Small Radios Big Televisions et l’époque du jeu jetable


Je…
Comment pourrais-je bien vous décrire l’expérience étrange qu’est Small Radios Big Televisions ? Tout comme Thumper, c’est un véritable ovni vidéoludique, semblant venir d’une autre planète, au style calculé, mais flou et distortionné. Son gameplay ? Eh bien…

Bon, je me lance. On vous présente un bâtiment. Au début, une seule porte est accessible. On clique alors sur la porte pour entrer à l’intérieur. Chaque pièce du bâtiment est présentée comme un diorama (comme on peut voir ci-dessous). On navigue alors d’une pièce à l’autre, en cliquant sur les portes. Certaines sont verrouillées, il faut alors obtenir une « clé » (forme polygonale verte) pour pouvoir passer de l’autre côté.

Une pièce dans Small Radios Big Televisions

Une pièce dans Small Radios Big Televisions

C’est ici que ça se complique. Ces formes vertes sont cachées à l’intérieur de mondes virtuels sur cassette magnétique. Il faut trouver ces cassettes en naviguant dans les différentes pièces : celles-ci flottent généralement d’une façon assez visible. Une fois trouvée, on l’insère dans un lecteur de cassette relié à un casque de réalité virtuelle.

On est alors transporté dans un décor étrange, artificiel, polygonal et distordu. On peut bouger la caméra, dans le but de trouver la pièce verte en question. Par contre, il arrive qu’elle n’y soit pas. Il faut alors trouver un mur aimanté, et y frotter les cassettes magnétiques. Évidemment, lorsqu’on retourne à nouveau dans ces univers virtuels, ils sont complètement bousillés, mais ils contiennent peut-être l’objet dont vous avez besoin.

Le gameplay se limite à passer d’une pièce à l’autre, trouver les cassettes, les explorer, et occasionnellement, résoudre des puzzles assez simples. Les multiples portes créent souvent un labyrinthe où il est facile de perdre son chemin, même avec une carte en main.

Je ne connaissais pas le studio Fire Face, mais en regardant leur historique de plus d’une dizaine de jeux HTML plus expérimentaux les un que les autres, leur nouveau titre semble étonnamment abouti par rapport au reste.

Grosse corvette, petite radio

Même en étant un amateur de jeu de puzzle, il y a deux puzzles que j’ai résolus par force brute. C’étaient des valves avec des symboles à tourner pour faire augmenter ou réduire le niveau de l’eau. Ils n’apparaissent que quelquefois et la règle de leur fonctionnement m’a paru complètement incompréhensible.

Small Radios

C’est étonnant à quel point les défauts du jeu auraient pu être réglés facilement. Par exemple, il y a ce flou qui se trouve toujours au bord de l’écran lorsqu’on bouge la caméra avec le joystick droit. Le problème, c’est que certains puzzles s’y trouvent parfois, et ça devient difficile d’y voir clair! Le contrôle est horrible sur PlayStation 4 : c’est un curseur qui revient automatiquement au centre de l’écran. Donc si on veut cliquer sur quelque chose à gauche, il faut tenir le joystick dans la direction désirée même lorsqu’on atteint finalement l’objet. C’est drôlement irritant, surtout lorsqu’un simple curseur normal aurait fait parfaitement l’affaire.

Côté contenu, il contient cinq bâtiments avec trois cassettes chacun, totalisant au maximum deux heures de jeu. Ce temps comprend l’obtention de tous les trophées qui consistent à visiter toutes les cassettes et leurs versions déréglées, et trouver les quatre lentilles cachées dans les bouches d’aération des quatre premiers niveaux. Deux heures, pif paf, c’est fini.

L’époque du jeu jetable

Est-ce que sa courte durée est une bonne, ou une mauvaise chose ? Alors que les foules de gamers se plaignent constamment de la longueur des jeux triple A, on retrouve de plus en plus de jeux indépendants qui se terminent en une soirée; qui ont compris qu’étirer la sauce n’est pas toujours bénéfique.

Parce que malgré les défauts et la simplicité de Small Radios, il se trouve que c’était exactement ce dont j’avais besoin ce soir-là. Une expérience assez étrange pour captiver mon attention. Il a agit comme l’une des cassettes du jeu : il m’a fait décrocher de la réalité pendant quelque temps. Je ne garderai peut-être pas un souvenir profond de Small Radios Big Televisions, mais il a largement fait son travail : me divertir.

Je crois de plus en plus qu’il y a une place pour ce genre d’expérience, pour ce format de jeu. Bien sûr, il y a la question du prix. Je ne vous cacherai pas que j’ai reçu un code fourni par la compagnie pour le tester, mais il m’arrive fréquemment de m’en procurer (Abzu, Pan-Pan, Fossil Echo) et je suis très souvent satisfait.

En termes de valeur, on pourrait les comparer à tort au cinéma, qui nous coûte 8 à 15 dollars pour un deux heures de divertissement. En fait, ce serait uniquement comparable si on pouvait louer ces jeux, alors qu’une fois qu’on les achète, ils nous appartiennent. La vraie comparaison serait donc l’achat d’un film en digital. Tout à coup, on réalise que les jeux ne sont pas plus dispendieux que n’importe quel autre média : 18 $ pour un film de 2 heures, ou même 27 $ pour une copie physique.

C’est un peu aberrant d’entendre constamment les joueurs se plaindre du prix d’un jeu en calculant sa durée, particulièrement les jeux indépendants. Dans cet exemple dégoûtant (lien), on a un joueur qui se plaint que 22 $, c’est cher payé pour un jeu 2D. Il s’agit de Owlboy, dont le créateur a mis 9 ans de sa vie pour en venir à bout. C’est aussi le cas pour de grosses productions triple A avec des centaines d’employés à temps à plein, qui méritent bien qu’on les paie.

Paradoxalement, j’aurais aimé que Small Radios soit plus étoffé, non pas en termes de durée, mais pour tout le reste. On effleure à peine une mise en contexte de l’univers du jeu auquel on a au final aucune réponse. On nous présente quelques casse-têtes sans être réellement inventifs ou complexes. Il aurait pu devenir beaucoup plus attrayant et mémorable avec un tout petit peu plus d’effort. Dommage.

Singulier, mais peu profond
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Singulier, mais peu profond

Au final, on aurait aimé plus de puzzles, une histoire plus développée et une conclusion plus satisfaisante.

Les plus
  • Style visuel et musical intéressant
  • Original et bizarrement envoûtant
Les moins
  • Contrôle étrange et inconfortable
  • Peu de casse-tête
  • Histoire présente, mais très peu développée
Catégories
CritiquesPC / MACPlaystation
C'est un gamer, fan de science-fiction, de BD, de jeux de société et de musique électronique. Bref, un geek. Rédacteur depuis 2008, il adore partir à la recherche de jeux uniques, peu importe leurs dates de sortie ou leurs pays d'origine.
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