Monster Prom : un amour monstrueux

Le simulateur de fréquentations (dating simulator) est un genre particulier qu’il faut généralement approcher avec un peu de recul et de légèreté. Monster Prom profite amplement de ce genre pour donner une expérience ludique spéciale quoique de trop courte durée.

Les goûts ne se discutent pas, diront certains. Si tous les goûts sont dans la nature, alors il n’est pas étonnant de voir des monstres se courtiser des heures durant, comme des adolescents ne sachant pas trop comment s’y prendre. Monster Prom s’élance de ce côté en employant des monstres mythologiques et mythiques à la place des  êtres humains - ou bien des pigeons ou des tanks, si vous suivez le monde des dating simulators. Plus étrange encore, ce simulateur de fréquentations permet de jouer à plusieurs joueurs, en local ou en ligne.

Ce jeu inusité nous provient d’un studio indépendant de Barcelone, Beautiful Glitch. Monster Prom est leur premier titre et, par conséquent, se doit de représenter leur conception du jeu vidéo. À cet effet, je me permets de vous traduire comment le studio considère son premier titre :

« Monster Prom reflète notre opinion sur les jeux indies qui n’arrivent pas toujours à offrir une narration moderne, nouvelle et soignée, similaire à ce que nous nous attendons des émissions de télé. [...] C’est un ton bien spécifique que nous rencontrons rarement dans le jeu vidéo. [...] Les jeux vidéo sont victimes d’un double standard quand il est question de tabou. La violence est un thème commun largement partagé, mais le sexe, la drogue et d’autres thèmes sont rarement abordés et sont plus souvent critiqués. Nous voulons s’attaquer à ce problème d’une manière légère et parodique. »

C’est avec leur mission en tête que j’ai abordé leur jeu. Sans cette mise en contexte, Monster Prom est un simulateur curieux, un ovni difficile à classer, d’une durée de vie entre 30 et 60 minutes. C’est une expérience stupéfiante, cocasse, osée et déplacée. Quelque chose qui, sans me sortir de ma zone de confort, m’a tout de même convaincu d’y investir plus de temps.

Jouer à coup de 30 minutes

Monster Prom détonne par sa mise en situation. Il reste trois semaines avant le bal des finissants de l’école secondaire où tous ces monstres étudient ensemble. Ils ont tous au-dessus de 18 ans - pour des raisons légales - et ont des comportements peu représentatifs des élèves du secondaire; mais bon, prenons cela comme acquis et normal. Chaque semaine se déroule en trois séquences d'événement (matin, midi et soir) durant lesquelles vous pouvez interagir avec vos camarades de classe. Vous pouvez même acheter des objets qui, parfois, sont nécessaires pour certains interactions ou encore pour enclencher des évènements spécifiques. Au total ? Le jeu cumule 22 fins, 388 évènements et donc 1384 conclusions. De quoi vous tenir occupé pour de nombreuses, mais de nombreuses heures.

Le quatrième mur est constamment brisé par un narrateur un peu blasé.

Vous commencez en choisissant le nombre de joueurs et la durée du jeu (approximativement 30 ou 60 minutes; mais personnellement j’ai complété la partie de 60 minutes en 30). Vous choisissez par la suite lequel des quatre monstres vous désirez incarner et quel pronom vous voulez utiliser (inclusif en plus pourquoi pas !). Vous suivez la séquence en  3 ou 6 semaines (même si la partie la plus longue dit qu’elle se fait en 3 semaines, le nombre de semaines monte à 6 à la fin; probablement une erreur de texte). Un rythme accrocheur qui se prête bien à des parties rapides et concises, et parfois particulièrement éclatées.

Un dating simulator à plusieurs

Chose certaine, c’est que je trouvais le jeu quelque peu vide et sans profondeur en y jouant seul dans mon coin. Après tout, perdre après 30 minutes de jeu - c’est difficile de réussir à sortir avec quelqu’un dans ce jeu -, je me demandais quelles étaient les raisons pour continuer d’y jouer. Pour de potentielles fins supplémentaires où je sais que mon personnage sort avec quelqu’un? Comme le système de calculs pour sortir avec quelqu’un me paraît un peu abstrait, pourquoi je continuerais?

D'entrée de jeu, le ton des répliques est donné.

Ma seconde partie, j’y ai joué à deux. Les tours sont alternés, et ce que fait un joueur sera par la suite impossible pour l’autre jusqu’au jour suivant : si je déclenche un événement dans la salle de classe, celle-ci sera inaccessible aux autres joueurs. Cette mécanique ajoute un niveau de difficulté et une certaine compétition : qui sera le premier des joueurs à arriver à son objectif?  Ajoutez à cela un humour décapant, des références à la culture populaire et des discussions parfois déplacées, mais qui profitent de l’univers déjanté pour être mises de l’avant, et vous avez un dating simulator qui sort de l’ordinaire.

Certes, du côté visuel, ce n’est pas le jeu de l’année. Les dessins sont sans réelle profondeur et les personnages ont différents costumes mais sans plus de variété. Artistiquement, ça tombe un peu à plat. De même pour les décors. C’est joli, sans plus. La musique m’a laissé particulièrement de marbre comme la performance des acteurs, si je peux appeler ça une performance. Si bien que j’ai rapidement coupé le son et mis ma propre musique.

On y retrouve plusieurs références culturelles issues de la culture pop.

En bref, Monster Prom ne renouvelle pas le genre du dating simulator, ni ne met de l’avant de nouvelles caractéristiques. Beautiful Glitch innove avec une narration courte mais punchée qui se divise en un nombre faramineux de possibilités. Le studio joue risqué en faisant abstraction des tabous sociaux en les abordant directement, sans détour. Avec cette première mission narrative complétée avec un certain succès - leur objectif est atteint malgré tout -, il ne serait pas étonnant de voir d’autres projets innovateurs se profiler à l’horizon. Je suis bien curieux de découvrir leurs prochains titres, même si je demeure quelque peu sceptique quant à leur méthode de marketing, la présentation visuelle de leurs titres et le prix de vente à 13,49 $ .Le jeu est malgré tout cher pour ce qu’il offre. Si vous cherchez un simulateur de fréquentations, il est possible d’en trouver d’autres tout aussi intéressants, quoique peut-être pas aussi francs et directs.

Je garderai un oeil sur le studio, mais il leur faudra plus qu’un dating simulator complété en 30 minutes pour se frayer un chemin dans le marché des jeux indépendants.

Bien, mais court
7
Bien, mais court

Monster Prom arrive à un moment où les simulateurs de fréquentation prolifèrent. Il innove en proposant une pléthore de fins et en jouant sur les caractéristiques du genre pour développer une histoire complexe qui brise certains tabous. L'expérience en vaut la peine pour les adeptes du genre bien qu'il soit un peu cher par rapport au contenu qu'il offre.

Les plus
  • Beaucoup de fins possibles
  • Narration qui brise des tabous
  • Expérience multijoueur
Les moins
  • OST quelconque
  • Très court
  • Un beau départ pour ce nouveau studio indépendant
    7
Catégories
CritiquesMicrosoft

Rédacteur, linguiste et étudiant à la maîtrise en traductologie, il oriente son regard vers les impacts sociaux et culturels des jeux.

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