Lego NinjaGo : Go Ninjago !

Ils ne sont plus à présenter : les jeux Lego inondent le marché. Leur dernier rejeton, Lego Ninjago Movie: The Video Game arrive sur Playstation 4, Nintendo Switch, Xbox One et PC en même temps que le film éponyme sort au cinéma.

Cet énième titre de la série Lego arrive alors que le milieu commence à être saturé par le genre lui-même. Si bien, que l'on est à se demander ce qui adviendra de la série Lego Dimension, qui semble être de moins en moins présente sur le marché. Après avoir fait le tour des grandes séries (Harry Potter, Star Wars, le Seigneur des Anneaux, Marvel, DC, etc.), Lego se tourne vers une série originale. Théoriquement, les développeurs ont dans les mains un véritable monde ouvert de possibilités pour rehausser l’expérience du joueur. Théoriquement.

Lego Ninjago Movie: The Video Game - que je vais renommer Ninjago par souci de concision et de santé personnelle - nous invite dans l’univers des ninjas de Ninjago où, à l’instar de bon nombre d’histoires de superhéros, un groupe de ninjas à l’identité secrète - calqué sur les Power Rangers - défendent leur île contre le vilain Garmadon plus ou moins à chaque semaine.

Quand des clichés sont tolérés

Il va de soi qu’on ne joue pas à un jeu Lego pour l’histoire : ou du moins, ce n’est pas là le souci premier. L’idéal serait d’avoir un jeu qui mélange une histoire profonde et intéressante aux mécaniques distinctives de la série, mais il s’agit d’un rêve mielleux qu’il vaut mieux abandonner. La série ne s’en cache pas : leur public cible est avant tout les enfants qui désirent reconnaître rapidement les séries qu’ils apprécient et avoir du plaisir en tapant dans tout ce qui bouge pour accumuler des morceaux de Lego. Si tel est le cas, comme la plupart des jeux Lego, l’objectif est atteint.

L’histoire, pour ceux qui s’y intéressent, est elle-même un cliché sur le thème des gentils contre le méchant, avec un retournement de situation qui serait autrement surprenant si Star Wars : L’Empire contre-attaque ne nous l’avait pas déjà proposé en 1980. On apprend que le père du Ninja Vert n’est nul autre que le vilain de l’histoire, que sa mère est une combattante féroce, et que le vrai pouvoir pour vaincre le mal réside au coeur de chaque ninja, qu’ils sont le Bien (ce ne sont aucunement des spoilers, je tiens à le préciser).

Le style graphique du jeu est recherché et se prête bien au titre.

L’avantage avec les Lego, c’est qu’il ne faut pas prendre l’histoire et les thèmes au premier degré, sans quoi j’aurais balancé le jeu par la fenêtre en criant que les clichés piètrement abordés causent le Mal. Dans cet univers chaotique où les personnages semblent eux-mêmes conscients de leur niveau d’humour, on ne peut que suivre avec un petit sourire niais l’aventure. Non pas qu’on y croit, ou que cela nous émeut; plutôt, il s’agit d’une entente tacite entre le joueur et les développeurs : on joue pour les mécaniques exclusives à Lego, pas pour l’histoire qui ne sert qu’à rajouter une couche cocasse et loufoque. On l’accepte, on rigole et on passe à autre chose. Mais ça ne leur ferait pas de mal d’offrir quelque chose, non ?

Qu’à cela ne tienne, entre l’arme ultime et l’arme ultime ultime (sérieusement ?), les jeux de mots bien placés, les personnages non-joueurs qui racontent n’importe quoi alors que la ville est détruite dans un style Avenger, on hausse les épaules… avant de continuer à tout briser à coup de katana ou de marteau avec le sourire de quelqu’un qui est satisfait de découvrir comment il peut interagir avec cet univers.

Avouez que la ville a l'air sympa à démolir !

L’insoutenable facilité du jeu

Il se peut qu’un jeu se révèle facile pour mieux convenir à un certain public, et c’est tout à fait légitime dans certains contextes. Toutefois, Ninjago peut se compléter en moins de 8 heures, et ce sans nécessairement vouloir terminer le jeu rapidement. Certes, il est possible d’allonger sa durée de vie en allant compléter le jeu à 100% : à l’instar des autres titres de la série, le joueur est invité à débloquer tous les personnages, à accumuler tous les blocs d’or et ramasser des millions de pièces. Pour un jeu qui se détaille à 80 $, toutefois, on est en droit de se demander s’il ne serait pas préférable de se tourner vers d’autres titres Lego, comme les Star Wars ou Harry Potter, qui offrent eux aussi d’intéressantes mécaniques tout en l'alliant à une histoire soutenue. Toutefois, il faut souligner la qualité visuelle du titre (colorée, polie et des niveaux avec différentes thématiques) et l’effort déployé pour rendre les différents lieux interactifs : nul besoin de retourner dans l’histoire pour chercher les blocs d’or. Chaque niveau du jeu est un monde ouvert coloré et permet une interaction sans contrainte narrative; un excellent ajout!

