Une perle japonaise – Labyrinth of Refrain : Coven of Dusk

Une petite perle du studio Nippon Ichi Software arrive finalement sur le marché occidental. Labyrinth of Refrain: Coven of Dusk est un « dungeon crawler » qui, sans réinventer la roue, offre une belle réussite.

Deux ans. C’est le temps qui a été nécessaire avant que Labyrinth of Refrain: Coven of Dusk ne soit localisé en français et en anglais par NIS America. Le titre est sorti originalement au Japon en 2016, sur PS Vita et 2017, sur PS4; une version traduite est maintenant offerte sur Nintendo Switch, sur PS4 et sur Windows. Si la traduction permet de jouer seulement en français et en anglais, il est toutefois possible d’avoir l’audio en anglais ou en japonais; l’équipe de localisation n’a pas été jusqu’à payer des doubleurs français. Une décision peu étonnante; déjà qu’ils nous offrent une traduction en français (et aucunement dans une autre langue en Europe), on ne saurait trop en demander pour l’instant.

Labyrinth of Refrain: Coven of Dusk est un « dungeon crawler » dans la même vogue que les Etrian Odyssey, où il faut arpenter des donjons, ici des labyrinthes, et combattre différents ennemis sous la forme d'un J-RPG presque tour par tour. Presque, car vous décidez l'ensemble de vos actions en ne sachant pas trop qui agira en premier de prime abord.

Entre marionnettes et mauvaises rencontres

Cette histoire nous est présentée sous la forme d’un théâtre de marionnettes. Dronya, pour éviter de se faire lyncher, prend le rôle d’une marionnettiste et donne des spectacles de temps en temps. Chaque fois que vous ouvrez votre sauvegarde, Dronya vous accueille en disant qu’elle continuera l’histoire là où vous aviez arrêté. Une belle mise en abyme du spectacle. Et plus on s’enfonce dans le puits, dans les différents royaumes, plus on assiste à des développements spéciaux et inattendus. Un vrai spectacle, parfois sans queue ni tête.

Vous, le joueur, êtes Tractie, surnom sympathique donné au terrible Tractatus de Monstrum, un épais livre doté d’une conscience et dont la couverture inspire peu de confiance - ou presque. En tant que livre, vos influences dans le monde, dans Refrain, sont limitées. Vous êtes à la merci de Luca, une jeune apprentie, et de sa «tante», la sorcière Dronya. Cette dernière vous bosse, vous donne des pouvoirs, vous donne des objectifs. C’est elle, en fait, qui vous balance dans un puits potentiellement sans fond, le Labyrinthe de Refrain, pour découvrir ce qui s’y cache. Qu’allez-vous trouver ? Seule Dronya semble le savoir, et encore. Le village où vous êtes? Rempli de mystère. Les gens sont étranges, vous rencontrez rapidement une nonne des plus singulières et, chaque nuit, vous êtes obligés de rester enfermés dans la caravane parce que des monstres se promènent dans le village. Et chaque matin, un crieur annonce les morts de la veille. De quoi se sentir en sécurité, n’est-ce pas ?

Un Livre pour les gouverner tous

Une fois dans le puits, votre mission commence : vous invoquez une armée de marionnettes en bois, aux classes et habiletés variables, qui vous permettront d’aller au plus profond du labyrinthe, rencontrant sur le chemin ennemis et alliés, trésors et pièges et une mort certaine; mais comme vous êtes un livre, vous revenez simplement à la surface, avec une partie de votre butin en moins. Votre objectif ? Accumuler le plus de ressources possible - mais pas trop, sinon la Mort viendra vous chercher, littéralement -, le plus d’informations possible, et les ramener à Dronya pour obtenir de nouveaux objectifs.

On peut modifier certaines variables du personnage.

Votre armée, vous la contrôlez soit sous forme de couvent, soit sous la forme de chaque unité prise individuellement. Les mécaniques sont assez complexes - un peu trop, peut-être, pour ce qui est réellement utilisé et nécessaire. Les résumer en quelques mots ne pourrait leur rendre justice : après vingt heures de jeu, de nouvelles informations m’étaient encore offertes. Il faut seulement savoir qu’on peut avoir aisément une quinzaine d’unités en même temps, sans compter les unités en support. Cette panoplie d’unités permet de créer des couvents singuliers et de préparer différentes stratégies selon notre façon de jouer, mais surtout selon les monstres à abattre. Chaque unité possède ses propres habiletés, tout comme chaque couvent confère les siennes.

