South Park : la fesse cachée de la lune

Il est de retour! Après une sortie repoussée deux fois et après avoir concouru dans la catégorie du prix du “meilleur jeux de 2016 de 2017” dans les manettes maganées, le voici enfin: le deuxième volet du jeu South Park : L’Annale du Destin (ou South Park : The Fractured But Whole pour les intimes). Cette fois-ci, Obsidian Entertainment a laissé la main à Ubisoft San Francisco pour nous livrer ce jeu de rôle savamment absurde dont l’opportunité d’utiliser la thématique des super-héros pour parler d’inclusion est autant intéressante que maladroite.  Mais rassurez-vous, malgré quelques pets de travers, le commun des mortels ne manquera pas de péter de rire. Humour de merde, ne pas s’abstenir.

Les zaventures du vengeur-péteur

L’Héroïc Fantasy, c’est passé date. Maintenant, ce qui rapporte c’est les franchises de super-héros, les cross-over, les séries et les films dédiés. Ou du moins c’est ce que le Coon, alias Cartman essaie de nous faire croire. Cependant, son plan d’affaire de la mort pour conquérir Nextflix ne semble pas faire l’unanimité dans toute la bande. Tout le monde veut sa propre franchise, ce qui finit par diviser nos habituels héros entre le Coon et sa bande et Les potes de la liberté, pendant que Butters se la joue solo en Professeur Chaos.    

Heureusement, en tant que nouvel arrivé en ville, vous êtes là pour déjouer les querelles et rallier les peuples, pendant que Le Coon vous aide à découvrir le terrible secret dissimulé derrière les super pouvoirs de vos flatulences.

Le botteur de fesses attendu à tous les coins de rue

Nouvel habitant de la ville de South Park le jour, justicier masqué la nuit, collectionneur d’abonnés et de selfie sur COONstagram en tout temps, vous aidez à résoudre les problèmes de la ville tout en faisant accroître votre popularité. Vous enquêtez sur des missions aussi loufoques que l’univers de South Park peut vous le permettre: des mystérieux kidnappings de chats aux chevauchées sur licorne flatulente, en passant par la revanche des hommes-crabes et la téléphonie mobile.

Malheureusement, à trop vouloir s’inspirer des productions de super-héros Hollywoodiennes, South Park : L’Annale du Destin finit par souffrir des mêmes maux que leurs scénarios. Avec pourtant un départ fort en blagues et un final empestant la délicieuse saveur de l’esprit South Park, on ne retrouve malheureusement pas  le même piquant qui nous surprenait à chaque tournant chez son grand-frère South Park: Le Bâton de la Vérité même si toute l’aventure est ponctuée d’idées créatives et de bonnes blagues.

Un vent de fraîcheur sur le gameplay

Cette fois-ci on abandonne le système à la Paper Mario pour laisser place à une sorte de jeu de rôle tour par tour tactique en 2D en gardant toujours un système de Quick Time Events pour maximiser les impacts et garder un certain dynamisme. Dépendamment de leur classe, chacun des personnages possède trois attaques qu'il vous faudra adapter à la portée des ennemis. Au fur et à mesure des coups que vous recevez et des combinaisons que vous assénez, vous faites croître la jauge d’attaque ultime de l’équipe, vous laissant libre de choisir qui l’utilisera.

On avouera que cette dimension du déplacement tactique en 2D peut surprendre agréablement comme elle peut aussi nous faire serrer les fesses. La spatialisation est utilisée de façon ultra originale dans certaines missions en incitant le joueur à des déplacements stratégiques, comme elle peut aussi alourdir le rythme du combat qu’on a pu connaître dans South Park : Le Bâton de la Vérité. Cette spatialisation peut aussi s’avérer un poil frustrante lorsque l'on n'a de cesse de se retrouver cantonné dans un coin, rendant nos attaques inutilisables à cause de leur portée. Ce nouvel opus nous offre donc un système de combat intéressant, avec un vent de fraîcheur mais dont leurs rouages grincent encore un peu.

La démesure a le vent en poupe

S’il est une chose que South Park maîtrise, c’est l’exagération et la dérision qui sont les points de pivot de leur humour absurde. N’en déplaise aux joueurs, les développeurs sont parvenus à intégrer cet aspect dans toutes les parts du jeu jusqu’aux entrailles du système de jouabilité. On accède à une accumulation de classes aussi absurde que l’histoire identitaire de notre personnage qui se construit à mesure qu'il les collectionne. Ainsi, vous ne disposez pas d’un habituel arbre de compétences progressif mais vous pouvez customiser vos attaques en fonction des différentes classes que vous débloquez, ce qui permet tout de même pas mal de variété d’approches dans les combats.

La démesure n’est que renforcée durant les dialogues contextuels notamment en combats qui sont bourrés de références à la culture Geek et à la série.

Par ailleurs, même si on apprécie énormément l’idée d’avoir un doublage francophone, il est certain que les voix non-officielles ont du mal à rattraper la saveur des voix de la série anglophone. Si vous n’avez pas d’inconvénient à jouer au jeu dans sa langue originelle, on vous encouragera vivement à le faire afin de pleinement profiter de l’expérience.

Un monde qui brasse de l’air

Dans South-Park : L’annale du Destin, on vous rappelle qu’un grand-pouvoir implique de grandes responsabilités. Vos pets perturbent littéralement l’espace temps! Heureusement, Morgan Freeman et ses burritos sont là pour vous apprendre à maîtriser cette mécanique ! Grâce à différents Quick Time Events  vous serez ainsi amenés à explorer la ville, dénouer des puzzle environnementaux, accomplir des quêtes, résoudre des conflits ou encore sauver le monde. 

