Je ne comprends pas le hype Octopath Traveler

J’ai presque terminé Octopath Traveler. Je dis «presque» parce qu’il ne me reste qu’à compléter l’histoire de quelques-uns des personnages… mais je n’y arrive pas.

Pas parce que le niveau de difficulté est trop élevé… mais parce que je m’ennuie. J’ai beau tenter de m’accrocher aux aspects plus positifs du titre (et il y en a, ne vous méprenez pas), je me dois de constater l’évidence : je n’aime pas Octopath Traveler.

 

Quand la nostalgie prend toute la place

Parmi les commentaires positifs que je lis le plus souvent au sujet du petit dernier de Square Enix, il y en a un qui est récurrent : «Ça ressemble tellement aux bons vieux RPGs du SNES! On dirait FF6!»

...sauf que la nostalgie seule ne peut pas soutenir un titre.

Ce n’est pas que je n’aime pas les jeux rétro. Au contraire, j’ai le défaut d’être un peu trop nostalgique. J’aime donc ces jeux d’inspiration rétro. Prenons l’exemple de Shovel Knight.

Shovel Knight n’est pas seulement un de mes jeux de style rétro préféré; c’est un de mes jeux préférés, point à la ligne. Quand j’ai fait la file à minuit pour aller chercher ma Switch, le premier jeu que j’ai installé, c’est Shovel Knight, et j’y ai joué avant même d’essayer Zelda.

Mais il y a une énorme différence entre Shovel Knight et Octopath Traveler : Shovel Knight se fait passer pour un jeu rétro, mais il est en fait un jeu moderne sous un vernis pixelisé.

 

Prendre le meilleur...et se débarrasser du pire

À première vue, tout porte à croire que Shovel Knight est un jeu qui aurait pu se retrouver sur le NES. Les graphismes, l’accent mis sur une mécanique simple, l’histoire un peu bancale de demoiselle en détresse.

Mais quand on gratte sous le vernis, on découvre un jeu qui s’est inspiré des jeux contemporains. Visuellement, ce jeu n’aurait pas pu exister sur la vieille boîte grise. Le jeu ressemble plutôt à l’idée qu’on se fait des jeux de notre enfance, mais il y a beaucoup trop de couleurs, des ennemis beaucoup trop gros. Nos « nitendos » auraient pris feu.

La mécanique paraît simple à première vue, mais plein de touches subtiles viennent moderniser le gameplay. La mort n’est pas punie par un game over, relique désuète des arcades, mais par la perte d’une partie de notre butin. Ce sera donc plus long pour les joueurs moins aguerris d’acquérir les nouvelles armes. Mais c’est logique. Pour y arriver, ils devront recommencer les niveaux plusieurs fois, devenant du coup bien meilleurs. Mais on ne punit pas les joueurs comme Super Mario ou Mega Man l’auraient fait à l’époque. Tout progrès n’est pas perdu, il est simplement ralenti.

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Et l’histoire est plus intéressante que ce que le premier regard nous fait croire. Shovel Knight a des relations complexes avec certains de ses adversaires, qui sont discrètement suggérées par quelques lignes de dialogue disséminées ça et là. Et finalement, la demoiselle est tout sauf en détresse, et on comprend la relation symbiotique qui unit le héros et Shield Knight.

Une histoire progressiste et nuancée, beaucoup plus près des années 2000 que des années 80.

 

...Ok, mais Octopath là-dedans?

Désolé, je vous parle de Shovel Knight depuis un moment. Je m’emballe toujours quand je parle de ce jeu.

Mais il y a un lien avec Octopath Traveler. Le RPG de Square Enix veut s’inscrire dans cette veine nostalgique aussi, mais en ignorant tous les progrès qui ont été faits depuis.

Je n’ai rien à redire sur le style visuel. L’habile juxtaposition des sprites en 2D et des décors en 3D, donnant l’impression d’un diorama vivant, est ce qui m’a intéressé en premier dans ce jeu.

Mais c’est l’une des rares touches de modernité qu’Octopath se permet.

Au niveau du gameplay, c’est comme si rien n’avait bougé depuis 1994. Le combat tour par tour compte ses touches intéressantes : le mode «Boost», qui donne une attaque supplémentaire chaque tour à chacun des personnages tant qu’il n’utilise pas le boost, et les niveaux de garde des ennemis, qui diminuent à chaque fois qu’un de nos personnages exploite une faiblesse de l’ennemi jusqu’à ce qu’il atteigne zéro, lui faisant perdre son prochain tour.

Mais ce ne sont pas des mécaniques tellement riches. Une fois que vous aurez complété les 70h requises pour venir à bout d’Octopath Traveler, vous serez complètement indifférent à ses mécaniques de jeu.

Dans un monde où un jeu comme Persona 5 réussit à rendre un gameplay encore plus basique que celui d’Octopath Traveler complètement passionnant par une présentation visuelle hors-pair, ou encore un jeu comme Final Fantasy XV réussit à rendre le moindre petit affrontement palpitant, cette austérité est impardonnable.

