Shadow of War: D’ombre et de lumière

Le parallèle est presque trop parfait. Dans Shadow of War, le héros Tallion est déchiré entre sa volonté de défendre le monde des Hommes et les desseins plus sombres et égoïstes de son partenaire, Celebrimbor. Pendant ce temps, Monolith software était partagé entre son envie de produire un jeu de grande qualité (ce qu’ils ont fait) et les sombres desseins financiers de son éditeur, Warner Brothers…

Crevons l’abcès : les lootboxes

Sommes-nous sur l'app store? Nope, le PS4.

C’est ce dont on doit parler en premier. Shadow of War est une suite très attendue à l’excellent Shadow of Mordor sorti au début de la présente génération, et pourtant, ce qui a monopolisé la discussion, ce ne sont pas les améliorations à la jouabilité ou l’histoire du jeu, mais bien les micro (pas si micro que ça) transactions imposées par WB.

C’est qu’on propose d’acheter des lootboxes pour pouvoir obtenir de meilleurs équipements et des orcs plus puissants pour rejoindre notre armée. Certes, on peut utiliser la monnaie du jeu, abondante par ailleurs, pour acheter certaines de ces boîtes. Mais les meilleures, celles qui offrent le meilleur butin, se paient en or (qui se paie en carte de crédit).

Je veux vous rassurer; j’ai pu terminer toutes les quêtes principales sans ressentir le besoin de sortir ma Visa. Il y avait des passages plus difficiles, mais rien qui ne s’est pas réglé en faisant quelques quêtes secondaires supplémentaires pour augmenter mon niveau. La difficulté était même bienvenue.

Mais il semble que c’est dans le chapitre post-jeu qu’on tente davantage de nous faire acheter les fameuses lootboxes. Je n’ai pas encore assez essayé le contenu post-jeu pour pouvoir en témoigner, je vous ferai une mise à jour s’il s’avère que la pratique est flagrante.

Toujours est-il que j’ai pu apprécier le jeu sans mettre la main au portefeuille, mais on aurait préféré que cette ombre ne nous suive pas tout au long du jeu.

 

Le système Nemesis : encore plus génial

C’était la grande innovation de Shadow of Mordor; le fameux système Nemesis, qui faisait que certains orcs devenaient nos rivaux, qu’un orc nous tuant pouvait être promu, développer de nouveaux talents suite à ses combats contre nous.

Vous comprendrez, à voir ses faiblesses, qu'il s'est fait défoncer la tronche.

En fait, le système était tellement génial que j’avais prédit que toutes les grosses productions le copieraient sous peu. Et puis… non.

Tant mieux pour Monolith, parce qu’on avait hâte de le réessayer. Et ils ne se sont pas contentés de le ramener; ils l’ont amélioré. Vous pouvez maintenant envoyer des menaces de mort à des orcs ennemis, ce qui les rendra plus forts et qui leur donnera envie de vous poursuivre, en échange de récompenses plus intéressantes si vous ressortez victorieux.

Vous pouvez également humilier les orcs, ce qui les fera baisser de niveau, tout en leur donnant une solide dent contre vous. Ne vous étonnez pas si dans un moment critique, le capitaine déchu, humilié et renié par les siens, surgit derrière vous pour essayer de vous poignarder dans le dos dans un élan de désespoir.

La nouveauté la plus importante est la possibilité de monter sa propre armée. En prenant possession de l’esprit des capitaines et des chefs de guerre, on s’approprie leurs troupes, qui viennent nous assister pour envahir les forteresses ennemies, et pour en garder le contrôle.

Encore là, les possibilités sont multiples. On peut demander à nos lieutenants de s’infiltrer dans les gardes rapprochées ennemies pour frapper au bon moment, on peut leur ordonner d’attaquer des capitaines ennemis. Les possibilités sont intéressantes.

Le système Nemesis est formidable parce qu’il s’agit d’un exemple réussi de gameplay émergent. Chaque joueur crée naturellement sa propre histoire. Par exemple, dans mon cas, l’un des premiers capitaines que j’ai affronté était Norsko the maggot, un orc absolument répugnant qui était rempli de larves lui dévorant le corps.

Pourquoi fallait-il que mon rival soit si laid?

J’étais encore aux débuts de ma quête, et j’étais plutôt faible. Rapidement, deux autres capitaines sont venus le rejoindre. Je me suis battu du mieux que j’ai pu, j’ai même réussi à éliminer un des capitaines, mais malheureusement, le nombre a eu raison de moi et Norsko a eu raison de moi.