Une fois l'histoire complétée, on peut se promener et découvrir, ma foi, des décors bien rendus !

Outre l’histoire principale qui est à la fois facile et courte, Ninjago tient par la main ses joueurs pour ce qui est des mécaniques de combat. Un arbre de talents permet de débloquer des variantes plus fortes de certaines attaques; l’idée interpelle et invite à la spécialisation dans un mode de combat intuitif, cocasse et particulièrement amusant. Par contre, en suivant le mode histoire, toutes les compétences seront débloquées naturellement; plus encore, le jeu se fait un plaisir de mettre un tutoriel à chaque léger changement dans les mécaniques. Certes, les deux premières fois, de savoir qu’il faut maintenir un bouton pour lancer une attaque spéciale avec le Ninja rouge, c’est bien; mais après quatre tutoriels qui précisent exactement la même mécanique… Et lesdits tutoriels, malheureusement, ne peuvent être évités, tout comme les achats de talents qui surviennent toujours à des moments inopportuns (pendant un combat, pendant une cinématique), qui brisent le rythme du jeu et qui, étonnamment, créent un ralentissement des performances de la console, du moins sur PS4.

Je ne pensais pas un jour trouver des séquences de téléchargement plus longues que Skyirm.

Quand des Lego refusent de coopérer

J’ignore s’il fallait que le jeu sorte absolument en même temps que le film, et peut-être est-ce là une justification des principaux problèmes rencontrés. Mais il me semble, si je le compare à l’ensemble des autres jeux vidéo Lego, qu’il est étonnant, voir troublant, que Lego sorte un jeu avec des bogues visuels et mécaniques, avec des séquences de téléchargement particulièrement longues entre chaque carte (même Skyrim n’est pas si long).

Des personnages qui restent bloqués derrière des blocs ou dans l’environnement, le jeu qui cesse de fonctionner subitement; autant de petits éléments qui, une fois cumulés, créent une certaine déception. Compte tenu du prix et de l’habituelle qualité des produits Lego, il est un peu étonnant que celui-ci se retrouve avec des bogues qui demandent - du moins sur PS4 - de changer d’environnement pour les régler. Idem pour les combats : ils sont généralement bien programmés, mais parfois les mécaniques ne sont pas claires ou bien le résultat théorique d’une série d’attaques ne fonctionne pas. Cela laisse penser, étonnamment, que le jeu aurait eu besoin d’un peu plus de temps de test pour être peaufiné. Il n’est pas bogué, au sens où un Assassin’s Creed Unity le fut à sa sortie; mais il a suffisamment de petits bogues pour laisser penser qu’il aurait pu profiter de quelques semaines de développement supplémentaires.

Lego Ninjago Movie: The Video Game est amusant et reprend fidèlement le flambeau de la série. Les mécaniques sont améliorées à chaque nouveau jeu, et il s’agit d’un avantage indéniable pour le titre. Mais la présence de bogues et la (très) courte histoire contrebalancent ses aspects positifs,, surtout au prix auquel il est affiché.

Devenir un ninja un peu niais
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Devenir un ninja un peu niais

Titre intéressant, Lego Ninjago Movie: The Video Game nous propose de découvrir de nouvelles façons d'interagir avec le monde Lego. L'univers sympathique accroche dès les premières secondes et c'est avec tristesse qu'on cesse d'y jouer après une dizaine d'heures. Le jeu est présent, il nous attend, mais ces quelques défauts nous font penser qu'il aurait eu besoin de mieux maîtriser son art avant de sortir sur le marché. Lego trouve malgré tout le moyen d'innové.

Les plus
  • Nouvelles mécaniques dans l'univers Lego
  • Univers coloré et unique
  • Grandes variétés de personnages
Les moins
  • Bogues visuelles et mécaniques
  • Histoire très courte
  • Son prix élevé
  • Séquences de téléchargement longues
  • Démolir une ville en Lego demeure toujours une activité pertinente
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Rédacteur, linguiste et étudiant à la maîtrise en traductologie, il oriente son regard vers les impacts sociaux et culturels des jeux.

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