Une des mécaniques qui m’avait intrigué dans le premier démo d’Octopath Traveler était celle des aptitudes hors-combat propres à chaque personnage. Par exemple, Olberic peut provoquer en duel n’importe quel NPC (ou presque), ou alors Cyrus peut en apprendre plus sur ceux-ci en les «scrutant».

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Encore là, déception. Toute les aptitudes sont dédoublées, limitant les possibilités. Cyrus «scrute» alors qu’Alfyn «s’informe». Olberic « défie » alors que H’aanit « provoque ». Dans tous les cas, après plus de 60 heures de jeu, Pier-Luc « s’ennuie ».

 

Une histoire passée sa date d’expiration

Mais le pire crime d’Octopath Traveler, c’est son scénario. C’est là où le jeu aurait dû embrasser la modernité, plutôt que de se réfugier dans la médiocrité du passé.

On se rappelle de l’histoire des JRPGs des années 80 et 90 parce qu’ils étaient les seuls jeux à vraiment mettre l’accent sur leur scénario; « Il y a un méchant sorcier qui veut détruire la planète», ce n’était peut-être pas un synopsis digne d’un Oscar, mais c’était quand même mieux que « la princesse est dans un autre château».

Mais au fur et à mesure que le médium vidéoludique a évolué, on a petit à petit laissé derrière les clichés habituels des JRPGs pour des histoires plus complexes. Au lieu de commencer par un héros qui se fait réveiller par sa maman, Persona 5 commence en racontant l’histoire d’un lycéen qui se fait injustement accuser de voie de fait en ayant voulu prévenir une agression sexuelle. God of War explore les thèmes de la paternité, de la masculinité, des dangers de la soif de vengeance. Horizon Zero Dawn parle d’identité et d’écologie.

Octopath Traveler n’ose jamais aller si loin. Cyrus veut retrouver un livre. Tressa veut devenir la plus grande marchande. Alfyn veut guérir des gens. Oui, leurs quêtes se compliquent un peu. Mais pas beaucoup.

Et surtout, le peu d’histoire qu’on trouve est mal raconté. La division en chapitres séparés les uns des autres nuit au rythme de l’histoire. Les personnages n’interagissent que très peu entre eux, et quand ils le font, ce n’est que de manière superficielle.

Dans presque tous les chapitres, les personnages font la rencontre d’un personnage secondaire dont on n’a jamais entendu parler avant. À tous les coups, il est soit un traître qui nous trahira d’ici la fin du chapitre, soit une victime qui mourra d’ici la fin du chapitre. Dans un cas comme dans l’autre, peu nous chaut; on le connaît à peine, de toute façon.

 

Un jeu lent, lent, lent

Comment peut-on faire un jeu de 70h et plus, et manquer de temps pour raconter l’histoire?

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Je vais vous dire comment : avec des affrontements aléatoires interminables. Chaque escarmouche avec un pauvre monstre qui passait par là peut devenir un affrontement interminable. Chrono à la main, certains combats m’ont pris plus de 10 minutes à compléter. Pour un ennemi aléatoire.

Tout pour décourager l’exploration. Peut-être que le monde d’Octopath Traveller recèle plein de secrets intrigants dissimulés dans tous les recoins, mais je ne le saurai jamais, parce que je n’ai pas la patience d’explorer.

À tous les dix pas, un ennemi surgit, me privant d’un autre 3 à 10 minutes. C’est trop long. Et on peut se demander si les affrontements aléatoires ont encore leur place en 2018.

Pour ma part, je suis fan de la technique Tales of : mettre les ennemis visibles sur la carte, nous laissant le loisir de les chasser quand on souhaite entraîner notre équipe, ou de les éviter quand on cherche plutôt à explorer.

Le même studio qui a développé Octopath Traveler avait aussi eu une idée intéressante avec Bravely Default, laissant les joueurs choisir eux-même la fréquence des rencontres aléatoires.

Mais encore une fois, Octopath veut tellement chatouiller la fibre nostalgique des joueurs qu’il se réfugie dans un conservatisme ennuyant.

Pour le moment, il semble que la stratégie ait été payante : Octopath Traveler vend comme une fournée de NES mini dans une rencontre de scalpers.

Mais espérons que Square Enix osera être plus aventureux et moins conservateur dans son prochain titre. Dans un monde où existent Persona 5 et The Witcher 3, il n’y a plus de place pour un RPG qui n’a rien d’autre à offrir que de nous rappeler que Final Fantasy 6 a déjà existé.

 

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Opinion
La première vidéo de Pier-Luc, c'est lui, à l'âge de 3 ans, qui joue à Duck Hunt avec le gros fusil orange. Il les a pwn 360 NO SCOPE. Depuis, il passe beaucoup (trop) de temps à jouer à des jeux, que ce soit sur Android, 3DS, Wii U (oui, il est l'une des six personnes à avoir acheté une Wii U) ou PS4. Il ne joue pas beaucoup à l'ordinateur, sauf pour les fois où il télécharge des émulateurs pour jouer à de vieux classiques (des jeux qu'il possède, bien sûr). Quand il ne joue pas, il écoute la WWE, il lit ou bien il tente de faire avancer sa carrière en humour. Mais soyons honnêtes, il passe surtout son temps à jouer.
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