World End Syndrome: une fin du monde sensible

World End Syndrome, le dernier Visual Novel du développeur Arc System Works et du studio TOYBOX, détonne par la légèreté de son ton et les thématiques plus sombres qu’il aborde. Un titre sans prétention qui fait exactement ce pourquoi il existe : divertir, détendre, et surprendre.

Les Visual Novels trouvent toujours le moyen de m’étonner. Chaque fois, je m’attends à du déjà-vu. Et chaque fois, les développeurs trouvent une façon, parfois peu efficace, de sortir des sentiers battus. Ma plus récente trouvaille, elle, me rend perplexe.

Word End Syndrome est un Visual novel romantique développé par Arc System Works (responsable notamment de la série des Blazblue) et par TOYBOX (Little Dragon Café, Tokyo Twilight Story). Récemment sorti sur Nintendo Switch, Playstation 4 et Playstation Vita, il s’agit d’un titre finement dessiné et animé - nous y retrouvons avec plaisir les dessins soignés des créateurs de Blazblue, qui sont animés avec finesse et rehaussé d’une bande audio excellente. 

Avant même d'arriver à Mihate, le thème de la mort est rapidement énoncé.

La vie étudiante, encore et toujours

Visiblement, la vie adulte semble être quelque chose peu abordé dans de nombreux Visual Novels, voire tout simplement dans les jeux vidéo japonais. Le protagoniste de World End Syndrome est un avatar sans nom, un jeune étudiant de 17 ans, qui change de ville pour fuir son passé quelque peu troublé.

Lors du prologue de quelques heures, le joueur est accompagné jusqu’à la première fin du jeu. C’est un ensemble coloré et quelque peu hétéroclite de personnages que le joueur rencontrera tout au long du jeu. S’il est évident que cinq étudiantes seront au coeur des intrigues romantiques (c’est quand même l’objectif du jeu, faut-il se le rappeler), les personnages secondaires ne manquent pas de charme et de personnalité. Si les premières impressions laissent entrevoir des personnages stéréotypés, il n’en est rien. Plus l’histoire se développe, plus les masques tombent et le passé de chacun ressort.

C’est un peu normal, en fait, quand l’intrigue narrative autour de la romance repose sur une légende de morts-vivants qui reviennent à la vie. Et que la première fin du jeu, celle obligatoire, la fin du prologue, est la mort pure et simple de tout le monde.

Première étape : mourir

Dans un coin perdu au Japon, existerait le village de Mihate. Ce dernier est reconnu, dans l’univers narratif, comme le berceau de la légende des Yomibito. Un Yombito est une personne qui revient à la vie, durant l’été, qui ne se rappelle pas être mort. Assoiffé de sang, il tue à son bon plaisir. Déjà, le jeu porte très bien son nom.

Malgré la légèreté du titre, les thèmes abordés vont un peu plus en profondeur. Sans laisser tomber de divulgâcheurs, je peux mentionner que chacun des personnages s’est retrouvé individuellement à la frontière entre la vie et la mort (le suicide et la mort sont abordés avec légèreté et humour, sans trop de détails ou moral). World End Syndrome, c’est aussi le nom, dans le jeu, d’un livre inspiré de l’histoire des Yombito, écrit par l’enseignante du protagoniste, ainsi que le film qui est tourné dans le village. Constamment, World End Syndrome revient. À la radio, dans les livres, à tous les coins de rue. 

Revivre le mois d’août

Une fois votre protagoniste mort pour la première fois, vous recommencez au début du mois d’août (il vaut mieux avoir sauvegardé et reprendre la sauvegarde, ça vous évite de refaire le jeu une deuxième fois).

C’est durant ce mois que le joueur pourra courtiser des demoiselles, découvrir la ville ou, tout simplement, comprendre le mystère des Yombito. Chacune des actions entreprises lors d’une journée (une l’avant-midi, une l’après-midi et la troisième en soirée), aura des conséquences directes sur le restant de votre partie ce qui n’est pas sans rappeler la série des Persona. C’est ainsi que différentes fins seront possibles. 

Et oui, le protagoniste est un touriste qui utilise les guides touristiques pour s'orienter.

Une mécanique très pratique pour un Visual Novel d’enquête, c’est la possibilité de recharger une ancienne sauvegarde à tout moment. La carte de Mihate, en effet, vous indique les endroits déjà visités au préalable et vous conserverez tous vos objets, indices, etc. Seule la séquence logique des événements ne peut être altérée. Et, visiblement, des évènements, il y en a beaucoup ! Il faut aussi savoir que le jeu veut vraiment que vous sauvegardiez. À chaque petit événement. Tout le temps. Systématiquement. Sans honte.

Au lieu, d’emblée, d’avoir différentes façons d’atteindre la fin du jeu, World End Syndrome force le joueur à réfléchir, au travers de ses multiples parties, quelles seront les actions nécessaires pour résoudre le mystère des Yomibito tout en s’assurant qu’il n’y a pas de nouveaux meurtres dans le village.

Le jeu passe des scènes morbides...

Un jeu qui n’ose pas

Si les thématiques abordées sont intéressantes et bien développées, le jeu manque toutefois une certaine profondeur ou un certain caractère innovant. La romance est quelque peu quelconque, avec plusieurs images qui mettent dans des situations osées de jeunes étudiantes japonaises. Ça demeure un jeu de romance, mais peut-être, un jour, qu’il y aura quelque chose de nouveau de ce côté. 

Contrairement à un Root Letter ou à un Chaos Child, le jeu se révèle très, très passif. Les interactions réelles du joueur sont tenues. En fait, c’est un jeu qui se prête très bien à de la lecture passive. En ce sens, le World End Syndrome se prête visiblement mieux aux consoles portables qu’à la Playstation 4.

... aux scènes de romance.

En somme, World End Syndrome est un Visual Novel visuellement réussi et soigné. Si son caractère ludique est peu développé, nous ne lui en tenons pas rigueur en raison de la qualité de son texte et des thèmes qu’il développe. Le titre demeure une expérience invitante, voire intrigante, et rafraîchit par son ton léger et sans prétention. Cela lui confère de belles qualités qui, sans en faire un jeu révolutionnaire, lui permettent de se distinguer des autres titres sur le marché.

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Critiques
Rédacteur, linguiste et étudiant à la maîtrise en traductologie, il oriente son regard vers les impacts sociaux et culturels des jeux.
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