Comment ne pas écrire des histoires – Kingdom Hearts

Je m’étais amusé à écrire une série d’articles intitulés «Comment ne pas écrire des histoires», question de ventiler sur les problèmes récurrents dans le scénario des jeux vidéos. Et voilà que 6 mois plus tard, je suis confronté au pire exemple que j’aurais pu trouver : j’ai joué à Kingdom Hearts III.

Je ne sais pas ce qui me choque le plus entre les notes ultra-positives des critiques malgré les innombrables problèmes, ou le fait qu’on excuse son scénario ridicule. Comment ne pas écrire des histoires? En suivant le modèle de Kingdom Hearts!

Par où commencer? Ben oui, tiens, par où commencer? Disons qu’un pauvre gamer insouciant ait envie de commencer la série parce qu’il a été séduit par les bandes-annonces sans effet sonore du E3 passé, quel jeu est un prérequis pour comprendre l’histoire? Kingdom Hearts 1 et 2? Bon Dieu, si c’était aussi simple…

Le prologue se nomme Kingdom Hearts 0.2 Birth By Sleep - A Fragmentary Passage, et se trouve dans la compilation Kingdom Hearts II.8 Final Chapter Prologue. Pour expliquer le 2.8, je vous prie de lire cette délicieuse citation de Wikipédia :

On how the name of the collection was determined, Nomura stated that Kingdom Hearts Dream Drop Distance is considered “number 2.6” in the series since it follows the events in HD 2.5 Remix, and the χ games, with the absence of Sora, are considered 0, while Birth by Sleep is 0.1, thus resulting in 0.2 for A Fragmentary Passage. When added together, the numbers total 2.8.

Déjà, tout le monde est perdu, et on a même pas encore commencé.

15 ans de non-sens

Kingdom Hearts III est le douzième dans la série. Les spin-off s’étendent sur PS2, PSP, GameBoy Advance, DS, 3DS, téléphone mobile, et navigateur web. C’est complètement absurde d’exiger au joueur d’avoir tout suivi religieusement, c’est pourquoi il existe deux compilations sur PS4, nommé «1.5 + 2.5 Remix» et «II.8 Final Chapter Prologue». Quelques jeux, comme celui sur navigateur web, χ (qui est d’ailleurs super essentiel), sont inclus sous forme de cinématiques. Il reste que ces compils totalisent au moins 200 heures de jeux/visionnement, tâche que peu de gens ont envie de se taper.

Puis même si vous avez tout joué, c’est ridicule d’assumer que tout le monde se souvient du moindre détail des scénarios des autres jeux. Petit rappel, Kingdom Hearts II est sorti IL Y A 15 ANS, sur PlayStation 2. C’est exactement le genre de cas où des dialogues bourrés d’exposition auraient été nécessaires pour vous aider à digérer ce qui se dit dans les cinématiques.

Mais non, on ne vous aide pas du tout à l’intérieur du jeu. Il faut écouter les vidéos d’explication du menu principal, divisé en 5 chapitres de lore incompréhensible. Quoi de mieux pour intéresser son joueur que de lui proposer d’écouter 30 minutes de vidéos? Tout, vraiment.

C’est l’équivalent du bon vieux mur de texte de l’ancien temps. Le genre qui commence par un générique «il y a très longtemps, une force maléfique plongea le royaume dans une noirceur profonde...» (bâillement)

Les noms ridicules

Si seulement les personnages avaient des traits distinctifs et des noms mémorables pour qu’on puisse les différencier facilement… Mais bien sûr que non, ce serait trop simple. Y a des personnages qui contiennent le cœur de quelqu’un d’autre, il y en a qui sont des répliques formées à partir des souvenirs d’un autre, des gens du passé qui ont voyagé dans le temps, de différentes dimensions, et puis beaucoup, beaucoup plus.

Voici une citation du Wikia Kingdom Hearts pour un personnage au hasard :

Terra-Xehanort, also referred to as Xehanort and Ansem, is the result of Master Xehanort’s heart forced into Terra’s body, and the human form of Ansem and Xemnas.

Lorsque le corps et le cœur sont séparés, ça crée deux personnages. Le nom du deuxième est une anagramme du premier, avec un X en plus ajouté à un endroit au hasard. En voici quelques-uns : Vexen, Larxene, Lexaeus, Marluxia, Zexion, Xion, Demyx, Xaldin, Xigbar, Luxord, Saïx, et j’en passe. Ils se foutent de notre gueule, non?

