Ultra Street Fighter II: The Final Challengers – Hadoken en canne

Street Fighter 2 est probablement le jeu avec le plus de révisions dans l’histoire du jeu vidéo. À une époque où les mises à jour n’étaient pas possibles, la seule façon d’ajouter du contenu était de demander aux joueurs assidus de payer le plein prix pour une toute nouvelle version. Nous obtenions alors une pincée de nouveaux personnages et des ajustements à la balance du jeu (si nous étions chanceux). Il y avait le Champion Edition en arcade, la version Turbo sur Super NES, et New Challengers sur ces deux plateformes, en plus de ports sur toutes les consoles de l’époque. Il a donc grandement évolué durant les années 90 avec ses nombreuses itérations. Ce même jeu a même eu droit à une AUTRE version remasterisée en 2008 sur PS3 et Xbox 360, nommée HD Remix. Il contenait des graphismes avec une touche plus manga, basés sur l’œuvre de l’artiste UDON.

Vingt-six ans plus tard, la toute dernière version de Street Fighter vient tout juste de sortir sur la Nintendo Switch. Graphiquement basé sur la version HD Remix, il vous laisse aussi l’option d’avoir les graphismes originaux. Même si la version HD Remix était de bonne qualité malgré ses quelques défauts, Ultra Street Fighter 2 sur la Switch ajoute peut-être beaucoup trop de problèmes. Capcom a décidé de mettre trop de nouveaux ingrédients dans un classique sucre à la crème de notre grand-mère adorée.

Je n’irai pas par quatre chemins: Ultra Street Fighter 2 : The Final Challengers est une grande déception. Je ne m’attendais pas à une réinvention complète d’un grand classique: je voulais tout simplement une belle refonte digne d’un 30e anniversaire. Au lieu de ça, Capcom a décidé de miser sur la facilité. Ils ont choisi de faire simplement un port de HD Remix, et de lui ajouter quelques bidules. On note deux personnages totalement inutiles, un mode avec des «motion controls» totalement affreux, la possibilité de colorer les personnages avec des valeurs RGB personnalisées, une galerie avec des images conceptuelles et un mode vraiment superflu où on peut, avec un ami, affronter des boss 2 vs 1. C’est avec le cœur lourd que je dois dire que cette version est totalement nulle.

La paresse que démontre Capcom avec Ultra Street Fighter 2 fait mal au cœur. Je comprends qu’il est difficile d’ajouter de l’innovation dans un jeu vieux de 26 ans. Il n’en est pas moins que l’idée même que Capcom a décidé de fêter leur chef-d’œuvre avec des clones de Ryu et Ken est tout simplement insultant. Certes, ces personnages sont iconiques: tout le monde connaît le japonais dans un karategi blanc qui lance des boules de feu avec ses mains, il reste que cet ajout est plutôt paresseux. L’addition de Evil Ryu et Violent Ken est minime: ils se jouent pratiquement de façon identique que leurs jumeaux non-diaboliques à l’exception de une ou deux attaques spéciales. Déjà que le jeu contient trois personnages qui tombent dans l’archétype qu’ils représentent... Evil Ryu et Violent Ken. Violent Ken me semble à la limite du trop puissant, avec une nouvelle habileté qui lui permet d'avancer très rapidement sur l’écran tout en étant invincible. Attendez-vous à voir beaucoup de Violent Ken lors de parties en ligne! Malheureusement, ces deux ajouts ajoutent pratiquement rien à un jeu qui aurait pu profiter grandement d’un vent de changement.

Le mode Buddy Battle semble être une idée brillante sur papier: il peut être une façon vraiment élégante d’intéresser un ami à Street Fighter ou aux jeux de combats en général, en permettant à deux amis de coopérer contre un ennemi commun en temps réel. Malheureusement, ce mode est très mal exécuté. Les problèmes sont multiples: l’idée de partager une barre de vie avec un ami n’est pas très judicieuse.

