Illusion: A Tale of the Mind – Désillusionné

Frima Studio est de retour avec un jeu original! Illusion : A Tale of the Mind nous propose une aventure narrative parsemée de casse-têtes et d’exploration. Il débute alors qu’Emma, une fillette accompagnée d’une peluche magique volante, se retrouve à un bien drôle d’endroit. Un monde entre le rêve et l’imagination, où règne une force obscure mystérieuse. Le plus grand plaisir du jeu est de découvrir peu à peu où nous sommes, pourquoi, et quels sont les événements qui ont mené à cette histoire tordue.

Emma essaie donc de s’échapper de cet endroit, que l’on doit explorer attentivement. Les chapitres sont divisés en espaces ouverts (qui s’étendent sur plusieurs sections, parfois labyrinthiques). On y trouve des audiologs, qui racontent l’histoire du père d’Emma, ainsi que plusieurs pièces de tangram, ces puzzles qui serviront à débloquer la porte vers le prochain niveau. On y croise aussi des casse-têtes de perspective, où le but est de constituer une ombre précise en bougeant des objets devant un projecteur. Sinon, des interrupteurs à activer pour ouvrir des passages, quelques séances de platforming par-ci, quelques batailles de boss par-là, et on a fait le tour d’Illusion : A Tale of the Mind.

Étrangement, on nous le vend surtout comme une expérience narrative touchante. Donc dès le début du jeu, j’essayais de deviner le «twist». J’ai peut-être complété trop de jeux indépendants, mais je soupçonnais le thème «du père alcoolique» ou du «cancer tragique», qui semblaient fort probables. J’ai donc été déçu lors du dénouement : la tragédie dans le jeu est un événement qui relève du fantastique, qui n’est pas enraciné dans le réel comme «That Dragon Cancer» ou dans le possible comme «What Remains of Edith Finch». Il n’y a donc pas de message ou de nuance, uniquement un vilain caricatural aux actions regrettables.

Parlant de caricature, l’intégralité du jeu ne baigne pas dans l’originalité. On est à Paris, en 1920, et on nage dans tous les clichés qui viennent avec. Les cabarets, le cirque, la guerre, un vilain mince à la longue moustache tordue… tout y est. En y jouant, je me suis demandé si l’histoire qui nous est racontée gagne à se dérouler à cette époque, et la réponse est non. C’est uniquement pour servir la direction artistique (qui est peut-être l’aspect le plus réussi).

Mais bon... les années 20, l’univers du cabaret et des cirques, les jeux de perspectives
ça vous rappelle quelque chose? C’est peut-être Contrast, un autre jeu indépendant québécois, datant de 2013. Bien que les différences soient nombreuses, on ne peut s’empêcher de reprocher à Illusion de ne pas amener suffisamment d’idées originales sur la table. Pas étonnant que la recette nous laisse avec le même goût amer.

Des passages frustrants

Imaginez-vous un labyrinthe. Si vous touchez à ses murs couverts de liquide noir, vous mourrez instantanément et devrez recommencer du dernier checkpoint. Maintenant, imaginez-vous un deuxième labyrinthe, mais cette fois, c’est une poursuite avec le même angle de caméra que la scène de l’épaulard ou du camion dans les Sonic Adventure. Vous ne voyez pas devant vous, vous êtes chronométré, et si vous frôlez un mur, vous devez repartir du début. Illusion contient plusieurs scènes comme celles-ci. Elles ne sont pas impossibles, mais elles sont à tout le moins irritantes.

Je suis prêt à laisser passer les énigmes répétitives, les casse-têtes simples et le «backtracking» fréquent, mais sincèrement, ces passages avec morts instantanées sont un obstacle de trop à franchir pour apprécier l’expérience.

Le CÉGEP de Matane

Le labyrinthe le plus difficile a sans doute été la recherche d’information sur le jeu. Il est publié par Ravenscourt, qui est une division de Koch Media Australie, développé par le Groupe PVP Inc, en collaboration avec Frima Studios et le CDRIN. C’est à ce moment que j’ai compris qu’Illusion est probablement né d’un projet étudiant du CDRIN (Centre de développement et de recherche en imagerie numérique du Cégep de Matane).

Si c’est le cas, je dois avouer que je me sens un peu mal de juger ce jeu aussi sévèrement. Pour un projet étudiant, il est fantastique. Il contient tout de même une direction artistique réussie et du level design qui est loin d’être désastreux. Malheureusement, le grand public n’est jamais mis au courant de ses origines modestes. Il n’y verra qu’un jeu à 20 $ avec plusieurs défauts.

Étant maintenant un joueur averti, rien ne vous empêche de vous départir de quelques dollars pour encourager la relève vidéoludique du Québec.

Ce qui est le plus dommage dans tout ça, c’est que Illusion: A Tale of the Mind brise la lancée de jeux géniaux proposés dernièrement par Frima Studios. Chariot restera une de mes expériences co-op favorites, et Fated une aventure VR qui m’a émeut comme nul autre, mais je ne pourrais malheureusement pas me lancer les yeux fermés dans la prochaine proposition de Frima.

Ceci dit, Illusion n’est pas non plus une catastrophe, mais simplement un jeu très ordinaire
qui ne réussit pas à mériter sa place au soleil. Son intrigue m’a assez accroché pour me traîner jusqu’à son générique de fin, et j’ai alors pu enfin pousser un soupir de soulagement que je retenais depuis trop longtemps.

Décevant
5
Décevant

Plein à craquer de clichés du cinéma et du jeu indépendant, Illusion n’est pas à la hauteur des attentes.

Les plus
  • Scénario intriguant
  • Direction artistique particulière
Les moins
  • Plusieurs passages frustrants
  • Influences trop visibles, couvert de clichés
  • Pas aussi touchant qu’on nous dit
  • 5
Catégories
CritiquesMicrosoftPC / MACPlaystation
C'est un gamer, fan de science-fiction, de BD, de jeux de société et de musique électronique. Bref, un geek. Rédacteur depuis 2008, il adore partir à la recherche de jeux uniques, peu importe leurs dates de sortie ou leurs pays d'origine.
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

*

*

Dans le même sujet