Dragon Quest VIII : Et encore un royaume à sauver du Mal

Critiquer ce qui est considéré un classique n’est jamais réellement facile. Quitte à se mettre des gens à dos, quitte à anoblir un titre, faute de savoir comment l’approcher. L’exercice avait été fastidieux lors de la critique de Dragon Quest VII ; mais voilà que Nintendo et Square Enix renchérissent en nous proposant une énième version remastérisée/réactualisée, cette fois-ci de leur titre phare Dragon Quest VIII : Journey of the Cursed King (DQVIII).

Un titre peut se révéler excessivement intéressant, et réussir dès sa sortie. Il y a un ensemble de facteurs sociaux et culturels qui entourent la publication d’un titre, tout comme les prouesses techniques. Et encore là, parfois, la réédition peut être sujette à critique (oui, je te regarde, Skyrim Remastered sur la Switch). DQVIII est apparue pour la première fois sur PS2 en 2004 (Japon), 2005 (Amérique du Nord) et 2006 (le reste de la planète). Il est ainsi contemporain de Final Fantasy XII, sorti en mars 2006. Comme quoi un studio peut sortir en même temps deux excellentes franchises diamétralement opposées dans leurs considérations visuelles et mécaniques.

DQVIII est aussi apparu sur mobile en 2013 et 2014, avant de tomber sur 3DS en 2015 au Japon, et en 2017 mondialement. Pour un jeu déjà localisé deux fois, l’écart d’un an et demi entre les parutions sur 3DS à de quoi soulever quelques sourcils. Les textes étant déjà traduits (pour la plupart, bien qu’une relecture soit toujours profitable), les quelques soucis de localisation (cohésion des nouvelles intégrations dans le système et autres censures susceptibles de plaire à Nintendo Tree House) ne devraient pas nécessiter une équipe complète pour autant de temps. Même le droit d’auteur du jeu sur 3DS inscrit 2016… Que cela ne tienne : il s’agit du premier Dragon Quest doublé en anglais (avec d’excellents accents, d’ailleurs), supervisé par Richard Honeywood (l’homme derrière la localisation de FFVIII). La qualité du doublage et de la traduction (la transcription de l’accent à l’écrit, par exemple) ajoutent une «plus value» qui n’était guère présente dans les opus précédents. Certaines blagues se révèlent particulièrement bien pensées, et gagnent en authenticité grâce à un doublage adéquat.

Quand on doit sauver le monde, les villageois ne sont toujours pas parmi les plus coopératifs...

Guv, on s'embarque dans une épopée épique !

Cette traduction se prête très bien à l’aventure (écrite par Yuji Horii), dans laquelle le quatuor d’aventuriers (avec deux personnages bonus à débloquer, quand même !) se promène sur plusieurs continents et visite plusieurs contrées. Leur histoire est, en soi, des plus traditionnelles : un roi est transformé en monstre ; un garde l’accompagne, puis un brigand (avec un accent très marqué. Exemple :Guv), une mage et un templier. Leur objectif est louable, quoique cliché à souhait : vaincre le méchant qui a transformé le roi en monstre. Qu’à cela ne tienne, l’histoire promet quelques retournements de situations, quelques dialogues bien pensés et un attachement envers les personnages qui font en sorte que les quelque 60 heures du jeu passeront relativement rapidement. Une chance, puisque le cadre narratif n’est pas parmi les plus développés du monde vidéoludique. On ne réinventera pas la roue, quand même.

