS, incluent que Riot Games contrôle la vente de marchandises officielles des équipes. Cela inclut les skins spéciaux dans le jeu et toutes marchandises physiques vendues durant les évènements. Puis Riot redonne une portion des profits aux équipes, souvent jugée insuffisante, tout en gardant la part du lion. Ce contrôle fait en sorte qu’il n’est pas rare qu’il manque de stock à vendre durant les évènements. Mon collègue Alban m’avait glissé que durant la finale nord-américaine de cet été à Toronto, il y avait rupture de stock de jerseys des équipes en compétition dès le samedi après-midi, avant même la finale! Pour bien des vendeurs, ce serait un cauchemar à vivre.

La formule est simple, il n’y a jamais de rupture de stock,  on rajoute un petit autocollant Riot holographique pour la forme et bonjour les dollars!

Cette commercialisation de la marchandise pourrait pourtant être mieux gérée. Par exemple, Riot pourrait prendre un système ressemblant à celui de la LNH. Une relation à trois parties qui fait qu’un fabricant de vêtements ou de quelconque marchandise crée un produit approuvé par Riot et l’équipe, qui peut être vendu à tout moment, sur internet comme dans le kiosque durant les LCS et permet un bénéfice pour les trois tiers. La formule est simple, il n’y a jamais de rupture de stock,  on rajoute un petit autocollant Riot holographique pour la forme et bonjour les dollars! Même chose pour les skins, prenons exemple sur Valve qui laisse la communauté proposer des skins, transférons ça aux équipes et on exécute un partage des recettes. Ce serait l’équivalent de porter le maillot ou le chandail de son équipe préférée en jeu tout en générant une source de profits continue pour tout le monde.

De la publicité au menu

Certes, on me dira que Riot y perd au change en utilisant ce système. Oui, mais c’est là que les autres systèmes de monétisation de leurs tournois entrent en compte. Tout l’espace publicitaire qui pourrait être mis de l’avant durant les diffusions. On s’entend, outre les spots que Riot produit lui-même, on ne voit pas de publicités sur les diffusions. Les temps morts, caractérisés par un minuteur et des statistiques sont tout ce qui meuble entre les parties.

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Imaginez trente secondes si on mettait des publicités intéressantes et amusantes durant ces temps morts. Riot aurait une source de financement folle pour pouvoir donner un meilleur retour monétaires aux équipes, payer la production des évènements ou mieux encore, l’améliorer encore plus et l’emmener à un niveau supérieur. Un autre avantage qui peut sembler un peu niaiseux pour certains : moins de commentateurs qui patinent dans le beurre à meubler durant des problèmes techniques ou des parties qui ne commencent pas. Oui oui, le contenu devient soudainement plus concis et a l’air encore plus professionnel.

Imaginez trente secondes si on mettait des publicités intéressantes et amusantes durant ces temps morts.

Oui certes, je vous entend bien que vous ne voulez pas avoir de pub à outrance, mais c’est un avenir possible. Il faudrait simplement que Riot arrête d’haïr l’argent et se mette au boulot. Ce n’est pourtant pas compliqué, il faut simplement prendre exemple sur les diffusions de sports traditionnels pour avoir d’excellents exemples de quoi faire. Naturellement, on enlève les coupures en plein match dues au déroulement généralement sans pause des parties.

Ce qu’il faut retenir de tout ça est probablement que Riot devrait commencer à explorer les options d’ajouter plus de publicités dans ses diffusions et moins serrer l'étau sur les équipes. La compagnie semble avoir reçu le message au niveau des équipes en promettant des assouplissements de son contrôle sur les sous distribués, mais nous sommes encore dans le domaine du vague. Il en faudra plus pour les commanditaires pour leur fournir un retour sur leur investissement de temps et d’argent à la hauteur. Traiter les LCS et les Worlds moins comme un coup de pub, et plus comme une occasion commerciale en or. Tous en profiteront… Même les spectateurs.

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EsportsOpinion
Cofondateur de Multijoueur, Bruno est un grand passionné de l'industrie vidéoludique. Non seulement il aime jouer, mais il adore discuter de cet univers. N'ayant pas la langue dans sa poche, il ne se gêne pas de critiquer les erreurs qui passent sous ses yeux!
2 commentaires
  • alex
    28 octobre 2016 at 15:05
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