L’Overwatch League, la cours des cancres?

On l’aura attendue longtemps, cette révolution de l’esport amenée par Blizzard et son Overwatch League. Ses franchises toutes neuves à 20 millions, son arène spécialement dédiée à ce spectacle...

On l’aura attendue longtemps, cette révolution de l’esport amenée par Blizzard et son Overwatch League. Ses franchises toutes neuves à 20 millions, son arène spécialement dédiée à ce spectacle avant-gardiste, mis de l’avant par un calendrier plutôt bien chargé. Et on ne peut le nier, ça fonctionne. Enfin on dirait bien, vu comme l’OWL défraye la chronique par ses multiples scandales autour de ses joueurs. Propos racistes ou homophobes, gestes irrévérencieux, boosting & partages de compte, le bingo est quasi-complet, ne manque plus qu’un match-fixing pour boucler la boucle des crimes esportifs.

Ultime débat déchirant la communauté, l’attitude effrontée de Carpe, narguant son adversaire avec un accroupi répété, et hué par le public : le “Teabagging”, c’est mal, ‘voyez. C’est plus d’une dizaine de dramas qui auront maintenu les médias bien occupés ces derniers mois, avec le Québécois xQc en tête de cortège, bien évidemment.

Le cumul des mandales

Et Jack en Profit, en plus

Aller, un petit rappel des faits histoire de remuer la Dragonblade dans la plaie. Je n’ai probablement pas besoin de détailler les diverses exactions de xQc, se faisant piéger dans le trash talk, spammant les mauvaises emotes Twitch au mauvais moment, et exprimant un peu trop franchement ses opinions sur Twitter. Le naufrage des Dallas Fuel ne se limite pas au sulfureux tank : Taimou un peu trop véhément dans ses propos, OGE suspendu pour “account-boosting”, Rascal et le coach KyKy remerciés, l’équipe fondée par la structure EnVyUs boit le calice jusqu’à la lie. Un zéro pointé, presque aussi bas que la fiche actuelle des Shanghai Dragons.
Eqo et son regard asiatique, Profit et son malheureux doigt dressé à la production, les tweets de TaiRong et sinatraa à l’humour peu goûté par Blizzard, Undead, Kushu et Silkthread qui se permettent un peu trop de largesse dans les comptes… Si ces multiples infractions au code de conduite imposé par Blizzard n’ont pas vraiment grand-chose de nouveau en sport électronique, la liste est bien longue pour une ligue jeune d’à peine quatre mois.
Alors, l’Overwatch League, une concentration de jeunes talents pourris gâtés, ou juste une autre scène de haut niveau et ses habituels déboires?

Le pari que représente L’OWL est immense, et les conséquences d’un échec retentissant comme prédit par quelques oiseaux de mauvaise augure pourraient être majeure, pour un domaine en pleine explosion pour les uns, en pleine bulle spéculative pour les autres. Blizzard n’a pas vraiment le droit à l’erreur, et pour réussir son pari, encadre ses joueurs de près, très près, comme le détaille le fameux code of conduct révélé par le journaliste Richard Lewis. Que ce soit sur scène ou dans leurs propres streams personnels, les joueurs sont la façade de l’OWL et la moindre maladresse est sanctionnée, jusqu’à provoquer des situations ubuesques comme le fameux communiqué du coach des Los Angeles Gladiators dpei, s’excusant pour avoir osé bousculer par mégarde deux joueurs adverses. Un point est à mettre dans le panier de Blizzard, qui n’a rien à envier à Riot dans ce domaine : on veille au grain.

