Leçon de design à la sauce “Rogue” avec Sundered

Ce n’est plus un secret pour personne, les jeux “roguelike”  ont la cote depuis quelques années. Ce type de jeux est définitivement un de mes préférés et cet été ne m’a pas déçu puisque plusieurs excellents “roguelike” sont sorties sur Steam.  J’aimerais ici me concentrer sur Sundered, signé par  le studio montréalais Thunder Lotus.

Je sais que certains seront déçus que je ne parle pas de Star Wars: Rogue One, mais on n’est pas ici pour parler de blockbuster hollywoodien. Parlons plutôt de petite perle indépendante, produite localement et qui aide à faire avancer la cause de l’art vidéoludique.

Tout d’abord, Sundered est jeu qui s’insère dans deux catégories que j’adore: “roguelike” et “metroidvania”. Je vous passe les détails de l’explication et vous invite à suivre les hyperliens pour de plus amples informations à ce sujet. Ensuite, Sundered c’est plus qu’un jeu, c’est une expérience sensorielle assez époustouflante. Sundered, c’est du concentré de créativité avec zéro sucre ajouté.

 

Une fresque quasi sans failles

Comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessus, Sundered est un jeu qui ne lésine pas sur les graphismes. Le style utilisé est plus proche de ce que l’on pourrait voir dans un film d’animation de haute qualité que ce qui est habituel pour un jeu vidéo. Qui plus est, celui-ci est utilisé au maximum afin de bien rendre les thèmes du jeu. Que ce soit des environnements industriels, naturels ou complètement surnaturels, la beauté des graphismes aident toujours à donner une vie unique à tous les éléments du jeu. La qualité de l’animation aide aussi énormément.

Le seul bémol ici, c’est que plusieurs environnements sont recyclés. Chaque zone de la carte a un thème unique, mais il est dommage de voir plusieurs fois les même décors ayant simplement changés de palette de couleurs, et ce, dans une même zone. Il en va de même pour les ennemis.

Du côté design sonore, c’est à se rouler par terre. Chaque créature, action et événement offre une gamme de sons tous plus appropriés les uns que les autres. Que ce soit les grincements annonciateurs de machines Valkyries ou les cris atroces des créatures d’Eschaton, le paysage sonore de Sundered contribue énormément à renforcer le sentiment de solitude et de danger dans lequel on baigne du début à la fin.

Et que dire de la voix du narrateur! Quelle voix! Dès qu’il commence son explication, dans sa langue inventée, on croirait avoir affaire à une réelle manifestation psychique d’un être éthérée et inhumain. Celui-ci livre l’histoire de l’univers d’une manière qui inspire le mystère et la peur. Je suis aux anges.

Dommage par contre que la musique soit si répétitive. L’avantage, c’est qu’elle est définitivement accessoire et joue le rôle de second violon (sans vouloir faire de jeu de mot) de manière très adéquate. En fait, on oublie la présence de la musique bien vite, puisqu’elle s'imbrique si bien avec le reste.

 

Le hasard contrôlé

Sundered est le premier jeu auquel j’ai joué qui a trouvé le moyen d’implémenter TOUTES ses mécaniques de manière cohérente dans la construction narrative de l’univers. Par exemple, dès le début, on nous explique pourquoi on revient toujours à la vie. Comme si ce n’était pas assez, les notions de génération procédurale de la carte et l’aspect répétitif du genre “roguelike” servent à renforcer les thèmes de la perte de sanité et d’humanité. Non seulement a-t-on droit à une cohérence narrative, mais en plus, celle-ci sert à rendre l’expérience émotionnelle encore plus poignante. Chapeau, à l’équipe de Thunder Lotus.

