Days Gone: Ça sert à quoi d’être original?

Arrêtez-moi si vous avez déjà entendu cette histoire: Dans une apocalypse de zombies qui a mis fin à la civilisation telle qu’on la connaît, un homme tente d’aider les survivants à s’organiser. Mais après la fin du monde, les vrais monstres sont les humains.

Ça vous dit quelque chose? Ok, peut-être celle-là: dans ce jeu très narratif d'action à la troisième personne exclusif Playstation, vous incarnez un homme aux cheveux bruns au caractère bourru et cynique qui va devoir apprendre à reprendre contact avec ses sentiments.

Encore? Peut-être celle-ci alors: dans un énorme environnement ouvert, vous vous promenez sur votre monture de village en village, remplissant des missions au passage et chassant des animaux dont vous pouvez ensuite revendre la carcasse.

Vous voyez où je veux en venir: quand Days Gone a été annoncé pour la première fois à l’E3 2016, la réaction a été la même pour plusieurs d’entre nous: «Quoi, encore un jeu de zombies?»

Et en effet, Days Gone est encore un autre jeu de zombie.

Mais ça ne veut pas dire que le pari n’est pas réussi pour autant.

Un jeu plein d’emprunts

La première impression laissée par Days Gone lors de son dévoilement n’en était certainement pas une d’originalité.

J’étais même étonné, comme plusieurs, que Sony décide d’investir dans une autre franchise de jeu d’action à la troisième personne se déroulant dans une post-apocalypse remplie de zombies (nommés Freakers ici), alors que la compagnie possède déjà parmi son catalogue d’exclusivités The Last of Us, un autre titre très semblable et considéré comme l’un des plus grands jeux de tous les temps.

Et la vérité, c’est que j’ai eu beaucoup de difficultés à me défaire de cette première impression, parce que Days Gone ne fait pas beaucoup d’efforts pour se démarquer. Si on enlève à Deacon St.John sa casquette et sa veste de motard, il ressemble à tous les protagonistes de jeux «sérieux» des dix dernières années.

 

Le système de jeu ne brille pas non plus par sa nouveauté. On est en présence d’une carte open-world au sein de laquelle vous vous déplacez pour aller débuter des missions indiquées par des icônes colorées, qui lancent à leur tour une cinématique.

Vous avez déjà vu ce système des dizaines de fois, de GTA à Assassin’s Creed en passant par… ben par tous les jeux de la Terre.

 

Des personnages attachants

Je l’ai déjà dit, le scénario de Days Gone ne brille pas nécessairement par son originalité, ce qui ne veut pas dire pour autant que l’histoire est sans intérêt.

Vous y incarnez Deacon St. John, un motard mécanicien ex-soldat (bref, il sait tirer du gun et réparer sa moto, et ça tombe bien, parce que c’est pas mal tout ce que vous allez faire). Deacon vit en nomade avec Boozer, son frère d’arme qui a lui aussi survécu à l’apocalypse, tout en tentant de faire son deuil de sa femme, Sarah, et surtout, en tentant de gérer la culpabilité qu’il ressent de l’avoir laissée partir seule en hélicoptère quand le monde s’est écroulé.

Deacon vit en nomade, ce qui fait du sens sur le plan narratif mais aussi au niveau du jeu. Vous n’appartenez pas vraiment à aucune des petites communautés qui peuplent ce bout de l’Oregon (magnifiquement représenté ici, d’ailleurs), mais vous êtes connus de tous, parce que vous faites des petits boulots pour chacun d’entre eux.

 

Une histoire à vitesse variable

Si l’histoire n’a pas de quoi nous renverser, les personnages sont bien définis, et surtout, admirablement bien joués. Sam Witwer, qui défend Deacon, réussit formidablement à rendre Deacon à la fois bourru et sarcastique, mais aussi attachant et fragile.

Par les petites interactions, souvent par le biais de la radio ou au fil des voyages sur la route, la personnalité des personnages se dévoile, et je me suis surpris à être véritablement attaché à certains d’entre eux.

Je suis un nerd rangé et dont le pire crime est probablement d’avoir piraté une série télé jadis, mais à la fin, j’aimais d’amour Boozer, ce gros motard alcoolique au crâne recouvert de tatouages.

Quelqu’un a bien fait son travail à quelque part.

 

...mais un rythme inégal

Par contre, Days Gone souffre du problème dont semblent souffrir tous les jeux à monde ouvert ces temps-ci; il est beaucoup trop long pour rien.