Une histoire toute simple

Mais est-ce que la série Kingdom Hearts est si compliquée? Disons qu’on met de côté les noms ridicules, qu’on accepte l’origine farfelue des personnages et qu’on simplifie la chronologie en lisant le scénario dans le bon ordre, est-ce que c’est assez complexe pour réellement mériter tous ces détours?

PAS. DU. TOUT.

Le protagoniste doit sauver ses amis et se battre contre les méchants. C’est tout.

J’avoue que c’est un peu réducteur et qu’on peut dire la même chose de la plupart des œuvres. La vérité, c’est que la quête du personnage est souvent un prétexte pour le faire évoluer, pour raconter son histoire À LUI. Le but de Game of Thrones, ce n’est pas la bataille finale, c’est de suivre le parcours de chacun, d’apprendre à les connaître, de comprendre leur choix et motivation, vivre des émotions avec eux.

Eh non, Kingdom Hearts ne contient aucun développement de personnage.

Personne n’évolue vraiment, ils ne font que changer de statut. Un allié devient prisonnier d’un truc (dans un rêve, dans le cœur de quelqu’un d’autre, dans le monde des ténèbres, etc.), puis Sora le libère. Puis il leur arrive quelque chose d’autre, puis on recommence le manège. Ils sont tous une série de coquilles vides clichées, sans personnalité et sans émotion.

Et ça mène à quoi? Est-ce qu’il y a des révélations-chocs? Est-ce que le point du scénario est de nous surprendre? On pourrait penser à Westworld, une série télé qui est en quelque sorte un puzzle. Sa complexité est comme une formule mathématique qu’on nous dévoile peu à peu, qui englobe ce qui est possible ou impossible dans cet univers. Le but est de nous surprendre, comme un Baba is You, en appliquant les règles de manière inattendue.

Eh non, Kingdom Hearts nous surprend rarement.

Il est tellement bourré de deus ex machina que les absurdités qu’on nous lance coulent comme sur le dos d’un canard. «Whatever.» N’importe quelle mort peut être renversée et n’importe quel ennemi peut devenir un allié. À quoi bon.

Sinon, la symbolique? Est-ce que Kingdom Hearts a une leçon à nous apprendre? Un message à nous laisser? Je n’en suis pas si sûr. Suivre son cœur, peut-être? Mais qu’est-ce que ça veut dire réellement, dans un monde où un cœur peut être divisé entre 4 personnes?

Eh non, Kingdom Hearts n’a pas vraiment de message.

Si on fait fi de tout ça, on pourrait penser qu’une raison d’y jouer, c’est pour les univers de Disney. J’ai le malheur de vous apprendre que même cet aspect est décevant. Le monde de Frozen n’est qu’une série de corridors de glace, celui de Tangled est une simple forêt, et Monster Inc. est une usine générique.

Au lieu de nous raconter une histoire originale dans chacun des mondes Disney, Kingdom Hearts essaie de s’approprier les évènements importants des films en y incluant Sora, comme un mauvais fan fiction.

J’ai fini par me rendre compte que même les histoires de Disney incluses dans Kingdom Hearts seraient incompréhensibles pour quelqu’un qui n’aurait pas vu les films. Imaginez : être incapable de résumer un film de Disney en 2 heures de gameplay par royaume. Faut le faire.

Eh non, Kingdom Hearts n’utilise pas les univers Disney de manière satisfaisante.

Et le tout dernier point : les cinématiques. Sur mon 30 heures de jeux, 10 heures ont été consacrées à l’écoute de cinématique (comme le confirme la compilation ci-dessous). En dernier recours, on pourrait se consoler en se disant que c’était comme écouter un anime.

Encore une fois, c’est un pétard mouillé. Les dialogues sont aussi vides que les environnements. J’ai fait un tableau.

 

Eh non, Kingdom Hearts ne serait pas un anime intéressant.

Que reste-t-il de Kingdom Hearts III? Un gameplay chaotique qui défoule, du fan-service Disney, et un action-rpg potable. Mon but? Au lieu de faire comme tout le monde et vous dire que le scénario de Kingdom Hearts est du gros n’importe quoi avec un sourire en coin, je vous le confirme avec une expression horrifiée.

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C'est un gamer, fan de science-fiction, de BD, de jeux de société et de musique électronique. Bref, un geek. Rédacteur depuis 2008, il adore partir à la recherche de jeux uniques, peu importe leurs dates de sortie ou leurs pays d'origine.
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