Raconter autrement : The Liar Princess and the Blind Prince

Une fois par mois, je vous propose de découvrir la narration d’un jeu vidéo. Ce mois-ci, j'analyse The Liar Princess and the Blind Prince.

Je vous propose, dans cette nouvelle chronique, d’analyser l’histoire de certains jeux. Ce mois-ci, je me suis intéressé à The Liar Princess and the Blind Prince, publié et développé par NIS. Paru en 2018 au Japon et en 2019 dans le monde, il est offert sur Nintendo Switch et sur Playstation 4 en Amérique du Nord.

Pour les intéressé.e.s, je vous résume ici, en quelques phrases, mon opinion générale sur The Liar Princess and the Blind Prince. Ainsi, vous pourrez avoir un avis général avant que j’aborde davantage le sujet :

« The Liar Princess and the Blind Prince est un excellent jeu d’action-aventure d’entrée de gamme à l’histoire cousue de fils blanc, aux personnages adorables mais sans réelle profondeur, aux énigmes intéressantes mais peu nombreuses. Un jeu qui manque de profondeur, mais dont les prémices laissent entrevoir tellement de potentiel. »

 

À l’origine, je m’étais tourné vers The Liar Princess and the Blind Prince, sa version sur Nintendo Switch, pour me changer les idées dans mon chaos quotidien. NIS m’avait envoyé un clef pour en discuter, et elle arrivait à point nommé. La portabilité de la Nintendo Switch m’a probablement permis d’apprécier davantage le titre, puisque je n’étais pas obligé de m’installer dans mon salon pour jouer une vingtaine de minutes : le jeu se complète en quelques heures à peine, mais quelles heures bien investies.

Univers coloré et atypique

On ne peut qu’apprécier les choix visuels et esthétiques. Le jeu est joli, soigneusement dessiné avec des nuances qui se collent bien à l’univers. Les monstres rencontrés se fondent dans l’univers et font partie intégrante de l’étrange forêt dans laquelle l’histoire se déroule. Ils ne sont pas là comme antagonistes, on les dérange dans leur quiétude. Bon, de là à vouloir notre mort, c’est un peu étrange, mais il faut savoir que le Prince qui nous accompagne, puisqu’il est humain, fait parti du menu préféré des habitants de la forêt.

L’histoire linéaire se résume comme suit : une louve rend aveugle par mégarde un Prince. Pour lui rendre la vue, la louve sacrifie sa voix pour se transformer à volonté en Princesse et ainsi pouvoir accompagner le Prince jusqu’à la sorcière au plus profond de la forêt. Il ne s’agit pas d’une histoire impressionnante, mais comme le jeu se présente comme un conte, comme une histoire qu’on nous aurait lue quand nous étions enfants, on accepte volontiers cette histoire banale pour se concentrer davantage sur les valeurs et thèmes.

Une adorable interaction avec le Prince chaque fois que vous récoltez une fleur.

Choisir le moins mauvais entre deux horreurs

The Liar Princess and the Blind Prince, c’est une histoire douce-amère. Douce, parce qu’on se laisse bercer par la relation de confiance qui se crée malgré les mensonges de la louve. Amère, parce que tout ce que fait la Princesse, en un sens, finit par se retourner contre elle. Elle veut aider, mais elle ne fait que nuire. Quant à la fin, c’est le paroxysme : elle doit sacrifier ce qu’elle chérit le plus après sa voix pour pouvoir rendre la vue au Prince. Amère, parce que le Prince est renié par ses parents puisqu’il perd la vue, défigurée accidentellement par la louve. Amère, parce que la sorcière tire partie de tout ça, au final.

Toute l’histoire se déroule dans cette atmosphère glauque, où le positif ne semble jamais pouvoir être atteint. La Princesse peut ramasser des fleurs et les remettre au Prince, selon si le ou la joueur.se cherche suffisament dans les tableaux. Un partage symbolique, puisque le Prince ne peut les voir; seulement les toucher et les sentir. Les fleurs viennent symboliser le rapprochement entre les deux personnages et réconforter la louve - comme les joueur.se.s - dans le développement de l’histoire. Mais ce n’est que poudre aux yeux quand la fin arrive, et qu’un feu se répand dans la forêt et rend furieuse la sorcière.

Ni bon ni méchant

L'antagoniste est inexistant. Les seuls personnages qui ont un impact dans l’histoire sont la Princesse, le Prince et la sorcière. Si les différents monstres ne sont visiblement pas des alliés, ils ne sont pas non plus des méchants. De même avec la sorcière : elle propose des pactes à la louve, libre à elle d’accepter ses pactes ou non.

Le ou la joueur.se se retrouve devant un constat : la louve est à la fois l’antagoniste et la protagoniste. Si la situation est aussi pénible, c’est parce qu’elle est avant tout un monstre et qu’elle a tenté de rentrer en contact avec un être humain. Cette dualité se transpose dans l’alternance entre les deux formes (louve, Princesse) qu’elle peut prendre tout au long du jeu. Elle devient antagoniste lorsqu’elle est une louve - elle attaque, elle saute plus loin, elle est invulnérable jusqu’à un certain point  -; elle devient protagoniste lorsqu’elle est Princesse : elle tient le Prince par la main, le guide doucement, lui donne des fleurs, discute avec lui, etc.

Des montres et de la nourriture. Quand le Prince commence à se douter que quelque chose cloche.

Un jeu tout en nuance

Au final, une fois la manette déposée devant le générique, on ne peut que rester un peu contemplatif. Ce n’est pas une fin heureuse ni malheureuse. Un peu comme tout le jeu, en fait. Chaque chapitre se pose en nuances. Ni blanc, ni noir : les deux à la fois, dans un interaction qui rappelle la complexité de la vie. On peut alors conclure qu’il existe deux grandes morales à tirer de ce conte vidéoludique : d’une part, qu’il faut assumer ses acte; d’autre part, que d’une bonne intention peuvent naître de graves conséquences.

Même si le jeu est facile et court, il n’en demeure pas moins intéressant. Puisqu’il se rapproche du conte, on ne ressent pas le besoin de l’alourdir de mécaniques ou d’histoires. Il ne s’agit pas d'impressionner, mais de divertir par son caractère de conte.

De plus, il faut savoir que le jeu a été proposé lors d’un concours interne chez NIS : le but n’était pas d’offrir une expérience ludique fantastique ou incroyable. Plutôt, et on le sent dans le jeu vidéo, l’objectif était d’offrir une conte, une expérience simple mais complète. Et dans cette optique, le jeu est une réussite : il divertit, il interpelle, il fait réfléchir.

La Louve qui, par son souhait de devenir Princess, chamboulera tout ce qui l'entoure.

Vous avez joué à The Liar Princess and the Blind Prince ou vous avez joué à un jeu qui ressemblait à un conte ? Laissez-moi un commentaire ici ou sur Facebook pour qu’on puisse en discuter :)

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Rédacteur, linguiste et étudiant à la maîtrise en traductologie, il oriente son regard vers les impacts sociaux et culturels des jeux.
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