Malheureusement, le jeu ne comptabilise pas automatiquement le nombre d’heures jouées, donc je ne saurais les chiffrer exactement, mais il m’a certainement fallu plus de 40 heures, la durée annoncée par Bend studios (les développeurs de Days Gone) pour voir la fin du titre.

Une longue durée de vie, c’est évidemment une bonne chose, mais pas aux dépens d’un rythme resserré. À plusieurs reprises, j’ai cru que le jeu était terminé, non pas parce que je venais de vivre un moment extraordinaire, mais parce que je n’étais plus sûr où l’histoire s’en allait.

Quand est venu le moment où j’ai aperçu pour la première fois le personnage qui allait s’avérer l’antagoniste principal du jeu (aucun spoiler, promis), je croyais sincèrement que le jeu était fini. Mais non.

Heureusement, à la fin, toutes les intrigues se concluent de façon satisfaisante, et l’histoire atteint un crescendo qui m’a laissé tout à fait contenté.

Mais on se serait passé des moments d’incertitude dans le milieu, où le jeu semble faire du surplace où prendre d’étranges directions, juste pour ajouter quelques heures à l’entreprise. Je sais pas pour vous, mais je vais toujours préférer une expérience concentrée sur 30 heures qu’un 60 heures étiré.

 

Les innovations dans les mécaniques

Les hordes

Je vous ai assez fait languir, parlons des fameuses hordes. Après tout, c’est l’élément par lequel Bend Studios a décidé de présenter son jeu il y a maintenant près de 3 ans, et c’est probablement l’élément qui permet le plus à Days Gone de se démarquer de sa compétition (si ce n’était du fait que World War Z est sorti il y a quelques semaines à peine).

Si vous ne savez pas de quoi je parle, je vous résume le principe des hordes. Il y a des centaines de zombies à l’écran. Vous allez mourir.

Dans les faits, c’est un peu plus complexe que ça. Habituellement, ces hordes de zombies enragés (et n’ayant aucune considération pour l’espace personnel des gens) s’amassent dans un terrain jonché d’obstacles, de bâtiments et de véhicules.

Si vous avez suffisamment de munitions et de courage, vous pouvez alors décider de vous attaquer à la horde. Vous pouvez simplement foncer vers elle et tirer dans le tas, mais vous allez mourir.

La façon plus intelligente de procéder est de poser furtivement des pièges un peu partout sur le terrain, puis de vous planifier un itinéraire qui vous permettra de coincer les ennemis dans des espaces restreint, vous donnant l’occasion de les brûler à l’aide de cocktails Molotov ou de les faire exploser avec la bombe de votre choix.

Ces séquences sont réellement excitantes, et malgré que je sois un idiot qui s’est contenté de battre les hordes en tirant dans le temps et en me sauvant en hurlant, il y a de véritables possibilités stratégiques dans ces affrontements.

Le seul reproche que j’ai à faire, c’est que la quête principale ne nous initie à ces affrontements que très, très tard dans l’histoire, si bien que pour 90% du temps, si vous croisez une horde, vous aurez plutôt comme réflexe de prendre vos jambes à votre coup.

Il faut aussi noter que si mon PS4 Pro gérait assez bien le nombre d’ennemis à l’écran, j’ai vécu quelques ralentissements. Heureusement, ce n’était pas assez pour m’empêcher de triompher (c’est plutôt mon manque de talent qui s’en est chargé), mais je crains que sur un PS4 standard ça puisse être plus difficile.

 

La moto, meilleure amie de l’homme

La moto de Deacon St. John est son plus grand trésor. Il n’aime peut-être pas beaucoup les autres êtres humains, mais il aime beaucoup, beaucoup, à la folie, même, son bécyk.

 

Une histoire d'amour.

Et la machine le lui rend bien. Les développeurs de Days Gone ont eu la bonne idée de ne vous donner qu’une seule moto pour tout le jeu. Bien sûr, si vous la détruisez ou l’enfoncez dans un lac, vous n’êtes pas condamné à faire le reste du jeu à pied; les mécaniciens aux campements pourront vous rapporter votre monture, en échange d’une compensation financière.

Mais le fait qu’on ne puisse pas remplacer sa monture à tout moment change notre rapport à celle-ci. On se met soudainement à en prendre plus soin; si on brise notre moto et qu’on n’a pas la ferraille nécessaire pour la réparer, on se retrouve alors à pied dans un environnement hostile.

