Mario vs Sonic vs Crash

La sortie récente de Crash Bandicoot N. Sane Trilogy m’a permis de renouer quelque peu avec mon genre vidéoludique favori : les jeux de plateformes.

J’ai acheté le jeu dans un premier temps pour faire une surprise à ma blonde, qui a passé de nombreuses heures de sa jeunesse sur la PS1 à jouer à Crash 3. En fait, je crois que c’est un des seuls jeux auxquels elle ait vraiment joué.

Mais j’en ai quand même profité pour découvrir cette série phare que je ne connaissais que très peu. Et tout le long, je ne pouvais m’empêcher de faire des comparaisons aux autres mascottes des années 90, Mario et Sonic. La comparaison est inévitable; les trois personnages ont offert leur propre interprétation du jeu de plateformes et les trois se sont retrouvés avec le rôle de mascotte pour leur compagnie respective.

Alors, pour raviver l’esprit de guerre des années 90, je vous propose un affrontement entre les trois protagonistes. Pour donner une chance à Sonic, je ne les jugerai que sur leurs meilleurs moments. Tu t’en sors Sonic, on ne parlera pas de Sonic Boom.

 

Visuels

 

Mario 

La série des Mario, c’est le Disney des jeux vidéo. Une esthétique extrêmement colorée, mignonne, avec un côté féérique. Après le premier Super Mario sur NES, on a mis de côté le côté ‘’carré’’ de l’univers de Mario, et tout est devenu en rondeur. Dès Super Mario 3, on en voit les traces : Mario est bedonnant, les plateformes sont des blocs pastels aux coins arrondis, même les ennemis ont un côté mignon.

C’est une esthétique très plaisante à l’oeil, colorée, mais si on peut lui trouver un défaut, c’est que pendant un moment, on jouait très ‘’safe’’. Des forêts enchantées, des châteaux inquiétants (mais pas trop), l’habillage visuel visait à être réconfortant. Mais avec les années 2000, Mario s’est mis à prendre des risques : des îles tropicales étranges de Super Mario Sunshine, au côté cosmique et épique des Galaxy, en passant par l’absurdité de Bowser chat et de sa Bowser mobile, Mario s’est finalement mis à prendre des risques visuellement, et ça a payé.

Note: A

 

Sonic

Sonic a été créé pour battre Mario, et il s’est donc permis de prendre des risques. Face à l’univers très grand public et, au risque de se répéter, Disney-esque de Nintendo, Sega a proposé un univers résolument japonais. Sonic évolue dans un monde où la nature et la technologie s’emboîtent de façon harmonieuse. Les arbres et les plantes ont l’air artificiels, mais les constructions humaines ont un aspect végétal.

On nous proposait aussi dès le Genesis des niveaux en 3D. C’était un signe des choses à venir, et franchement impressionnant pour l’époque, même si ce n’était pas toujours très joli.

Ce n’est pas un univers aussi intemporel et aussi immédiatement plaisant à l’oeil. Mais c’est un univers qui a une identité propre, et c’est une qualité indéniable.

Note: A-

 

Crash

À l’époque de sa sortie au PS1, Crash Bandicoot était un véritable tour de force technologique. L’animation du visage était du jamais vu à l’époque. Nintendo a tenté de nous faire le même coup en nous laissant tirer sur le visage de Mario au début de Mario 64, mais dans le jeu, le visage de Mario restait aussi figé que celui de Cher.

Mais Crash lui, s’animait, grimaçait, ses traits se froissaient. Une merveille qui montre le talent du studio Naughty Dog (qui allait faire d’autres jeux pas pires, comme Uncharted, si vous en avez déjà entendu parler).

Mais au niveau de l’univers, ce n’était pas aussi marquant. On était surtout dans une jungle d’inspiration sud-américaine, mais ce n’était pas un univers très cohérent. On lançait par ci quelques éléments cartoon à l’américaine, par là quelques éléments de culture populaire. Mais ce n’était pas un univers très marquant dans son ensemble. Je vous mets d’ailleurs au défi de me nommer un ennemi aussi marquant que le Goomba.

Note: B-

 


Musique

La musique, c’est le point qu’on oublie le plus souvent quand on pense à un jeu, mais c’est paradoxalement l’aspect qui nous reste le plus longtemps en tête. J’ai donc décidé de me pencher sur les trames sonores des trois mascottes.

 

Mario 

Encore une fois, Mario bénéficie de son statut de classique, ce qui rend plus difficile de trancher objectivement à savoir si sa musique est la meilleure ou non. Une fois qu’une pièce est gravée dans notre mémoire, difficile de ne pas avoir un penchant pour celle-ci. Mais il est indéniable que la série a produit d’excellentes pièces.

