Unruly Heroes: Les français vont-ils sauver les jeux de plateforme?

Je le dis souvent, mais de tous les sous-genres de jeux vidéo, les jeux de plateforme demeurent mes préférés. J’ai grandi en jouant à Super Mario et à Donkey Kong Country, et ce genre de jeux garde une place de choix dans mon coeur.

Mais aujourd’hui, le style est mal en point. Le passage à la 3D a eu l’effet de la puberté sur un enfant star, et aujourd’hui, les jeux de plateforme (mis à part l’éternel Mario) risquent de tomber dans l’oubli.

Toutefois, la semaine dernière, on m’a envoyé une copie de l’excellent Unruly Heroes du studio français Magic Design Studios, et j’en suis venu à me poser la question suivante : les Français sont-ils en train de sauver les jeux de plateforme?

Les trois grandes écoles du jeu de plateforme

Avant de commencer, permettez-moi de vous présenter ma théorie que 90% d’entre vous détesteront probablement : je pense qu’il existe traditionnellement trois grandes styles de jeu de plateforme, associés à leur origine.

 

Le premier, et le plus connu, est le style japonais.

Avez-vous déjà entendu parler de la série Super Mario Bros? Si oui, vous connaissez donc ce style. Si non, euuuuh… comment est-ce possible?

Les platformers japonais sont avant tout obsédés par les mécaniques de jeu. Vous direz ce que vous voudrez de l’histoire répétitive de Mario, de ses décors jugés trop juvéniles par certains (ce avec quoi je suis en grand désaccord, mais quand même), mais il demeure une chose : Mario se contrôle fichtrement bien.

Il en va de même pour Mega Man. Ses jeux sont difficiles, mais quand vous mourrez, c’est de votre faute, pas de la faute de contrôles défaillants.

Ajoutez à ça des univers généralement colorés et un style visuel inspiré du manga, et vous résumez assez bien le jeu de plateforme japonais.

 

Le second style est le style anglo-saxon.

Pour cette grande famille, vous pouvez remercier les bons gens de chez Rare, qui en ont jeté les bases.

Les platformers anglo-saxons (utilisons l’appellation anglophone en leur honneur) sont souvent plus intéressés par l’exploration d’environnements et par les collect-a-thon. Les plus dignes représentants en sont sans doute Banjo-Kazooie et Conker Bad Fur Day.

Ceci étant dit, même avant la 3D, on a vu Rare jeter les bases de ce style quand ils ont repris la franchise Donkey Kong. Soudainement, on s’intéressait surtout à ramasser une foule de pièces et de bibelots, cachés dans chaque recoin des niveaux.

Toutefois, je crois que le style anglo-saxon se distingue aussi par un focus narratif beaucoup plus important, et un humour à plusieurs niveaux, qui n’hésite pas à faire des blagues plus adultes.

Ah oui, pis ce style-là, à part quelques jeux indies, est à peu près mort.

 

Évidemment, le dernier style est le style français.

Et à l’image de leur cinéma, il a un côté très contemplatif (et je dis ça de la façon la plus positive qui soit).

Puisant ses racines dans des titres comme Another World, sorti en 1991, le jeu de plateforme français est avant toute chose, beau.

Regardez, on parle d’un jeu qui aura bientôt 27 ans.

C’est incroyable.

Mais ce style de jeu a fait un retour en force avec Rayman: Origins. Sorti en 2011, alors que le jeu de plateforme n’existait plus à part la série des Mario et quelques jeux indies, Rayman: Origins a multiplié les accolades grâce à son excellente prise en main, mais surtout grâce à son épatante direction artistique.

Visuellement, chaque frame avait l’air tout droit sorti d’un cartoon français dessiné à la main. Ajoutez à ça l’humour omniprésent et une bande-sonore à se jeter par terre, et l’équipe d’Ubisoft Montpellier venait de jeter les nouvelles bases du jeu de plateforme français.

 

Unruly Heroes : un digne héritier

Quand j’ai ouvert Unruly Heroes pour la première fois, je ne savais à peu près rien sur le jeu. Je savais que c’était inspiré du roman classique chinois La Pérégrination vers l'Ouest (le personnage principal, le roi singe, a inspiré Goku dans Dragon Ball, et par conséquent, j’ai refusé d’utiliser tout autre personnage à moins d’y être absolument forcé), mais sinon, j’y allais à l’aveugle.