 

Après être revenu d’entre les morts, j’ai donc décidé d’exercer ma revanche. Je l’ai retrouvé; il était devant ses troupes à faire une démonstration de sa force, galvanisé par sa victoire. Je suis donc tombé du ciel pour le poignarder, puis après un dur combat, j’ai eu raison de lui.

Enfin, c’est ce que je croyais.

Alors que j’étais en pleine conquête de forteresse, il m’a surpris; il avait survécu (après tout, n’avait-il pas gagné ses larves en étant laissé pour mort sur un champ de bataille?). J’ai réussi à le vaincre de nouveau, mais ce n’était qu’à recommencer parce que comme un parasite tenace, il revenait constamment me hanter.

J’arrive finalement au terme de ma quête. J’en suis à mon assaut final contre les troupes de Sauron. Avant d’atteindre la tour, je dois affronter des vagues de capitaines ennemis. Qui se dresse devant moi dans la première vague? Mon vieil ennemi, Norsko, évidemment.

Mais je suis plus fort, maintenant, Je suis devenu un roi-guerrier conquérant. Je m’avance vers lui, et après quelques coups d’épée bien placés, il est affaibli. Je l’agrippe par les tempes et le soumet à ma volonté. Il me jure fidélité. Et c’est ainsi que pendant mon assaut final, j’étais accompagné de Norsko, mon plus vieux rival, qui m’a aidé dans mon affront ultime sur les troupes de Sauron.

Un système formidable, je vous dis.

Une présentation irréprochable

Shadow of War est visuellement très abouti. Les environnements sont détaillés, et les textures sont riches, même sur une PS4 standard. On regrette le look ‘’Play-doh’’ des cheveux de Tallion, mais c’est vite pardonné quand on voit la qualité des animations. Les orcs ont l’air vivants. Ils ont de petites mimiques quand ils parlent, ils gesticulent, leurs traits bougent finement. C’est très très réussi.

Les tombeurs du Mordor

Un mention toute particulière aussi à la trame sonore, signée Garry Schyman. On croirait écouter des pièces inédites de la trilogie cinématographique. Oui, c’est si bon.

...et l’histoire

Je ne crois pas que la trame scénaristique fera l’unanimité, mais de mon côté, j’ai été intéressé, et surtout étonné des zones qu’on a décidé d’explorer. J’avais toujours un malaise avec les agissements de mon personnage dans le premier jeu. Ça me semblait un peu...sombre. Sans trop en révéler sur l’histoire, Monolith ont décidé d’aborder ces questions de front.

 

Pour certains, l'histoire devient tragique

Le suspense est là, et j’ai été surpris par quelques revirements de situation. Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, et le scénario de Shadow of War a autant sa place dans le canon de Tolkien que le scénario de Baywatch, mais l’histoire fait très bien son travail.

 

En conclusion

Ça me semble douteux que Shadow of War remporte le même succès que le précédent opus. D’un côté, il a perdu l’élément de surprise du premier, et il sort dans une période beaucoup plus peuplée en bonnes sorties (2017 est une année complètement dingue, on ne le dira jamais assez). Mais surtout, sa sortie est plombée par la controverse autour des microtransactions.

C’est bien dommage, parce que derrière cet arbre sombre, se cache une forêt magnifique. Les gens de Monolith nous livrent ici un jeu extrêmement abouti, rempli de bonnes idées, et poli avec soin. On ne peut que regretter que comme les Nazgûl, Warner Brothers aient été tentés par le côté sombre…

Une réussite...minée par les impératifs financiers
Une réussite...minée par les impératifs financiers

Si vous savez passer par-dessus les agaçantes micro-transactions, vous trouverez un jeu réussi par un studio en pleine maîtrise de son art.

Les plus
  • Les animations faciales
  • Le système Nemesis, encore plus extraordinaire
  • La musique
  • L'histoire étonnante
Les moins
  • Les cheveux-plasticine de Talion
  • Les fiches micro-transactions
  • Note finale
    8,5
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Critiques
La première vidéo de Pier-Luc, c'est lui, à l'âge de 3 ans, qui joue à Duck Hunt avec le gros fusil orange. Il les a pwn 360 NO SCOPE. Depuis, il passe beaucoup (trop) de temps à jouer à des jeux, que ce soit sur Android, 3DS, Wii U (oui, il est l'une des six personnes à avoir acheté une Wii U) ou PS4. Il ne joue pas beaucoup à l'ordinateur, sauf pour les fois où il télécharge des émulateurs pour jouer à de vieux classiques (des jeux qu'il possède, bien sûr). Quand il ne joue pas, il écoute la WWE, il lit ou bien il tente de faire avancer sa carrière en humour. Mais soyons honnêtes, il passe surtout son temps à jouer.
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