Certains morceaux de la série sont immortels. On pense tout de suite au thème de Super Mario:
https://youtu.be/NTa6Xbzfq1U

Avec sa transition 3D, Mario a aussi amené d’excellentes pièces, dont Dire Dire Docks dans Mario 64 qui est probablement parmi les meilleures pièces tirées d’un jeu vidéo à mon avis :

https://www.youtube.com/watch?v=cTl0ky4DcHA

Parmi les pièces plus récentes, j’ai également un coup de coeur pour le thème de Super Mario 3D world, que je me suis chanté inlassablement tandis que je travaillais à un emploi que je détestais pour pouvoir enfin me payer une Wii U :

https://www.youtube.com/watch?v=L3k2B2hSl7A

Note : A

 

Sonic

Au niveau de la musique, Sonic est une série à mon avis extrêmement sous-estimée. On y retrouve des pièces d’une très grande qualité. Je pense immédiatement à Casino Night Zone tirée de Sonic 2:

https://www.youtube.com/watch?v=4DHAWUVuTBo

 

Avec les années, Sonic s’est même essayé à des pièces plus modernes, avec de la guitare électrique et des paroles. Et curieusement, le résultat n’est pas plus mauvais que le pop-punk de l’époque :

https://www.youtube.com/watch?v=syvHkz6OhIg

Ce dont Sonic souffre le plus, musicalement, c’est de n’avoir jamais trouvé un thème fort et emblématique qui représenterait le hérisson bleu. Mais la musique n’en demeure pas moins excellente.

Note: B+

 

Crash

La musique de Crash est… générique. Il n’y a rien de vraiment mauvais ou désagréable, mais il n’y a rien de classique non plus. La plupart des pièces semblent n’être là que pour l’ambiance, sans grandes ambitions supplémentaires.

 

Étant un peu moins familier avec cette série qu’avec les deux précédentes, je suis allé explorer les forums, voir ce qui revenait comme pièce favorite parmi les fans.

La pièce qui revenait tout le temps, c’est Toxic Waste :

https://www.youtube.com/watch?v=bFE8voXaDeI

...et je comprends mal l’attrait. C’est un rock tout ce qu’il y a de plus générique. On dirait le thème d’entrée de n’importe quel lutteur de la WWF dans les années 90.

 

Sinon, je dois avouer trouver Hog Wild plutôt sympathique :

https://www.youtube.com/watch?v=D6N3UEDaWlQ

 

La pièce a un côté amusant, avec beaucoup d’auto-dérision. On sent la touche cartoonesque que les développeurs voulaient donner à Crash Bandicoot. 

Mais outre cette exception, la musique de Crash remplit son rôle de façon adéquate, mais n'est jamais vraiment mémorable.

Note : C

 

PS : Mario, Sonic et Crash devraient s’estimer chanceux que je n’aie pas inclu Donkey Kong dans le combat, parce que dans cette catégorie, ils se seraient faits PULVÉRISER.

 


Jouabilité et design

De tous les points, celui-ci est sans doute le plus important. Les jeux de plateformes, malgré tout l’habillage qu’on puisse leur mettre, sont à la base un terrain de jeu pour tester des mécaniques, et par leur biais, nos réflexes (et parfois notre patience). Alors, qui s’en sort le mieux?

 

Mario 

Mario, s’il n’a pas inventé le jeu de plateformes, en est vite devenu l’étalon à partir duquel tous les autres jeux de plateformes ont été mesurés. Et il y a une raison : les jeux de Mario ont une prise en main redoutablement bien mesurée.

Mario est un jeu qui se base sur deux éléments : la précision et les réflexes. Mario est un excellent sauteur, et qui plus est, une fois dans les airs, le saut de Mario est très maniable. Il s’agit donc d’atterrir sur des plateformes de plus en plus étroites, et d’éviter rapidement les attaques des ennemis.

Chaque opus est excessivement peaufiné. Les mouvements sont donc précis, et le rythme des niveaux est rarement ralenti.

De plus, avec l’avènement des jeux en 3D, on a élargi l’éventail de mouvements de Mario, et on a laissé plus de place à la créativité. Il y a donc souvent plus d’une seule façon de venir à bout des obstacles. Ça permet de créer le sentiment qu’on évolue dans un monde plus large que ce qu’on voit, et d’oublier que tout ce qu’on y trouve y a été consciemment placé.

Finalement, l’as dans la manche des jeux de Mario, c’est les secrets. L’exploration est toujours récompensée. Si on sort des sentiers battus, qu’on essaie de faire les choses différemment, une surprise nous attend; parfois, ce sera  un bloc invisible dissimulant une vie, une autre fois, un passage secret nous menant vers un nouveau monde.

C’est cette densité en secret, et cette volonté d’encourager l’exploration qui fait qu’on retourne toujours aux jeux de Mario, et c’est à mon avis le secret de la longévité du plombier italien.

Note : A+

 

 

Sonic

Si je vous demande de résumer Sonic en un mot, je sais ce que vous me direz : has-been… euh, je veux dire, vitesse.

En effet, c’est la vitesse qui semble le mieux caractériser le hérisson bleu. Ce n’est pas innocent : dans son marketing, Sega voulait mettre de l’avant la prétendue supériorité technique du Genesis face au SNES. Et ce héros qui défilait à toute vitesse incarnait bien cette prouesse technologique.

