Dungeon Stars – La guerre des étoiles

 

Il y a de ces jeux dont on ne se méfie pas au premier abord. Ils vous désarment avec leur petit air inoffensif : des graphismes bon enfant, une musique entraînante et un gameplay qui semble à la portée de la première mémé qui cherche un exutoire entre deux sudokus. Bref, un jeu sur lequel lèveraient le nez les supposés « vrais gamers ».

Détrompez-vous.

Un trésor bien caché

Dungeon Stars, un nouveau-né de chez Furnace Games, nous invite à monter à l’assaut de donjons souterrains en quête des étoiles manquantes dans les constellations de son monde. Il s’agit d’un jeu hybride, dont la majeure partie de l’ADN est redevable aux infinite runners mais qui emprunte beaucoup aux dungeon crawlers. Il a certes les allures de quelque chose qu’on installerait sur une tablette pour occuper les enfants au resto, mais, comme vous verrez, ça va plus loin que ça. En effet, le jeu recèle une complexité insoupçonnée qui ne tarde pas à nous désarçonner puis, passé la surprise initiale, à nous envoûter.

C’est ce qu’il m’est arrivé : je suis tombé dans le piège de la simplicité apparente. Il s’agissait de ma première expérience aux commandes d’un jeu de type infinite runner donc je faisais non seulement mes premiers pas à Dungeon Stars mais dans le genre en entier aussi. Sur le coup, je n’ai pas vraiment fait attention – des couleurs vives, des petits bonshommes à la bouille sympathique et des gobelins qui font « argh! » en mourant de façon grand public – rien de vraiment imposant. J’ai quand même sondé les tréfonds de la cathédrale de Tristram, mes yeux de sorceleur ont traqué les bêtes les plus féroces, et j’ai combattu aux côtés des héros de Sovngarde. Je n’allais pas être impressionné par un donjon qui se parcourt en un peu plus d’une minute.

Et pourtant, force est d’admettre que Dungeon Stars m’a conquis. Je crois que le point tournant est arrivé quand j’ai fini par passer ce que j’appelle « le point S », la barrière des scrubs. C’est ce moment où il devient évident qu’il sera impossible de progresser sans avoir maîtrisé les mécaniques du jeu. C’est la limite au-delà de laquelle le button mashing ne suffit plus; il faut avoir appris à jouer.

 

 

Cliquons et draguons

Pour bien vous faire comprendre, je dois vous expliquer sommairement le schème de contrôle de Dungeon Stars : deux boutons à la base – un pour frapper et bloquer, et l’autre pour briser les défenses des ennemis plus costauds. On ajoute quelques boutons pour changer de personnage et quelques-uns encore pour des pouvoirs spéciaux, et c’est tout. Au total, il y en a pour une main et demie. On est loin ici d’un simulateur de vol!

À mes débuts dans le jeu, je me contentais de faire tap-tap-tap d’un seul doigt et ça passait. J’ai même fait l’expérience de ne pas toucher du tout au clavier et mon personnage avait l’air de bien se débrouiller sans mon aide. Je commençais à avoir des impressions de clicker game bien poli lorsque le point S a été atteint! À partir de ce moment, j’ai dû me concentrer pour sauver la peau de mes petits bonshommes rigolos. Les adorables gobelins n’étaient plus de simples dos d’ânes; il étaient désormais des ennemis dignes de respect que j’allais devoir apprendre à vaincre, non par la force mais par l’esprit.

Il me fallait apprivoiser les mécaniques que j’avais jusque-là négligées. Par exemple, le rapport de force entre héros et ennemis est lié à un système de roche-papier-ciseaux qui fonctionne avec des couleurs : rouge bat vert, vert bat bleu et bleu bat rouge. (Les plus vieux d’entre vous avez la permission de sombrer dans un flashback de Battle Beasts.) Un joueur prévoyant examinera donc les plans des donjons présentés dans l’intro des quêtes pour savoir quels héros choisir pour tirer son épingle du jeu. De même, comme la couleur des ennemis peut changer au beau milieu d’un étage de donjon, il faut parfois changer de héros façon tag team pour faire face à une menace contre laquelle notre bastonneur en fonction serait vulnérable à ce moment-là.

Autre niveau de complexité : le timing des attaques. Tout allait bien tant que je faisais face à des fantassins sans subtilité, voire l’occasionnelle grosse brute. Au pire, il s’agissait de bloquer au bon moment et de briser les défenses de l’ennemi quand l’opportunité se présentait. Mais placez un ou deux de ces malabars avec une batterie d’artillerie de mages en renfort et ça devient une toute autre paire de manches. Soudainement, il faut penser que les projectiles magiques pleuvent en même temps qu’il faut gérer les attaques pas nécessairement synchros des molosses devant vous. Fini de jouer au pivert sur une touche, maintenant il faut devenir pianiste.

 

 

« La faute n’en est pas à nos étoiles. »

Je l’admets : j’ai pesté à quelques reprises. Je ne vous raconte pas les ignobles fins auxquelles ont été réduits mes héros, le tout en contraste aux couleurs vives et aux airs légers qui agrémentaient leur trépas. Par contre, je n’ai pas une seule fois pu reprocher à Dungeon Stars de m’avoir lâchement vaincu. Tout ce qui est nécessaire pour gagner est là devant nous : les plans des niveaux, les couleurs des ennemis, les gestes qu’ils préparent et les bruits qu’ils font. À toutes les fois que j’ai échoué, je savais parfaitement où je m’étais trompé et – surtout – comment je pourrais faire mieux la prochaine fois.

En ce sens – et je vous prie de me pardonner cette comparaison étriquée – Dungeon Stars est un peu comme Dark Souls : un jeu aux mécaniques simples mais qui ne pardonnent pas d’être négligées. Malgré ses dehors colorés qui rappellent un Castle Crashers, c’est un titre sévère mais juste, qui va au-delà d’un simple bouffe-temps pour procurer un véritable sentiment de réalisation à celui qui lui accordera le sérieux qu’il mérite.

Et si vous voulez vraiment ces étoiles, vous devrez faire la guerre à Dungeon Stars. Je suis convaincu que vous vous délecterez de chacune des batailles que vous aurez à livrer.

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Littéraire académique défroqué mais toujours pratiquant, Yannick Morin est tombé dans l’enfer dantesque des jeux vidéo quand il a réalisé qu’il aimerait bien faire ce qu’il aime dans la vie. Il s’y vautre depuis, pour votre grand plaisir.

2 commentaires
  • Groswouf
    27 avril 2018 at 09:35
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    Mes félicitations pour cet article fort bien rédigé mon cher Yannick ! :D

    Ça m’a BEAUCOUP donné envie d’y jouer, c’est finement présenté, mission accompli.

    Gros GG à toi ! :)

    • Yannick Morin
      27 avril 2018 at 21:32
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      Merci beaucoup, mon cher! Quand tu auras joué au jeu toi-même, n’oublie pas de repasser ici pour nous laisser tes impressions! :)

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