Game Music : un album de musique de jeu vidéo sociofinancé en 24 heures

Un nouvel album de musiques de jeu vidéo verra bientôt le jour, et cette fois-ci c’est une Montréalaise qui en est à l’origine.

Depuis la création du trio Trifantasy, composé de Laurence Manning, Jean Despax et Karine Bouchard, lequel j’avais pu entendre lors d’un concert en 2017, je gardais un oeil sur leurs créations à chacun d’entre eux, histoire de ne pas rater de nouvelles compositions ou encore de nouveaux projets.

Vous devinerez mon plaisir et ma surprise quand Laurence Manning m’a contacté à propos de son projet solo, un album de musiques de jeu vidéo au piano. Le 16 février dernier, autour d’un café, nous avons pu discuter de son nouveau bébé, un projet en 12 compositions (maintenant 16, puisqu'il a été financé en 24 heures à peine sur la plateforme Kickstarter).

Les origines du projet

© Philippe Manning

C’est une passion quasi-familiale pour le jeu vidéo qui a initié ce projet chez Laurence. En entrevue, en discutant du fait que la musique était presque un gène dans leur famille, elle me parlait des pièces qu’elle jouait avec son frère, souvent tiré du répertoire du jeu vidéo. Peu à peu, en parallèle à ses études universitaires à l’Université de Montréal, où elle a obtenu son doctorat en décembre 2018, une passion pour la musique de jeu vidéo s’est développée. Elle a d’ailleurs développé une expertise en analyse musicale notamment par son poste d’auxiliaire d’enseignement durant ses études.

C’est en 2016 qu’elle s’est lancée officiellement dans le monde du jeu vidéo en préparant ses projets d’arrangements, publiés sur sa chaîne Youtube. En 2017, cette passion mène à la création du trio Trifantasy, pour lequel elle continue de composer des arrangements, mais cette fois-ci pour violon et violoncelle en plus du piano.

C’est en profitant d’une période de calme pour Trifantasy, après la sortie de leur premier album, que Laurence a décidé de se lancer dans la création d’un projet solo, alliant sa passion pour le piano, les arrangements et sa passion pour les jeux vidéo.

Créer ses propres arrangements

Questionnée sur ses passions et sur sa formation personnelle, Laurence me précise qu’elle est effectivement influencée par la musique classique, et plus précisément Fanny Mendelssohn. Elle a d’ailleurs fait son doctorat sur cette compositrice, une « femme de son temps » pour reprendre ses termes, quelque peu avant-gardiste, mais dont l’histoire l’a mise un peu de côté. C’est son talent, certes, mais sa passion et son désir d’aller plus loin dans la composition qui ont inspiré Laurence à s’élancer dans ses projets, et encore plus dans la musique de jeu vidéo. Elle me disait, peut-être à juste titre, qu’il y a quelque chose de neuf, d’avant-gardiste dans cette forme musicale; quelque chose qui détonne de la musique classique tout en y étant intimement lié.

C’est en voulant joindre le meilleur des deux mondes qu’elle a décidé de faire ses propres arrangements, à partir de compositions riches, mais qui peuvent aussi être personnalisés. Son premier medley, sur Zelda II: The Adventure of Link, illustre bien cette passion et le temps qu’elle investit derrière ses arrangements. Je ne pourrais passer sous silence son arrangement de Castlevania, celui de Touhou ou encore son arrangement de Super Mario Bros.

Un deuxième Kickstarter

Il ne s’agissait pas du premier Kickstarter pour Laurence. Après celui de Trifantasy, pour lequel elle a eu la chance de découvrir les aléas des plateformes de sociofinancement, elle se sentait prête à faire le saut, non sans craintes me laissait-elle croire. C’est une structure rigide, bien encadrée, mais qui vient avec son lot de stress, d’angoisses et de responsabilités. Une fois que le projet est financé (ici en à peine 24 heures !), il faut embrayer la machine. C’est aussi du rapport client, de la vente, de la gestion d’entreprise; quelque chose pour quoi elle avoue avoir un intérêt. Si son premier album réussit à se vendre très bien, je ne serai pas surpris de voir de nouveaux projets apparaître dans les prochaines années.

Laurence me racontait que faire un album au piano de musiques de jeu vidéo était seulement possible grâce à la présence d’Internet. Les ventes de musique, qu’il soit question de Spotify ou d’albums physiques, se font surtout en ligne; le marché québécois est encore à travailler. Se tourner vers des plateformes internationales aide donc à se financer, mais aussi à aller chercher un public plus large; l’appréciation pour cette musique est universelle, mais le marché n’est pas encore tout à fait développé.

Questionnée sur la façon de financer son investissement en temps dans la création de ses arrangements - chacun exige des heures et des heures de travail -, elle me disait qu’une bonne partie du travail était bénévole, mais qu’elle aimerait, à terme, gagner en visibilité. D’ailleurs, si la qualité de ses compositions vous intéresse, vous pouvez toujours la suivre sur Patreon.

© Philippe Manning

Vous pouvez suivre le travail de Laurence sur Facebook et Youtube. Vous pouvez l’encourager et la soutenir dans ses projets sur Patreon ou encore sur son Kickstarter.

 

Crédit pour l'image de couverture : Roxanne Grenon

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Rédacteur, linguiste et étudiant à la maîtrise en traductologie, il oriente son regard vers les impacts sociaux et culturels des jeux.
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