Si la vitesse donne une impression grisante qui rend Sonic très agréable à contrôler dans ses meilleurs moments (sauf dans les tableaux sous-marins, qui font du hérisson bleu une véritable limace), je crois qu’on a tort, et c’est une erreur que même Sega a souvent fait, de penser que la vitesse est vraiment ce qui définit Sonic.

Ce qui définit aussi Sonic, c’est le choix. Le hérisson évolue dans de gigantesques niveaux avec plusieurs embranchements. Et puisqu’on va vite, on doit choisir : est-ce que je saute par en haut, ou je continue tout droit, ou je prends ce tunnel-là…

Tout va vite, alors la décision se prend en un clin d’oeil. Et par la suite, on se demande qu’est-ce qu’on aurait vu si on avait  choisi l’autre chemin. Alors on fait Reset et on démarre une nouvelle partie.

À son meilleur, Sonic comprend cela. Et dans ces cas-là, il est parmi les plus grands. Mais ce n’est pas toujours le cas. Quand on nous enferme dans un niveau trop linéaire, ou qu’on met des freins à Sonic, que ce soit par un tableau se déroulant sous l’eau ou par des murs et autres obstacles, on enlève à Sonic ce qu’il a de distinctif. Et Sonic devient alors un jeu de plateforme, bon sans plus.

Note: B

 

Crash

Aaaah, Crash. Cette compilation N Sane Trilogy m’a permis de mieux te connaître… et de réaliser que tu as un peu mal vieilli. Désolé.

Soyons juste; Crash a été développé à une période où personne ne savait c’était quoi un jeu de plateformes en 3D, et on a dû développer à tâtons. Il y a donc chez Crash de très bonnes idées… et de moins bonnes.

Les niveaux sont très linéaires. Il y a peu de possibilités d’exploration, peu de façons différentes de résoudre un passage; l’ennemi serait vaincu de la façon prévue par les développeurs, ou il ne sera pas.

Crash se tourne aussi beaucoup vers les surprises pour augmenter la difficulté. Il y a bien sûr les niveaux où l’on court vers la caméra, visuellement impressionnants pour l’époque, mais ayant le fâcheux défaut de nous permettre de ne voir que deux pas en avant de nous.

Mais plus encore, le design même des niveaux fait tout pour ralentir le momentum. Ce n’est jamais une bonne idée de foncer dans Crash. Il faut toujours vaincre l’ennemi, puis faire deux pas en arrière pour évaluer ce qui vient. Ça nous donne un jeu où on est très prudent au lieu de se laisser aller.

Par contre, Crash a aussi eu de bonnes idées. Le vrai coup de génie de Crash, c’est les fameuses caisses. Pour vraiment compléter les niveaux, il faut réussir à détruire toutes les caisses disséminées dans le niveau… et parfois sans mourir. Ce n’est pas une mince tâche, mais ça donne beaucoup de rejouabilité, et ça nous oblige à vraiment maîtriser chaque niveau.

Note: C+


 

Notes finales

Mario: A

Sonic: B

Crash: C+

 

Évidemment, Mario gagne. Il est l’alpha et l’oméga du jeu de plateformes, le Mickey Mouse du monde vidéoludique, l’immortel de la manette.

Et ce n’est pas sans raison. Les jeux de Mario ne se sont que très rarement assis sur leur réputation. Dans chaque itération, chaque aspect est peaufiné avec une minutie qui nous fait redouter de quoi doit avoir l’air une journée de travail sous la gouverne de Shigeru Miyamoto.

Sonic a aussi eu de grands moments. Mais il semble avec du recul qu’il avait un potentiel plus limité. Sonic, c’est une série qui a désespérément tenté de se renouveler à tous les détours, et souvent sans succès. N’empêche que c’est une série qui laisse un sacré beau leg aux joueurs.

Crash est né d’une époque où on tentait de réinventer le jeu de plateformes. Il a contribué à l’édifice avec de bonnes idées et de belles avancées. Mais évidemment, cette période des premiers balbutiements a aussi fait que les jeux traînaient certaines lacunes. Et comme la série n’a jamais vraiment connu de succès après le Playstation 1, elle n’a jamais pu les surmonter et prouver qu’elle avait sa place au panthéon elle aussi. La trilogie récemment sortie le prouve : Crash est une série avec une puissante charge nostalgique… mais qui a un peu mal vieilli.

 

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Opinion
La première vidéo de Pier-Luc, c'est lui, à l'âge de 3 ans, qui joue à Duck Hunt avec le gros fusil orange. Il les a pwn 360 NO SCOPE. Depuis, il passe beaucoup (trop) de temps à jouer à des jeux, que ce soit sur Android, 3DS, Wii U (oui, il est l'une des six personnes à avoir acheté une Wii U) ou PS4. Il ne joue pas beaucoup à l'ordinateur, sauf pour les fois où il télécharge des émulateurs pour jouer à de vieux classiques (des jeux qu'il possède, bien sûr). Quand il ne joue pas, il écoute la WWE, il lit ou bien il tente de faire avancer sa carrière en humour. Mais soyons honnêtes, il passe surtout son temps à jouer.
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