Pinocchio, prêt pour la guerre

Si le nombre de classes est limité à 6 (avec différents visuels, trois pour chacun des deux genres disponibles), les possibilités de couvents et l’arrangement des unités dans ceux-ci se révèlent impressionnantes. Etrian Odyssey n’arrive pas à un tel niveau de diversités. Surtout que vos marionnettes sont comme de vraies marionnettes: si elles reçoivent trop de coups, elles ne font pas que tomber à 0 point de vie; plus précisément, elles peuvent perdre des membres qui devront absolument être réparés afin de récupérer toutes les forces de l’unité. Par exemple, une unité dont le torse est détruit verra ses points de vie maximums diminués de 50 %, et ce jusqu’à ce que Dronya répare la marionnette.

On s’en sort quand même très bien en cumulant les attaques régulières contre les ennemis de base; mais la stratégie doit apparaître assez vite contre des boss qui frappent aisément une dizaine de fois dans un seul tour.

Se retrouver dans le dédale n’est pas chose aisée. Contrairement à d’autres jeux, Labyrinth of Refrain ne vous permet pas d’avancer automatiquement (comme Lost Child) ou encore de noter certains détails sur la carte (Etrian Odyssey). Ce qui vous est autorisé, en tant que Livre, c’est d’acheter certains pouvoirs à Dronya pour accéder, par exemple, à la liste des trésors dans un royaume donné, ou encore pour obtenir des bonus permanents..

On rencontre, euh, toutes sortes de choses, dans Refrain.

Il était une fois, du déjà-vu

Il n’en demeure pas moins que le jeu, malgré tout, manque un peu de personnalité. Y jouer, c’est un peu comme jouer à n’importe quel autre titre de NIS. On sent le Disgaea en arrière. On sent le style du studio dans la musique, le dessin, dans les statistiques insensées dès le début du jeu. L’histoire présentée donne une certaine profondeur, mais il manque un je-ne-sais-quoi dans sa personnalité qui permettrait au jeu de se différencier sur le marché, en tant que jeu indépendant, et non pas un jeu comme « n’importe quel autre titre de NIS.» On sent l’effort, mais ce n’est pas tout-à-fait assez.

Si vous jouez sur Nintendo Switch, ne faites pas le saut. Le mode « veille » continue d’accumuler des heures de jeu sur le titre. Mes 100 quelques heures sans que j’aille passer les 50 réelles en sont la preuve.

On sent très bien le style Disgeae dans le design des personnages.

Se perdre dans Refrain, sans honte aucune

Le genre du « dungeon crawler » semble particulièrement populaire ces dernières années au Japon. Profitant de la vague, Labyrinth of Refrain nous invite dans le genre sans nécessairement innover ou l’améliorer de manière significative. La profondeur des mécaniques de combat est rattrapée par des interactions sur la carte limitée, sur du « déjà-vu » dans de nombreux autres titres. S’il s’agit du premier, l’expérience est pertinente. Sinon, vous trouverez votre compte plutôt dans l’histoire déjantée et les mécaniques ingénieuses.

Étonnement réussi
8.5
Étonnement réussi

Somme toute, Labyrinth of Refrain: Coven of Dusk nous embarque dans une histoire surprenante. C’est là toute la fiabilité du studio : un jeu finement construit, dans une traduction et un doublage finement menés. C’est un « dungeon crawler » comme on les aime : on ne peut que tomber sous son charme.

Les plus
  • Mécaniques de combat
  • Monde coloré et bien pensé
  • Visuellement cohérent et réussi
  • Bonne localisation
Les moins
  • Histoire un peu quelconque
  • Côté « dungeon crawler » très basique
  • De la fraîcheur dans un genre un peu répétitif
    8.5
Catégories
CritiquesNintendo
Rédacteur, linguiste et étudiant à la maîtrise en traductologie, il oriente son regard vers les impacts sociaux et culturels des jeux.
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