Il faut aussi mesurer le niveau d’essence. Au début de mon aventure, j’ai pris cet avertissement à la légère… jusqu’à ce que je me retrouve à sec, à des kilomètres de tout campement.

Disons que le chemin du retour est plus long quand on doit faire avancer notre moto avec nos pieds version Pierrafeu.

Mais cette tension encourage le joueur à penser à ses déplacements de façon plus délibérée, et surtout, elle vient renforcer l’impression d’être un aventurier qui s’aventure dans un monde dangereux où il est vulnérable.

On a aussi eu la bonne idée chez Bend Studio de mettre un prix aux déplacements rapides. Si vous voulez vous téléporter jusqu’au campement le plus près, vous pouvez le faire, mais vous devez avoir l’essence nécessaire.

Parfois, cette contrainte rend le déplacement impossible, et oblige le joueur à conduire par lui-même jusqu’au campement, en gardant l’oeil ouvert pour un bidon d’essence abandonné par une remorqueuse.

Ainsi, on s’assure que le joueur prenne le temps de vraiment explorer l’environnement qui a été construit avec soin, et surtout, qu’il puisse tomber sur l’un des nombreux événements aléatoires qui vous attendent (une meute de loup qui vous attaque, des ennemis qui vous tendent un guet-apens, un magnifique daim qui traverse le chemin).

Bref, on a su trouver un équilibre habile entre l’exploration et la commodité, et je ne peux que saluer l’exploit.

 

Terreurs nocturnes

Days Gone s’amuse aussi avec une dichotomie entre le jour et la nuit. En plus d’une température qui peut changer à tout moment (la pluie rend les surfaces plus glissantes, par exemple), Days Gone est doté d’un cycle jour-nuit constant.

Et les développeurs ont trouvé une façon de donner une vraie signification à cette alternance. De nuit, les zombies sont plus nombreux à se promener dans l’environnement, et surtout, ils sont plus puissants. Vous serez aussi plus dépendants de votre lampe de poche, ce qui peut attirer l’attention des malotrus en décomposition.

Par contre, n’allez pas croire que le jour est de tout repos pour autant. Par exemple, si vous détruisez un nid de zombies en plein jour, ces derniers seront très fâchés de s’être fait tirer de leurs sommeil, et vous attaqueront en plus grand nombre et avec plus de férocité.

Les ennemis humains auront aussi davantage de facilité à vous voir et à vous éliminer (quoi que ça, c’est vrai dans les deux sens).

 

Conclusion

À premier abord, je peux sembler avoir été dur avec Days Gone. J’avais l’impression d’avoir déjà vu ce jeu même quand il a été annoncé pour la première fois, et je ne peux que maintenir ce verdict. Days Gone n’est pas doté d’une grande originalité.

Par contre, ce que Days Gone fait, il le fait très bien. Les mécaniques sont soignées, les graphismes et les animations faciales saisissantes, et malgré une histoire qui s’étire parfois sans raison, je me suis réellement épris des personnages qui peuplent ce bout désespéré de l’Oregon.

Peut-être que si Days Gone obtient suffisamment de succès, le titre pourra devenir une série reconnue, et peut-être que les prochains jeux de zombies seront alors comparés à Days Gone.

Une impression de déjà vu, mais un déjà vu vraiment bien fait
8
Une impression de déjà vu, mais un déjà vu vraiment bien fait

Days Gone nous place dans la peau de Deacon St. John, un ex-militaire bourru qui tente de trouver sa place dans un monde envahi par des hordes de zombies enragés.

Les plus
  • Les hordes: excitantes
  • Des personnages bien joués et bien écrits
  • Des mécaniques solides
Les moins
  • Un sentiment de déjà-vu
  • Des longueurs inutiles
Catégories
CritiquesPlaystation
La première vidéo de Pier-Luc, c'est lui, à l'âge de 3 ans, qui joue à Duck Hunt avec le gros fusil orange. Il les a pwn 360 NO SCOPE. Depuis, il passe beaucoup (trop) de temps à jouer à des jeux, que ce soit sur Android, 3DS, Wii U (oui, il est l'une des six personnes à avoir acheté une Wii U) ou PS4. Il ne joue pas beaucoup à l'ordinateur, sauf pour les fois où il télécharge des émulateurs pour jouer à de vieux classiques (des jeux qu'il possède, bien sûr). Quand il ne joue pas, il écoute la WWE, il lit ou bien il tente de faire avancer sa carrière en humour. Mais soyons honnêtes, il passe surtout son temps à jouer.
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