Chaos;child : un Visual Novel choquant à la recherche de la vérité

Chaos;Child arrive finalement sur PS4, PSVITA et mobile après deux ans d’attente pour la localisation. Le titre, publié par PQube, s’inscrit parmi la désormais connue série des Science Adventure qui inclut, par exemple, Steins;Gate.

Il arrive que des Visual Novels surprennent agréablement les joueurs. C’était le cas, à pareille date l’an passé, de √Letter, cette étonnante histoire dans le nord du Japon sur un amour de jeunesse perdu. Cette année, c’est au tour de Chaos;Child d’agréablement me surprendre. Certes, il n’est pas exempt de défauts. Mais en son sein, on y trouve la formule typique qui fait la force des visual novels : une histoire poignante et invitante dans laquelle le joueur se laisse submerger avec plaisir.

Un univers éclectique

La série Science Adventure, développée par les studios nippons 5pb et Nitroplus, se centre sur les Visual Novels de genre science-fiction, lui empruntant ses principaux axes de réflexion. Loin d’être dans le Space Opera comme le serait un Star Wars, cette série met de l’avant des univers crédibles et réels avec un accent particulier sur le rôle de la science et les connaissances acquises sur le fonctionnement du monde. En ce sens, on se retrouve avec des univers contemporains, quelque peu dystopiques, avec une certaine saveur à la Isaac Asimov ou Philip K. Dick (Blade Runner).

Chaos;Child est la suite thématique de Chaos;Head. L’univers est le même, mais sans être réellement lié à l’histoire précédente sauf par quelques références. Contrairement à la série des Steins qui se base sur la science derrière la conception du temps et de l’espace, on se penche plutôt ici sur les illusions et les perspectives, sur la transmission d’information et sur le rapport cognitif entre les individus (décrire davantage serait gâcher quelques bons moments du jeu). Fier d’une tradition de Hard Sci-Fi qui remonte au début des années 1900, le titre propose aux joueurs-lecteurs d’être en tout temps sur la sellette du réel et du fantasme, allant jusqu’à encadrer ses principales mécaniques autour des délires et fantasmes du personnage principal, Miyashiro Takuru. Sorti en 2014, sa traduction vient tout juste d’arriver, pour notre plus grand plaisir.

La vie est illusion

Miyashiro Takuru est un jeune étudiant qui a perdu ses parents lors d’un terrible tremblement de terre à Shibuya. Six ans plus tard, la vie essaie de suivre son chemin tant bien que mal, et l’adolescent à l’esprit quelque peu échauffé essaie de définir sa personnalité parmi ses semblables, se comparant constamment à eux et désirant se positionner comme supérieur à eux puisqu’il mène une quête pour la vérité et les discussions censées. Autant dire qu’avec un personnage principal ainsi, l’histoire promet d’être intéressante.

Lors du premier chapitre, le joueur est invité à connaître la plupart des principaux personnages qui ponctueront l’histoire et à saisir l’ampleur du crime à résoudre. Des meurtres sordides surviennent à certains intervalles et Miyashiro, en tant que Président du club de journalisme, se donne le mandat d’éclaircir le mystère entourant le meurtre. Sa volonté est telle qu’il désire être plus rapide que les policiers et risque sa propre sécurité pour le bien commun qu’il considère être la vérité. La situation devient rapidement hors de contrôle et Miyashiro s’y retrouve entraîné malgré lui, comme ses collègues du club de journalisme.

Tout est une question d’ambiance et de finesse

La différence certaine entre un visual novel et le roman duquel il est fortement inspiré se situe dans le mélange des formes médiatiques. C’est généralement leur force; plus encore dans celui-ci puisque, niveau mécanique interne, le joueur n’a que quelques rares puzzles à résoudre, sans aucun impact sur le déroulement du jeu. Il s’agit, en somme, d’un jeu qui se déroule en appuyant seulement sur X - ou encore en activant l’option du déroulement du texte automatique. Il faut donc, pour pallier cette absence de mécanique, proposer une trame sonore forte, un visuel recherché et, on l’espère, une histoire pertinente.

Bien qu’elle soit quelque peu quelconque, la trame sonore se révèle atmosphérique. Elle accompagne le joueur et, comme un film d’horreur, saupoudre différentes actions d’une mélopée créée pour provoquer des émotions, d’autant plus que le jeu, de part l’enquête sur des crimes sordides, particulièrement sanglants et graphiques, se propose comme thriller psychologique avec une bonne dose d’horreur. Le jeu des acteurs pour l’audio est satisfaisant sans être marquant. Encore une fois, leur jeu favorise la création de l’ambiance plus qu’une pierre angulaire sur laquelle le jeu doit s’ancrer. Si ce dernier doit s’ancrer quelque part, c’est sur la qualité de son histoire habilement écrite àr quatre mains (Hayashi, Umehara, Takimoto et Yasumoto).