Les bons vieux classiques ne changeront jamais

Ces coquins d’aventuriers, donc, doivent sauver le monde dans la plus pure tradition J-RPG : chaque personnage augmente ses statistiques à chaque niveau, et peut dépenser des points d’habiletés dans l’une de ses cinq catégories (épées, lances, boomerangs, poings et courage, par exemple) contrairement à son prédécesseur, DQVII, dont le système de classe prenait une éternité à apparaître. Habiletés intéressantes, quoique clichées (Jessica et Angelo souffrent tous deux de clichés genrés, avec Sex Appeal et Charisme, respectivement), qui offrent un léger éventail de choix pour les batailles. Il ne faudra pas se cacher que, du côté stratégie, en fait, la bonne vieille solution est toujours la meilleure : grinder (ce fait d’accumuler de l’expérience en éliminant les ennemis ; on pourrait dire « entraîner », mais, personnellement, j’aime bien l’image d’un broyage sempiternel d’ennemis, mais ce n’est ni pratique ni poétique à utiliser tous les jours). Les stratégies sont relativement simplistes : il suffit d’utiliser la plus forte compétence d’un personnage, et le tour est joué. Un classique, mais qui prend excessivement de temps (après cinq minutes, j’ai choisi l’option d’augmenter la vitesse de déroulement des combats). Certaines batailles se révèlent aussi particulièrement pénibles, et non pas en raison de la difficulté. Bien avant Pokémon Sun et Moon et leurs Pokémon qui appellent à l’aide, DQVIII instaure le même principe. Au moins, dans celui-ci, tout le monde reçoit la même quantité d’expériences à la fin du combat…

Changer sa lettre de présentation

Heureusement, l’exercice sempiternel est accompagné d’un visuel intéressant et soigné. Intéressant de noter, toutefois, que le visuel sur 3DS (qui ne peut être 3D comme la plupart des nouveaux titres sur cette console) se rapproche davantage de la version sur mobile que de la version PS2. Les couleurs sont beaucoup plus claires, et plus contrastées ; cela se prête bien au cel-shading qui est agréable et bien exécuté : Akira Toriyama (Dragon Balls) s’est occupé du design des personnages, après tout. Pour encadrer le tout, Koichi Sugiyama nous offre une excellente trame sonore réalisée avec l’Orchestre symphonique métropolitain de Tokyo. Cela donne une atmosphère épique à un jeu portable. Un régal, mais avec un nombre limité de compositions. On ne saura trop critiquer cette musique, tant elle semble se fondre dans le jeu et n’être, effectivement, qu’une forme parmi tant d’autres d’éléments renforçant l’immersion du joueur.

Cedit joueur, justement, se retrouve avec un conflit de taille devant le jeu : doit-il acheter un jeu sorti en 2004-2006, deux fois réédité sur des plateformes différentes, sous prétexte d’une certaine qualité ? Il est vrai que le jeu est une bonne expérience en soi, qui nécessite un investissement de temps fort conséquent. Retourner à DQVIII est une expérience plus agréable que celle de DQVII , mais elle demeure un rien redondante dans la mesure où, un jour, la série sera complètement épuisée (ce qui expliquerait peut-être, pour certains, la présence de Dragon Quest Builders sur le marché). Quant à retourner aux classiques, il vaut mieux le faire avec le huitième opus : bien écrit, visuellement réussi et avec des mécaniques qui ont très bien vieillies. Une valeur ajoutée avec du contenu supplémentaire, peut-être (système de photo et de personnages additionnels). Lui, au moins, il a bien vieilli.

Indétrônable classique
8.5
Indétrônable classique

Square Enix (et par extension Level-5 pour la version PS2) nous propose de redécouvrir leur classique en retravaillant l'emballage. Contrairement à la réédition du VII, le VIII semble mieux se prêter aux habitudes de jeu contemporaines, avec d'intéressants ajouts (personnages, missions) ou modifications (visuelles et sonores). On ne rechignera pas trop à sa mouture excessivement classique du genre J-RPG. On aurait peut-être préférer, toutefois, concentrer argents et efforts vers un nouveau opus.

Les plus
  • Classique du genre J-RPG
  • Esthétiquement réussi
  • Trame narrative complexe
  • Nouveau contenu, par rapport à la version PS2
Les moins
  • Classique, déjà sorti sur deux autres plateformes
  • Jeu linéaire dans son ensemble
  • Un classique qu'on appréciera redécouvrir, bien des années plus tard !
    8.5
Catégories
CritiquesNintendo
Chercheur (Ph.D), rédacteur, traducteur, Pierre affectionne les questions sociales, culturelles et narratives dans les jeux.
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