Game Pass et son impact potentiel sur l’industrie du jeu vidéo

Ma mâchoire s’est décrochée lorsque Microsoft a annoncé que tous leurs prochains jeux publiés par Microsoft Studios (Halo, Forza, Crackdown, Gears of War, Sea of Thieves, Age of Empire et beaucoup d’autres) seraient disponibles À LEUR SORTIE sur le service Game Pass. Pour 12 $ par mois, Game Pass est un service indépendant de Xbox Live Gold, qui vous donne accès à plus d’une centaine de jeux.

En gros, le modèle d’affaire de Netflix est sur le point de devenir une réalité dans le domaine du jeu vidéo. Et si Microsoft le fait, on peut s’attendre à ce que la concurrence embarque elle aussi dans le train, changeant drastiquement la façon dont nous consommons des jeux.

« Oui mais Martin, PlayStation Now existe depuis plusieurs années maintenant ». Vrai, mais c’est le fait d’avoir accès à des jeux tout neufs qui change la donne. D’autant plus que Game Pass vous permet de télécharger le jeu complet sur votre machine, et non d’être streamé.

À date, la sélection n’est pas à tout casser : beaucoup d’indies, quelques jeux un peu vieillots, et de gros points d’interrogation (Casey Powell Lacrosse 16, vraiment ?). Ce sont les gros titres qui volent la vedette : Halo 5, Halo Wars 1 & 2, tout les Gears of War, les Fables, le catalogue complet de Rare, etc. Microsoft s’engage à ajouter quelques nouveaux titres par mois, de quoi nous tenir occupé. Vous pouvez vous désabonner ou réabonner n’importe quand, tout en conservant vos sauvegardes.

L’ajout des nouvelles sorties de Microsoft y ajoute énormément de valeur : quelqu’un comme moi qui se procurait les Forza annuellement mettait déjà 80 $ plus taxes (92 $) sur la table. Il suffit donc d’ajouter 52 $ (l’équivalent de 4,33 $ par mois) pour avoir accès à toute la librairie Game Pass. Si vous aviez l’intention d’acheter deux des ces nouveaux jeux, l’achat du Game Pass vous fera faire des économies.

Une solution pour les joueurs

La vérité, c’est qu’en ce moment, le consommateur ne sait plus où donner de la tête. Il y a simplement trop de jeux, et ce n’est bon pour personne. Les joueurs osent moins prendre de risques sachant que leur temps est maintenant précieux, et les éditeurs ont de la difficulté à attirer le spotlight sur eux dans la foulée des grosses sorties.

C’est pourquoi le modèle « Netflix » est une bonne alternative : le développeur reçoit une compensation pour être sur le service, tandis que les joueurs s’amuseront à tout essayer, et deviendront peut-être fans d’un studio dont ils ignoraient l’existence. Ça donne une deuxième vie à certains vieux titres (monétairement), ça peut servir de publicité pour un prochain jeu, et ça permet à des gens moins fortunés de s’amuser avec un budget limité. Le problème du « backlog » est éliminé, puisqu’on n’a pas à se sentir mal pour un jeu non terminé lorsque le plaisir n’y est plus. La culpabilité de « j’ai payé ce jeu plein prix, je dois le finir » s’envole alors en fumée.

Comme Netflix, ce ne sont pas TOUTES les dernières sorties qui s’y retrouveront, et c’est normal. Ça ne remplacera jamais la vente de jeu complet, mais comme les « Netflix Originals », le financement de Microsoft à lui seul pourrait être satisfaisant pour certaines productions.

La frustration des commerçants obsolètes

Ce n’est pas tout le monde qui est heureux de la nouvelle : les commerçants qui survivent grâce aux jeux usagers sont en furie. Un propriétaire de magasin en Autriche est particulièrement amer. Gameware a décidé de retirer tous les produits Microsoft de ses tablettes en disant : « Si Microsoft ne veut pas nous supporter, je ne vois pas pourquoi je les supporterais ».

Cet extrémiste ne semble pas vouloir se confronter à la réalité. Premièrement, Game Pass n’affecte aucunement la vente de nouveaux jeux pour le moment. Le seul perdant à date, c’est Microsoft elle-même. Deuxièmement, les jeux vidéo prennent lentement mais sûrement le virage numérique. Même que ce changement est plutôt lent sur console, alors que les copies physiques sur PC ont pratiquement disparu depuis au moins 5 ans. Tout comme les magasins spécialisés en logiciels PC ou les clubs vidéo, les commerces de jeux vidéo usagés sont amenés à disparaître, ou du moins, être beaucoup moins présents qu’avant.

D’ailleurs, les développeurs ne touchent aucun sou sur la vente de jeux usagés. Les EB Games et compagnie donnent de moins en moins de crédit en retour (selon mon expérience), alors qu’ils revendent les copies usagées presque au plein prix. Si ça se trouve, ces commerçants sont peut-être victimes de leur propre abus, et Game Pass est justement une réponse à la vente de jeux usagés.

Comment rendre ce modèle valide

Et si le modèle Netflix est adopté sur toutes les plateformes, quels seraient ses effets à long terme ? (Tout ce qui suit n’est que spéculations).

Je pense qu’on se rapprocherait du modèle mobile, pour le meilleur et pour le pire. Si les développeurs vous donnent accès à leur jeu dans ce forfait à 12 $, le profit devra être fait autrement.

On pourrait y voir par exemple une fragmentation du contenu. La campagne pourrait être divisée en épisodes payants, vous offrant le premier gratuitement. Ça peut sembler être un point négatif, mais d’expérience, j’ai récemment acheté des jeux après avoir testé leur essai minuté d’une heure. Je ne pensais pas aimer ces titres du tout et j’ai été charmé par la première heure. Ça pourrait être une renaissance du démo. Si plus de joueurs sont exposés à votre produit, ça vous fait potentiellement plus d’acheteur. Si le contenu total coûte environ 80$, c’est l’équivalent d’un jeu complet, avec la possibilité d’arrêter quand on veux, ou d’étaler l’achat sur plusieurs semaines.

D’autres pourraient miser sur la vente de costumes, de taunt ou autre éléments esthétique qu’une partie des joueurs acheterait sans trop réfléchir, heureux de supporter leur jeu favoris.

Les fameuses loot boxes pourraient bien sûr devenir une norme, mais avant de pleurer, sachez qu’il est possible de réussir à rendre ce modèle excitant et juste pour le joueur. Si Forza Motorsport 7 avait été gratuit sur Game Pass, ses loot boxes controversées seraient passées comme du beurre dans la poêle, parce qu’elles n’empêchent personne de profiter du jeu.

Les jeux à 80$ ne disparaîtront jamais, mais peut-être que Game Pass est le premier pas vers une petite révolution dans l’industrie du jeu vidéo. Si les services à la Netflix vous intéressent, jetez un oeil à Utomik, qui propose un catalogue de 725 jeux PC. Et si Steam lançait le même genre de services?

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C’est un gamer, fan de science-fiction, de BD, de jeux de société et de musique électronique. Bref, un geek. Rédacteur depuis 2008, il adore partir à la recherche de jeux uniques, peu importe leurs dates de sortie ou leurs pays d’origine.

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