Ça ne semble pas être un grand problème à première vue, mais lorsqu’on réalise qu’on doit combattre l’ennemi deux fois pour pouvoir passer au prochain niveau, tout change. Bien sûr, l’équipe regagne un peu de points de vie entre les deux rondes, mais les erreurs du partenaire de jeu vont quand laisser leur marque, étant donné que l’amont de point de vie redonner à l’équipe est très minime. Si on ajoute ce problème au fait que vous ne pouvez pas recommencer au niveau où vous avez perdu, le mode peut offrir beaucoup de frustration à l’équipe. Il est aussi important de noter qu’il est impossible de jouer à ce mode avec deux Switch, vous devez absolument prêter une deuxième manette et jouer sur la même console. Le plaisir diminue aussitôt, vu la sensibilité trop élevée du joystick et des tout petits boutons des Joy-Cons.

Un contrôle indigne du Shotokan

Parlant des JoyCon, la Switch est malheureusement la pire interface sur laquelle j’ai pu jouer à un Street Fighter de toute ma vie. Le D-Pad est complètement inutile, étant donné l’absence des zones diagonales du D-Pad habituel d’un contrôleur de console moderne. Les joysticks ne sont pas tellement une bonne option non plus: effectuer de façon constante des «dragons punchs / shoryuken» est pratiquement impossible avec la sensibilité et les zones de détection très petites des joysticks de la Switch. Pour compenser, on permet au joueur d'attribuer une habilitée spéciale à chaque coin de l’écran tactile où le joueur peut tout simplement aller taper avec son doigt pour exécuter la dite habilitée. Encore une fois, le concept n’est pas mauvais, mais n’est possible que lorsqu’on joue en mode portable avec la console, étant donné que l’accès à l’écran est impossible une fois rangé dans le socle. Cette option est aussi handicapé lors des parties multijoueurs sur la même Switch.

Mais l’addition la plus frustrante et incompréhensible est le mode «Way of the Hado», dans lequel le joueur peut jouer à une espèce de mini jeu de «light-gun» a la première personne, nous rappelant les classiques d’arcade tel que House of the Dead ou Virtua Cop. Le joueur incarne Ryu: le pauvre combattant nippon se fait attaquer par les sbires de M. Bison et doit les pourfendre à grand coup de Hadoken, Shoryuken et d’autres gimmicks aucunement intéressantes. Le mode de jeu se contrôle entièrement avec les joycons, détachés de la console et utilisés à la Wii Sports. Le jeu vous demande de prendre des positions et exécuté des mouvements spécifiques qui ne fonctionnent presque jamais. Malheureusement, les joy-cons ne sont tout simplement pas assez précis pour faire marcher le tout de façon fluide. Déjà que le concept n’est pas très agréable, l’exécution de Capcom sur les idées avancées dans le mode Way of the Hado ne fonctionne simplement pas. C’est facile à ignorer comme ajout, mais c’est quand même un des points de vente ridicules que Capcom foutu à leurs admirateurs.

La cerise sur le sunday

Attendez, j’ai gardé le meilleur pour la fin! Ultra Street Fighter 2 se vend pour la modique somme de, tenez-vous bien, 49,99 $ plus taxes. C’est 60 $! Pour une refonte d’un jeu sorti en 1991, deux nouveaux personnages nuls, un mode de simulation de Hadoken qui ne fonctionne vraiment pas, des graphismes pas très soignés et incohérents (Way of the Hado utilise des graphismes de Street Fighter 4) et un mode Co-Op qui va sûrement briser des amitiés.

Avec 50$ sur le eShop de la Switch, on peut payer une partie de Arms, un jeu de combat original qui semble bien plus amusant, ou encore se procurer quelques jeux indépendants de qualité comme Shovel Knight, Wonder Boy, Thumper ou Blaster Master, pour ne nommer que ceux-là.

 

Publication de notre collaborateur, Maxime Raymond

Réchauffé passé date.
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Réchauffé passé date.

Ultra Street Fighter 2 reste le bon vieux classique qu’on a tant aimé, mais Capcom demande un prix beaucoup trop élevé pour ce que le jeu nous offre vraiment. Les nouveautés apportéesà cette version ne valent clairement pas son 50$.

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