Masquerada: Songs and Shadows, quand on se laisse entraîner par la mascarade

Masquerada: Songs and Shadows est un titre indépendant qui vient d'atterrir sur Nintendo Switch, PS4 et PC. Cet univers italien, développé par des Singapouriens et publié par des Anglais, saura-t-il charmer notre public nord-américain ?

Lors de notre passage à PAX East 2018, j’avais été naturellement attiré par le kiosque de Ysbryd Games, une boîte anglaise de publication de jeu, connu notamment pour nous avoir fait découvrir VA-11 HALL-A. J’y avais essayé la plupart de leurs titres, dont YIIK: A Post-Modern RPG et Masquerada: Songs and Shadows. Dans les deux cas, il s’agissait de démos. Si les expériences s’étaient révélées intéressantes malgré tout, je n’en avais pourtant pas fait un plat. Quelques minutes plus tard, je les avais presque oubliés. Grosse erreur.

Parce qu’évidemment, j’ai raté le développement de Masquerada: Songs and Shadows, un RPG tactique publié par le studio singapourien Witching Hour Studios.

L'entrée en matière est... mouvementée !

Avec minutie, Witching Hour Studios nous présente un univers riche et fascinant. Entre les intrigues politiques et les querelles entre factions, l’univers pulse sous nos doigts.

«Lasciate ogni speranza, voi ch'entrate»

« Laissez toute espérance, vous qui entrez » ,de la Divinia Comedia de Dante Alighieri

L’intrigue de Masquerada se déroule dans un univers fictif fortement inspiré par l’Italie de la Renaissance. Vous vivez l’histoire selon la perspective de Cicero, un Inspettore ( trad. : inspecteur) exilé sans que vous, le joueur, ne sachiez trop pourquoi. Il revient d’un long exile pour découvrir ce qui est arrivé à un vieil ami. C’est en raison de ses compétences de déduction - mais surtout pour éviter que des personnes importantes meurent - qu’il est rappelé de son exil.

L’histoire est particulièrement fouillée. Lorsque vous découvrez une nouvelle information, une ville ou qu’une référence culturelle, l’information est aussitôt ajoutée à la base de données du jeu. Ce faisant, vous pouvez, à loisir, vous informer sur ce monde foisonnant. C’est avec doigté et minutie, Witching Hour Studios nous présente un univers riche et fascinant. Entre les intrigues politiques et les querelles entre factions, l’univers pulse sous nos doigts. C’est ainsi que l’on découvre rapidement que Cicero fait partie de l’aristocratie, la Masquerada, et qu’une révolte menée par les Maskrunners, des Contadani (trad. : dérivé du terme italien pour « paysans ») ayant trouvé ou volé les masques réservés à l’aristocratie, couve dans la Citte della Ombre (trad: la ville de l’ombre). Il faut surtout savoir une chose : l’univers est dicté par une forme de magie ancienne qui se catalyse dans les masques, les Mascherines.

Masquerada: Songs and Shadow, c’est une histoire de calibre littéraire. Avec son lot de magouilles politiques, de trahisons, de personnages réalistes et crédibles, et, surtout, un groupe hétéroclite de personnages-jouables des plus particuliers. Le tout soutenu d’une musique adéquate qui nous accompagne subtilement jusqu’à la fin.

Apprendre à se battre : quand le jeu nous rappelle qu’il faut bien maîtriser ses mécaniques

Cet univers cohérent s’articule particulièrement bien dans les situations de combat, l’unique caractère « ludique » de Masquerada. Vos différents personnages jouables (5 en tout) utilisent leurs masques pour invoquer de la magie. Cette magie s’articule autour de différents éléments (pour Cicero, c’est la terre, par exemple) qui permettent d’attaquer, de soigner, d’augmenter ses statistiques ou d’attirer l’agressivité des ennemis.

Si chaque personnage propose ses propres habiletés uniques, celles-ci peuvent être améliorées et changées. Vous aurez en tout temps accès à quatre types d’attaques, mais vous pourrez les changer pour essayer différentes stratégies.

Je me souvenais, de mon essai en 2018, que la mécanique des combats me semblait chaotique, peu optimisée et particulièrement répétitive. J’ai continué de le croire jusqu’à tant que je rencontre un certain boss. Jusque là, j’appuyais sur différents boutons sans trop d’importance et je gagnais haut la main. Quelle ne fut pas ma surprise de me faire démolir systématiquement à chaque essai !

C'est de sa faute si j'ai dû apprendre les mécaniques.

C’est à ce moment que je me suis penché sur la programmation de l’intelligence artificielle et sur la fonction « arrêt de combat ». Le système me rappelle celui des « Gambits » de Final Fantasy XII. Vous pouvez programmer tous les personnages, vous pouvez prendre le contrôle de chacun individuellement et vous pouvez arrêter le combat pour planifier votre stratégie et revoir vos différentes attaques.

Masquerada: Songs and Shadow, c’est une histoire de calibre littéraire. Avec son lot de magouille politiques, de trahisons, de personnages réalistes et crédibles, et, surtout, un groupe hétéroclite de personnages-jouables des plus particuliers.  

La mécanique de combat de Masquerada, c’est un savant mélange d’optimisation, de lecture des forces et faiblesses de chacun et de versatilité. Sans parler des étiquettes élémentales qui viennent influencer la force des sorts. En somme, pour vaincre les ennemis les plus coriaces, il vous faut une excellente synergie entre vos personnages, en termes d’habiletés et de programmation.

Une belle perle pour Nintendo Switch, peut-être moins pour PS4

Si l’expérience de jeu en vaut la chandelle, c’est notamment parce qu’elle se prête bien, en mon sens, à la Nintendo Switch. Le jeu se prête très bien aux courtes durées de jeu propres au mode transport de la Nintendo Switch, et la sauvegarde automatique - aucune sauvegarde manuelle - fait en sorte qu’on peut, effectivement, arrêter à tout moment.

Les choix esthétiques, très bien réussis et bien animés, font en sorte qu’on s’y plaît davantage avec une console sur laquelle la qualité graphique exceptionnelle est moins une quête. Le visuel détonnait sur un grand écran, si bien que j’y jouais presque exclusivement en mode portatif. En soi pas tant un problème, sauf si j’avais eu un certain intérêt à y jouer sur la PS4.

Les combats sont courts, certes, mais particulièrement immersifs.

Masquerada: Songs and Shadows est une jolie perle que j’ai failli perdre de vue, si ce n’était que j’ai à coeur les titres publiés par Ysbryd Games. Une expérience ludique que j’ai appréciée au point de vouloir garder un oeil sur les titres de Witching Hour Studios, quitte à essayer leurs premiers titres et à les encourager dans leurs projets.

 

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Rédacteur, linguiste et étudiant à la maîtrise en traductologie, il oriente son regard vers les impacts sociaux et culturels des jeux.
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