Critique : Stay, un thriller psychologique qui ne laisse pas de marbre

Stay, un jeu indie sorti tout récemment, propose une immersion incroyablement bien réussie dans un thriller psychologique qui risque de ne pas vous laisser indifférent.

Créer une atmosphère glauque et une sensation étouffante avec uniquement des pixels n’est pas une chose aisée. C’est pourtant ce que le studio indépendant barcelonais Appnormals Team nous propose avec Stay, leur dernier titre publié par PQube qui vient tout juste d’arriver sur Steam. Je tiens à le préciser d’entrée de jeu : Stay est troublant et angoissant. À ne pas jouer si l’on est soi-même sujet à la dépression ou à des troubles d’angoisse. Je vous propose aujourd’hui un jeu qui est une métaphore de la dépression et de problèmes psychologiques.

Dans Stay, vous incarnez votre propre personne, devant son propre ordinateur, qui vaque à ses occupations. Vous devez venir en aide à Quinn, un psychologue en repos forcé pour des raisons de santé mentale. Quinn s’est fait kidnappé par quelqu’un - un patient? Un ennemi? Un simple fou furieux? - et se retrouve coincé dans une salle glauque et lugubre. Sa seule interaction avec le monde extérieur est un vieil ordinateur qui fonctionne on ne sait trop comment. La seule application accessible est une salle de clavardage avec vous. Ni lui ni vous ne savez pourquoi vous avez été lié par cette salle virtuelle. Vous ne vous connaissez pas et vous êtes la seule source de réconfort, d’aide et de soutien à Quinn.

L'un des rares jeux pour lesquels je suis d'accord avec la notice. Stay ne rate pas sa cible et atteint directement des thèmes parfois inexistants dans les jeux.

La mise en situation évoque les thèmes usuels des thrillers psychologiques ou des films d’horreur qui mettent de l’avant l’ambiance plutôt que le sang. Chaque détail du jeu est pensé dans cette optique. L’atmosphère créée par la musique d’ambiance et le choix des couleurs, le visage paniqué de Quinn qui change selon les discussions que vous aurez avec lui. Oui, vos interactions sont programmées par le jeu - on n’est, je crois, pas encore rendu au stade du sandbox d’horreur narratif -, mais elles ont néanmoins un impact sur votre relation avec Quinn. Vous avez accès, toujours dans le seul et unique menu de clavardage, à l’état de votre relation avec Quinn. Empathique ? Bien. Stressé, angoissé, mélancolique? Un peu moins. Il faudra trouver le moyen de le rassurer ou de l’aider à sortir de la pièce. Et plus vous interagissez avec Quinn, plus vous comprendrez sa personnalité et serez en mesure de répondre ce qu’il désire entendre pour être rassuré. Ou pas, si vous êtes une personne toute aussi machiavélique que celle qui l’a enfermé dans cette pièce.

Deux vies entremêlées

Plus votre expérience avance, plus vous vous rendrez compte que vous avez un réel impact sur Quinn. Vous partez travailler - dans la vraie vie - ou encore vous décidez de faire quelque chose d’autre? Parfait. Libre à vous. Mais Quinn, lui, continue d’exister tant que vous n’aurez pas terminé votre partie. De son côté, il remarque que vous êtes absents, que vous l’avez laissé à lui-même alors qu’il est en situation de détresse. Il vous le fera savoir lorsque vous vous reconnecterez. Ça, c’est s’il est toujours en vie, s’il est devant la caméra. Car, durant votre absence, vous n’avez aucune idée de ce qui peut lui arriver.

Si vous pensez que Quinn ne remarquera pas votre absence...

Risquerez-vous de laisser Quinn vivre son enfer seul sur une semaine ou tenterez-vous de lui venir en une séance de jeu de quelques heures ?

La force incroyable derrière Stay, c’est sa narration. Ses textes sont écrits avec soin; les traductions vers le français sont aussi excellentes malgré quelques coquilles ici et là. Vous entendez Quinn taper sur le clavier de l’ordinateur. Vous voyez ses textes défiler devant votre écran alors que vous le voyez par la caméra qui réfléchit à ce qu’il va dire. En jouant au titre en plein écran, vous avez une sensation d’authenticité. Ajouter à cela des écouteurs et une séance de jeu tranquille, loin de toute distraction, et vous aurez une immersion étonnement réussie pour un jeu de pixels. Les textes sont excellents, les références socioculturels (on parle littérature, film, évènements mondiaux - bref de tout) rendent la discussion encore plus authentique - je me suis même permis, lors de ma partie, de faire une référence au Seigneur des Anneaux.

Des mécaniques qui se prêtent à l’histoire

Parfois, vous aurez des séances passives où vous observerez ce que fait Quinn dans la pièce. Il cherche évidemment une sortie, mais aussi des indices sur pourquoi il s’y trouve. Vous observerez le tout passivement, aussi anxieux que lui peut-être, de savoir ce qu’il va se passer. Chaque porte est une dose d’inquiétude; chaque bruit devient un danger potentiel. Pour lui venir en aide, vous aurez à compléter des casse-têtes et autres énigmes, relativement faciles. Rien de bien stressant ou d’inquiétant; cela permet seulement de changer le rythme du jeu et d’alléger le fardeau du joueur.

Mais ne pensez pas utiliser cette pause dans votre discussion avec Quinn pour sauvegarder et quitter le jeu. Non, le jeu ne fonctionne pas ainsi. Vous pouvez seulement fermer le jeu - et enregistrer votre progrès - lorsque vous discutez avec lui. Comme si vous demandiez de l’aide à quelqu’un sur votre compte Facebook, pour seulement voir la mention « Lu » et que cette personne est désormais déconnectée. Un peu troublant, n’est-ce pas ?

Je dois avouer que cette réplique sanglante m'a (un peu) marqué.

Stay s’est révélé une expérience vidéoludique qui m’a surpris. Une expérience qui me hante encore. Bien malgré moi, je n’ai pu compléter le jeu en une semaine, malgré sa courte durée de vie. Non pas qu’il soit lourd, démoralisant ou encore mal conçu. C’est plutôt l’inverse : il est trop bien conçu. Pour des raisons personnelles, je ne suis pas indifférent aux thèmes abordés dans le jeu, comme la dépression ou l’angoisse. Je ne pouvais, sincèrement, y jouer constamment - sauf d’un coup - sans me tenir mal pour Quinn, ou encore sans avoir cette arrière-pensée, en vaquant à mes occupations, que Quinn allait peut-être être mort à mon retour. Qu’est-ce qui allait m’attendre après plus de 24 heures sans lui parler?

Assister impuissant à Quinn qui fond en larmes sur un fauteuil... Avec la mention « laissez à vos risques et périls ».

Stay est une expérience à vivre, avec des mécaniques innovantes et une immersion addictive; un thriller psychologique qui mérite le détour. Une expérience que je vous recommande chaudement.

Troublant et envoutant
9
Troublant et envoutant

Stay est un curieux jeu qui ose autant du côté des mécaniques que de l'histoire. L'ambiance, les textes, la mise en situation; autant de petits détails qui viennent nous chercher et nous hanter lorsqu'on s'éloigne du jeu. À découvrir, mais avec parcimonie.

Les plus
  • Univers immersif
  • Le jeu continue sans le joueur
  • Ambiance réussie
  • Thèmes pertinents et bien abordés
Les moins
  • Un peu court
  • Jeu passif
  • Une expérience inoubliable
    9
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Critiques
Rédacteur, linguiste et étudiant à la maîtrise en traductologie, il oriente son regard vers les impacts sociaux et culturels des jeux.
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