Entre fantasmes et réalités

L’une des principales caractéristiques du jeu se cache derrière les Delusion Triggers, ces moments durant lesquels le joueur peut choisir de suivre - ou non - l’un des fantasmes de Miyashiro. Ce dernier ayant tendance à être dans la lune aisément et à se laisser emporter par ses pensées, il arrive qu’il imagine certains évènements arrivés - ou non. Ces périodes arrivent de temps à autres et sont seulement optionnelles la première fois que le jeu est complété. Par la suite, les choix influencent les fins potentielles du jeu, selon les affinités que Miyashiro développera avec les filles qui l’entourent. Parfois cela vire à l’horreur, parfois cela peut mener à des séances empreintes de fan service. Ce serait là le principal défaut du titre que d’offrir un contenu fan service à ses joueurs sous prétexte que l’on suit un élève adolescent qui découvre réellement le monde. Mais bon, il faut aussi remettre en question qu’il s’agit d’un jeu japonais et que la perception générale - du moins dans le jeu vidéo - entre les sexes est toute autre; mais ça sera pour une autre discussion.

« Surpris ou fâchés, heureux ou déçus. Des émotions qui feront en sorte qu’il est tout simplement impossible de déposer la manette et de cesser de jouer. »

Les différentes fins du jeu permettent de découvrir certains tournants de l’histoire principale qui étaient demeurés mystérieux ou volontairement nébuleux. Comme tout visual novel, il faut compléter le jeu plusieurs fois pour aller au fond des choses, pour saisir ici une histoire rocambolesque qui nous laisse légèrement béat. La toile tissée par les auteurs est telle qu’il est impossible de tout prévoir et qu’on restera assurément surpris de certains retournements de situation ou d’évènement. Surpris ou fâchés, heureux ou déçus. Des émotions qui feront en sorte qu’il est tout simplement impossible de déposer la manette et de cesser de jouer. On veut savoir la suite lorsque les personnages rentrent de nuit dans un hôpital. On veut savoir si les meurtres continueront de se répéter ou non. Et en ce sens, Chaos;Child est une perle des plus agréables à lire.

Les auteurs nous proposent quelques pointes d'humour qui sont reçues avec plaisir malgré tout le sérieux du titre.

Bien écrit, bien traduit

Étonnement, la localisation du titre a été menée par un seul homme : Adam Lensenmayer. Il avait précédemment travaillé sur Steins;Gate 0 et sur l’adaptation en anime de Steins;Gate. Certes, il connaît le genre, mais il n’en demeure pas moins qu’il s’agit là d’un travail de moine effectué seul. Certaines erreurs se sont glissées dans les textes (choix de mots, le ton ou ne serait-ce que quelques erreurs de typographie), mais l’essence est bien transmise et le texte, fidèle à la version originale. Un travail qui mérite d’être souligné.

L’évolution des personnages se fait tout en douceur selon les évènements qui se déroulent. L’univers est crédible, les personnages authentiques. Bien que certaines longueurs surviennent lors de la seconde moitié du jeu, il n’en demeure pas moins qu’on s’attache aux personnages. Leur intégration à la trame narrative n’est en rien forcée, tout comme les thèmes qui entourent l’ensemble de l’oeuvre.

Chaos;Child est un excellent visual novel de science-fiction/fantastique dans sa plus simple expression. La jouabilité est quasi-absente pour la mise en valeur d’une narration fluide et bien construite. On se laisse porter par le rythme de l’histoire et on s’accroche au destin des personnages. Difficile, en effet, de laisser la console de côté tant l’histoire nous accroche et nous perturbe. Une belle réalisation qui méritait d’être localisée pour le public occidental.

Un Visual Novel poignant
9
Un Visual Novel poignant

Chaos;Child se révèle lentement aux joueurs comme un Visual Novel de science-fiction et de fantastique bien écrit dont l'histoire ne cessera guère de surprendre. On y retourne avec plaisir, cherchant à comprendre les motivations de chaque personnage.

Les plus
  • Personnages crédibles
  • Ambiance réussie
  • Qualité des textes
  • Bonne durée de jeu
Les moins
  • Seconde moitié moins crédible
  • Jeu excessivement passif
  • Visuel sans trop de personnalité contrairement à un Steins;Gate
  • Une histoire passionnante qui nous laisse pensifs
    9
Catégories
CritiquesPlaystation
Ce fut en écoutant Navi qu’il est tombé à jamais dans le jeu vidéo. Et en voulant se relever, il découvrit la Force. Geek et gamer (et traducteur quand il peut), il est un inconditionnel de Nintendo, des RPG et des jeux de stratégie. Entre deux Final Fantasy, il s’intéresse à la localisation des jeux et à leur impact socioculturel.
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