L'esports, terre de dramas

Rien de surprenant donc à ce que des joueurs dont c’est pour la plupart leur première expérience sous les feux des projecteurs commettent des “maladresses”, du moins pour les infractions les moins sérieuses. Pour le reste, on est probablement face à un effet de loupe, à mon humble avis. L’OWL n’a certainement pas inventé le Elo-boosting, et les listes de joueurs bannis par Valve sur Dota 2 ou CSGO sont également bien fournies. Mais la ligue est au coeur de l’attention médiatique, voulant percer vers le grand public, et la moindre vague est relayée et frappée instantanément par Blizzard.
Cette pression médiatique, les joueurs en sont certainement bien conscients, et la gérer n’est probablement pas l’une des qualités premières pour exceller au maniement de sa Tracer, même si elle fait dorénavant partie du boulot d’un joueur professionnel.
Le succès peut vite monter à la tête, et expliquer (mais pas excuser, bien évidemment) des comportements honteux, comme le cas DreamKazper tout récemment. La bulle

RIP, Life.

dorée dans laquelle sont placés ces joueurs, qui dépassent rarement les 25 printemps pour la plupart, vivant tous dans des gaming houses, ne doit certainement pas aider non plus. Nombre d’entre eux ne passent pas la vingtaine, et serrer la vis à des grands ados, on peut se douter des résultats parfois contre-productifs qu’on peut en tirer.
Valve avec Dota 2 et CSGO a eu fort à faire et s’est souvent montré intransigeant, comme dans la célèbre affaire iBuyPower, arbre qui cache une forêt bien épaisse. Mais c’est surtout la Corée du Sud qui a prouvé à maintes reprises qu’on peut être sans pitié lorsqu’il s’agit de remettre en cause l’intégrité compétitive d’une scène esports, en témoignent les bannissements à vie écopés sur Broodwar ou Starcraft II. Les commentateurs sud-coréens n’ont d’ailleurs pas vraiment hésité à faire part de leur désapprobation quant aux sanctions prises par Blizzard envers OGE, coupable de boosting.

Alors oui, les joueurs sont tout aussi jeunes, et tout autant placés sur un piédestal sur League of Legends, qui n’est d’ailleurs certainement pas épargné par les scandales, l’affaire Krepo n’étant pas si loin de celle de DreamKazper. Mais nous sommes dans la saison inaugurale de l’Overwatch League, et il était certainement prévisible que ce lancement serait tout sauf un long fleuve tranquille. Il faudra du temps à Blizzard et aux organisations pour s’adapter, et être capable d’encadrer correctement ses jeunes talents. Somme toute, l’OWL reste pionnière dans son concept, et Rome ne s’est pas faite en un jour.
Les plus cyniques iront avec l’adage “parlez-en en mal, parlez-en en bien, mais parlez-en”, allant jusqu’à suggérer que de tels scandales font l’affaire de Blizzard. Peu probable, étant donné à quel point la recherche d’une image lissée est prépondérante dans la stratégie de la compagnie, quitte à peut-être dénaturer ce qui a fait l’esports, pour le meilleur comme pour le pire.

L'Overwatch League, un Titan à roder

Le cumul de la pression mise par Blizzard, l’attention médiatique provoquée par un projet à la construction si éloignée de l'héritage de l’esport, et la presque habituelle immaturité de joueurs passés de l’ombre à la lumière en quelques mois expliquent ce feux d’artifice. En attendant les preuves de complots des Illuminatis ou hommes-lézards, il faudra s’en tenir à observer attentivement comment le développeur va gérer ces multiples crises : l’expansion de sa ligue dépend clairement de l’image renvoyée par cette saison inaugurale, pour convaincre les gros portefeuilles européens d’entrer dans la danse. Les problèmes sont cruciaux, et souvent graves. Il ne fait aucun doute qu'aucun ne seront pris à la légère, jusqu'à l'excès parfois. Mais non, la scène d'Overwatch n'est certainement pas pire qu'une autre. C'est son contexte construit par Blizzard, et sa mise sous les projecteurs, qui révèle des maux qu'on retrouve partout, y compris en sport traditionnel. L'esports n'a certainement pas inventé la bêtise humaine.

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Opinion

Tombé dans la NES quand il était petit, c’est un fan de jeux vidéo depuis l’enfance. Console, puis PC, c’est l’avènement d’internet qui scellera sa passion pour le jeu en ligne. FPS, STR, MOBA, un café, l’addition, tout l’intéresse, et il suit avec attention la scène pro à travers le monde. Au diapason de ses origines, il trouve son inspiration au sein d’une organisation secrète: #FrenchWhine.

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