Là où je dois arrêter mon encensement dithyrambique, c’est sur un petit détail causé par un grand aspect du jeu. La carte. Le monde de Sundered est vaste, du moins, compte-tenu de l’expérience extrêmement exigeante qu’il propose. Ceci étant dit, il n’y a pas de possibilités de voyage rapide entre deux points. Il est possible de débloquer des raccourcis, mais ceux-ci finissent par être désuets une fois que la carte est explorée dans son entièreté. Lorsque chaque salle, même celles déjà explorées, pose un risque de rencontrer un combat contre une horde ou même un ennemis d’élite, les chances de mourir simplement en parcourant un chemin familier sont élevés. C’est une décision qui plaira à certain, puisqu’elle contribue au niveau de difficulté, mais qui à mes yeux, participe à un sentiment d'essoufflement constant que l’on développe rapidement après quelques heures de jeu.

 

Une petite étude comparative

Sundered n’est pas le seul opus de son genre à m’avoir marqué cet été. J’entretiens aussi une relation profonde et très gratifiante avec Dead Cells, un titre en “early access” sur Steam, signé Twin Motion.

Sorti un peu plus tôt au courant de l’été, Dead Cells est résolument plus classique, mais malgré son esthétisme moins léché, il reste tout aussi satisfaisant.

Si j’avais à comparer les deux, je dirais que Sundered offre une réelle bouffée d’air frais au niveau visuel, sonore et thématique. Avec une difficulté qui fait penser à un Dark Souls ou encore une jeu de type “bullet hell” et un esthétisme digne d’un rêve fiévreux dont serait prisonnier un esprit torturé, Sundered va définitivement faire des vagues.

De son côté, Dead Cells puisent dans des inspirations beaucoup plus “arcade” avec ses couleurs vives et sa magnifique ressemblance aux Castlevania de fin 90/début 2000. Même les mécaniques sont plus proches d’un “roguelike” classique et l’expérience est beaucoup facile à apprécier, même lorsqu’on a que quelques minutes pour y jouer.

 

S’adapter ou mourir

Comme je le disais ci-dessus, Sundered n’est pas une expérience facile d’approche. Son charme est indéniable et j’oserais même dire magnétique. Mais une fois que l’attirance esthétique s’estompe, le jeu révèle sa vraie nature: une cruelle maîtresse qui demandera patience et dédication de la part du joueur. Rien de cela n’est négatif, au contraire. Là où je veux en venir, c’est que, comme un bon vin, Sundered demande d’avoir un certain goût acquis pour l’apprécier, même à son niveau de difficulté le plus bas. Ceci étant dit, j’ai rarement vu un jeu offrant un univers aussi cohésif. Chaque aspect du titre renforce tous les autres aspects sans jamais avoir de faiblesses objectives. Tous les défauts que j’ai pu trouvé au jeu sont des interprétations subjectives de décisions prisent avec soin par l’équipe de Thunder Lotus.

 

Donc, si comme moi, vous aimez mourir, apprendre, re-mourir, ré-apprendre, explorer une nouvelle zone pour tenter de prendre une pause, retourner mourir dans la zone initiale, tenter de modifier votre stratégie et mourir encore, vous allez aimer Sundered. Si comme moi, vous aimez sentir que vous ne pouvez pas prendre de repos et que personne ne pourra vous aidez si vous criez à l’aide, vous allez aimer Sundered. Et finalement, si comme moi, vous aimez les oeuvres qui tente de jeter un regard du côté de la mort, la fragilité de la psyché humaine ainsi que les horreurs d’un potentiel cauchemar sans fin, vous allez aimer Sundered.

Catégories
Faits au QuébecJeuxOpinion

Renaud Dallaire est un diplômé de Gestion des Ressources Humaines qui se passionne pour les arts et les jeux vidéo depuis un très jeune âge. Il aime plusieurs styles de jeux, mais particulièrement ceux dont l’aspect narratif est mis au premier plan. Ses autres intérêts inclus, mais ne se limitent pas à la musique, les séries télé et l’écriture d’oeuvres de fiction fantastique et sci-fi.

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

*

*

Dans le même sujet