Le premier mot qui m’est venu à l’esprit après avoir complété le premier niveau est «Rayman». Et comme de fait, quelques secondes de recherche m’ont confirmé ce que je pensais; les développeurs et artistes ont précédemment travaillé sur la série du personnage sans bras ni jambe.

Unruly Heroes réussit à égaler le panache visuel de la série Rayman, ce qui n’est pas une mince tâche. Les décors ont l’air de peintures vivantes, et les personnages semblent être des acteurs dessinés à la main dans ce décor enchanteur.

Sérieusement, la présentation est le coup de circuit du titre. Aux graphismes et à la direction artistique maîtrisés, vous pouvez ajouter une trame sonore fantastique, utilisant avec justesse les airs traditionnels chinois.

Le gameplay, s’il est un peu trop flottant à mon goût de joueur habitué à Super Mario, est aussi diablement efficace. Vous pouvez à tout moment changer entre 4 personnages aux capacités propres, ou mieux encore, jouer en coop’ jusqu’à 4 joueurs.

Il n’y a rien dans le platforming qui soit particulièrement nouveau, mais on ne peut que saluer l’ambition des développeurs, qui n’hésitent pas à changer la formule régulièrement. Ainsi, à quelques reprises, vous prendrez le contrôle du boss que vous venez de vaincre pour le niveau suivant.

Dans l'un des quatre chapitres, on vous oblige à jouer les versions «bébé» de vos personnages, qui doivent trouver d’autres façons de survivre à leurs ennemis puisqu’ils perdent la capacité d’attaquer.

C’est aussi bien, d’ailleurs, parce que le combat est là où le jeu s’égare un brin. Il est quelconque, vite oubliable, et ne fait que ralentir le jeu et créer de la frustration. On aurait préféré qu’il soit ou bien bonifié, ou bien largué en faveur de séquences de platforming plus travaillées.

Mais reste que malgré tout, Unruly Heroes a cette touche bien française de raffinement, se posant en digne successeur de Rayman.

 

La France à la rescousse

On pourra donc ici faire fi de la réputation (injuste, d’ailleurs, mais c'est une autre histoire) de poltrons prompts à capituler des Français, puisqu’ils sont peut-être en train de se porter à la rescousse du jeu de plateforme.

En dehors de la série Super Mario, qui pourrait survivre à jamais en surfant sur sa réputation (mais avouons-le, la constante qualité des titres de la mascotte de Nintendo est impressionnante), le genre du platforming est morose.

Oui, il y a bien les Megaman 11 et les Sonic Mania, mais il s’agit surtout là de jeux misant sur la nostalgie. On pourrait dire la même chose de Celeste et de Shovel Knight (probablement un de mes jeux favoris de tous les temps, par ailleurs), qui cherchent surtout à traduire dans un langage moderne les codes des jeux d’antan. Ils le font avec brio, mais ils ne font pas pour autant du jeu de plateforme un genre moderne.

L’école française, elle, ne joue pas dans la nostalgie, puisque son histoire est plus jeune. Rayman regarde vers l’avant. Et Unruly Heroes, malgré ses imperfections, regarde vers la même direction; vers l’Ouest, mais surtout, vers l’avant.

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Critiques
La première vidéo de Pier-Luc, c'est lui, à l'âge de 3 ans, qui joue à Duck Hunt avec le gros fusil orange. Il les a pwn 360 NO SCOPE. Depuis, il passe beaucoup (trop) de temps à jouer à des jeux, que ce soit sur Android, 3DS, Wii U (oui, il est l'une des six personnes à avoir acheté une Wii U) ou PS4. Il ne joue pas beaucoup à l'ordinateur, sauf pour les fois où il télécharge des émulateurs pour jouer à de vieux classiques (des jeux qu'il possède, bien sûr). Quand il ne joue pas, il écoute la WWE, il lit ou bien il tente de faire avancer sa carrière en humour. Mais soyons honnêtes, il passe surtout son temps à jouer.
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