Un des autres points magiques qu’on avait retenu de South Park : Le Bâton de la Vérité  était ses multiples mini-quêtes secondaires qui permettaient d’accumuler bon nombre d’invocations toutes plus débiles les unes que les autres. On verse du coup ici une petite larme dans South Park : L’annale du Destin, puisque les invocations comme les missions secondaires se font assez rares. C’est peut-être d’ailleurs, le petit quelque chose qui manque entre les quêtes principales pour donner plus de vie et de contenu à l’univers.

Outre leur faible nombre, on les savoure tout de même avec beaucoup de plaisir notamment parce qu’elles sont mises en valeur à travers le fil d’actualité de COONstagram ou qu’on vous marchande des services en échange de nouveaux abonnés.

Cette fois-ci par contre, pas de folles aventures au pays de la feuille d’érable, on notera seulement quelques clin d’oeils épiques au Canada et aux dernières saisons de la série South Park en espérant éventuellement en voir plus dans le contenu additionnel prévu.

Vent de contestation

Après une tentative hilarante d’intégrer l'ostracisation des ethnies à travers la couleur de peau de notre personnage qui s’est avérée finalement un peu bancale, South Park : L’annale du Destin est passé à côté d’une opportunité de s'engager réellement dans ce qu'il dénonce. Cependant l’opus se rattrape en ayant le cran de jeter un gros pavé dans la marre : faire de la thématique de l’inclusion le cœur du jeu.

Même s’il reste assez timide, le scénario tente de développer cette thématique à travers les questions du tabou, du refoulement et du rejet qui sont directement liées à l’identité de notre personnage.

À plusieurs reprises, on vous donnera ainsi l’opportunité de définir votre identité à travers des critères ethniques et sexuels. C’est finalement ce dernier point qui est sûrement le mieux intégré : on nous éduque sur ce que signifie être transgenre ainsi que les différentes orientations sexuelles qui peuvent nous définir. Indépendamment de vos choix, le jeu en tiendra compte et les utilisera à certains moments clés. Ainsi, si vous renseignez votre avatar comme étant masculin et que vous vous identifiez à une fille, certains personnages vous appelleront alors non plus “le nouveau” mais “la nouvelle” pour prendre en compte cette identité. Bien entendu, tout cela n’exclue pas le fait que vous risquez de vous faire attaquer par des Rednecks après votre sortie du placard.

South Park demeure d’ailleurs toujours aussi doué dans l’art de l’auto-dérision pour dénoncer l’hypocrisie grâce à l’absurde dans des situations doucereusement drôles.

À travers une quête secondaire on reçoit littéralement un cours de sensibilisation à ce qu’est une micro-agression. On nous apprend à les reconnaître puis on les intègre au système de combat en permettant d’asséner un coup gratuit à un adversaire lorsqu’il insulte un de nos équipiers.

Finalement, on réaliste que South Park : L’annale du Destin parle certes de thématiques d'ostracisation, encourage la diversité et tente d’éduquer un minimum à travers la dérision, mais il n'est pas un jeu qui permet d'adopter un point de vue empathique sur l’ostracisation. Même si on aurait pu voir facilement cela appliqué à travers les dialogues contextuels et les autres points mentionnés dans l’article de Polygon, on peut quand même saluer l’idée d’avoir enfin oser aborder de pareilles thématiques.

Kick quand même des culs
8
Kick quand même des culs

Avec un gameplay et une écriture toujours aussi irrévérencieux que son prédécesseur, South Park : L’annale du Destin a de quoi marquer les esprits. Cependant, c’est finalement sur son rythme autant au niveau des combats tactiques que du scénario que le bât blesse. Même si tout est prétexte à la blague et qu’il réussit avec brio à porter à la dérision toutes les références de notre culture populaire, ce nouvel opus est loin d’égaler la créativité et la variété des missions qui venaient nous prendre par surprise à tous les coins de rue dans South Park : Le Bâton de la Vérité. Après les 15 heures moyennes qu’il vous faudra pour l’achever, ce nouvel opus a beau être plein de surprises, il nous laisse malheureusement le triste goût qu’il était seulement en train de commencer durant son dernier quart. Enfin, même si l’on regrette que South Park : L’annale du Destin ne se soit pas cassé le cul à pousser sa thématique de l’inclusion d’un point de vue plus empathique, si ce nouvel épisode doit rester dans les annales, c’est notamment pour sa tentative de parler de sujets tabous avec l’art de la dérision dont la franchise est maître.

Les plus
  • Écriture toujours aussi mordante
  • Irrévérencieux à souhait
  • Fidèle à l'univers de South Park
  • La tentative de jeter un pavé dans la marre en parlant de sujets tabous comme l'identité sexuelle
  • Un gameplay tout neuf malgré ses rouages qui coincent parfois un peu
Les moins
  • La durée et le maigre contenu
  • Le rythme de l'histoire qui s’affadit en plein milieu mais qui heureusement remonte en flèche vers la fin
  • Le manque d'invocations disponibles
Catégories
Critiques
Rédactrice, narrative game designer, étudiante en maîtrise en jeux vidéo et multi-task à temps partiel, elle porte une attention toute particulière à la scène du développement indie et à leur moult créations.
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

*

*

Dans le même sujet