Apprendre sur le Japon avec Tokyo School Life

Tokyo School Life est l’exemple qu’il est possible d’apprendre tout en jouant.

Il n’est pas toujours facile de trouver des Visual Novels accessibles, sympathiques et avec une valeur ajoutée. Quelque chose de simple et qui ne prend pas la tête. Il est vrai qu’après avoir joué à d’excellents titres (Root Letters et Chaos;Child, par exemple), j’ai parfois de la difficulté à trouver chaussure à mon pied. Entre les expériences déconcertantes (les séries Danganronpa et Zero Escape m’ont probablement traumatisé à quelques égards), et les navets ambulants (une recherche sur Steam vous laissera voir une pléthore de titres parfois douteux), je déambule sans nécessairement être épaté.

Donc, quand Tokyo School Life est apparu sur Nintendo Switch le 14 février, j’ai haussé légèrement des sourcils. Un titre, me dit-on, qui me permettra d’en apprendre plus sur la vie quotidienne japonaise et sur leur langue. Ni une ni deux, je me procure ce jeu d’un distributeur que j’affectionne, Pqube, et me penche sur l’univers de Tokyo School Life.

Quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver attaché au titre malgré ses clichés et ses écueils narratifs. Même si je pestais à l’idée de retourner au titre, c’était plus fort que moi, il me fallait y retourner. J’y étais attiré.

Le segment sur les idoles japonaises est pertinent, mais un peu déstabilisant considérant l'âge des personnages.

Le Japon, ce pays cliché en Occident

Nous avons eu sur le marché d’excellents titres qui portent sur la société japonaise. Quiconque a joué à un Persona peut y découvrir une culture riche et complexe, mais toutes les nuances ne sont pas nécessairement expliquées.

Dans Tokyo School Life, nous sommes littéralement un “gaijin” (étranger en japonais) : nous incarnons un élève qui, après maints efforts et beaucoup de discipline, apprend suffisamment de japonais pour participer à un échange étudiant dans une école japonaise. Nos interactions se basent donc sur les connaissances de ce gaijin, influencées par les clichés que notre propre société nous transmet. L’ensemble des ces interactions tourneront autour de trois élèves (trois filles, histoire de recréer l’intrigue narrative de l’unique homme entouré de femmes) de son âge et avec qui il partage la demeure. En tout temps, et à tour de rôle, elles contribuent à nos connaissances en expliquant certaines traditions et en précisant certains clichés. Des matsuri à la culture des Pop Idols, des mangas au statut de gaijin, tout y passe.

Je ne saurai dire si toutes les informations transmises sont véridiques, ou bien si elles sont parfois caricaturales ou amplifiées : je fais confiance au développeur, Dogenzaka Lab. Il n’en demeure pas moins que ces explications, par l’entremise du jeu vidéo, sont intéressantes et finement amenées pour déconstruire certains mythes occidentaux envers la culture japonaise. Ce qui mérite, en mon sens, une mention fort honorable. Ce qui mérite aussi une mention, mais parce que c’est désormais déplacé en 2019, c’est le traitement des clichés des personnages féminins et des Visual Novels, dans lesquels on retrouve, notamment, la quête incessante de l’amour, les blagues douteuses, les références sexuelles voilées et l’objectification du corps (par le dessin).

Cette image représente bien ma réaction chaque fois que je lisais une phrase sur à quel point les hommes sont des pervers.

Encore choisir l’âme soeur

Les Visual Novels ont parfois tendance à mettre de l’avant la quête de l’amour d’une façon ou d’une autre, même si le but du jeu n’y est nullement lié. Si certains passages me faisaient sourire, d’autres me faisaient rouler les yeux. Dès les premières minutes, le personnage principal fait des commentaires sur la femme parfaite japonaise, telle que perçue en Occident, et désire la rencontrer pour en tomber amoureux. Quand il rencontre les trois principales filles, le joueur se rend compte que les interactions qu’il aura avec celles-ci détermineront avec qui le personnage aura une amourette.

Je ne peux m’empêcher de soupirer quand on me soumet des clichés qu’on retrouve dans les mangas et les animes : l’eau sur le chandail, une scène dans une salle de bain ouverte au mauvais moment, les blagues de poitrine, l’affirmation que l’homme est obsédé par le sexe, etc. J’en conviens que cela sert le propos ; c’est malgré tout une histoire sur le Japon, par des Japonais, et donc dans une perspective narrative japonaise. Il en pleut tant elles sont nombreuses.

Par contre, l’ambiance légère et colorée du titre font en sorte que les clichés et mauvaises images envoyées passent malgré tout. Il est possible de s’y habituer, comme il serait possible de le faire pour tout autre Visual Novel ou manga, tout en étant bercé par l’histoire cousue de fil blanc.

Les phrases dans le coin supérieur gauche permettent malgré tout de développer certaines notions de japonais.

Apprendre, apprendre, apprendre

En rétrospective, ce n’est ni l’histoire - un peu cliché, quoiqu’intéressante -, ni ses personnages qui m’ont marqué. Plutôt, il s’agit de la valeur éducative du jeu. Je m’explique.

En plus des références culturelles expliquées avec soin, le jeu est de facto bilingue. Pour ma part, je l’ai joué en anglais. Le dialogue était très bien traduit en anglais et était cohérent du début à la fin. En haut de l’écran, nous y retrouvons le texte d’origine, écrit en kanji et furigana (des hiragana et des katakana écrits au-dessus des kanjis pour faciliter la lecture des kanjis inconnus). Avec un doublage en japonais, il m’était possible de suivre la lecture des kanjis et d’en apprendre des nouveaux.

En tant que professeur de langues, c’est le genre d’initiatives que j’aime voir dans des jeux. Les kanjis ne nuisent aucunement à la lecture. Si je me sentais d’humeur paresseuse, je lisais seulement le dialogue en anglais. Bien souvent, par contre, je me suis retrouvé à lire à voix haute les hiragana pour pratiquer mes maigres notions de japonais. Non seulement je prenais plaisir à lire une histoire empreinte de légèreté et de bonne humeur, mais j’apprenais sans trop y penser sur la culture japonaise et sur la langue. D’une pierre deux coups, comme on dit.

Fait intéressant : les Japonais.e.s peuvent apprendre l'anglais avec Tokyo School Life.

Si vous désirez un titre pour décompresser et apprendre ludiquement sur le Japon, Tokyo School Life peut être une excellente méthode. Certes, ce n’est peut-être pas la meilleure méthode, et peut-être que les dialogues vous feront rouler des yeux comme moi plus d’une fois; mais parfois un jeu léger peut être bon pour le moral. Si on peut croire qu’il existe de la lecture d’été - des romans faciles, pas trop compliqués - et bien Tokyo School Life est un jeu vidéo d’été.

Tokyo School Life est disponible sur Nintendo Switch et sur Steam (Windows).

 

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Jeux
Rédacteur, linguiste et étudiant à la maîtrise en traductologie, il oriente son regard vers les impacts sociaux et culturels des jeux.
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