Ancestors, The Humankind Odyssey : Le labeur et l’ambition

C’est avec beaucoup d’impatience et d’excitation que nous attendions le tout premier titre du studio Panache, fondé par Patrice Désilets, connu comme le directeur créatif de la saga qui ne nécessite plus de présentation : Assassin’s Creed. 

Débrouillez-vous!

Ancestors : The Humankind Odyssey est à la bouche de tout le monde depuis plusieurs mois, et pour cause : ses ambitions sont audacieuses. L’ayant déjà essayé lors du MEGA 2018, nous avions tout de même hâte de pouvoir toucher à la version finale, surtout lorsqu’il s’agit de jeux réalisés ici!

Il s’agira donc de développer son instinct de survie en incarnant nos ancêtres il n’y a pas moins de dix millions d’années, et pour survivre, ce n’est pas chose simple. L’environnement ainsi que le jeu lui-même seront hostiles à votre égard, c’est d’ailleurs précisé avant même de poser une patte à terre : “Nous ne vous aiderons pas beaucoup”. Avec une interface presque inexistante en mode immersif, il faudra alors se contenter que de très peu d’assistance. Cool! Un univers qui me permettra d’évoluer comme bon me semble en me laissant une liberté nécessaire à mon appréciation d’un jeu; en tout cas, c’est ce que je me suis dit au début.



L’instinct...mais pas dans les commandes

Il faudra alors se servir de ses sens ainsi que de son intelligence pour pouvoir évoluer dans une jungle semée d’ennemis....animaux mais pas seulement : une mauvaise chute ou une baie non-comestible pourront parfois vous être fatals. Jusqu’ici, la survie a du sens, et garde la capacité à m’accrocher au pitch du jeu, qui, selon moi, mérite d’être exploitée jusqu’au bout : comment vais-je réussi à faire survivre ma lignée, et surtout, qu’est ce qui m’en empêchera? Ces questions simples se sont vites transformées en : Pourquoi une action simplissime me provoque autant de frustration?

En effet, bien que le jeu se veuille instinctif, et base son gameplay sur l’intuition, les contrôles ne le sont absolument pas : ainsi, identifier ou sentir un objet deviennent extrêmement laborieux, et me sortait parfois de l’immersion.

Au delà d’un début laborieux, l’incohérence de certains éléments empêche parfois d’avancer dans sa mission. Aux balbutiements, il vous sera impossible d’évoluer proprement sans contrôler vos peurs, ce qui vous donnera un accès limité à certaines zones. Ainsi, une série d'hallucinations et de sons vous feront ressentir le malaise de votre avatar. Seulement, cet élément de design au prime abord intéressant s’avère handicapant lorsque parfois, les aspects techniques ne tiennent pas : la caméra n’est pas instinctive et peu agréable à maîtriser, et les phases de “combat” (ou plutôt d’esquives au début) avec les autres espèces sauvages sera couplé d’une multitude d’éléments sonores troublant totalement ce que le jeu attend de vous.

D’ailleurs, lorsque vous sortez d’une situation dangereuse, la trame sonore a tendance à continuer à vous suivre, ce qui rend le gameplay, et donc le message totalement confus.

Struggle is real 

Bien que l’ambition de ce survival soit louable, les premiers pas sont d’une difficulté d’exécution n’étant parfois pas si volontaires. N’ayant aucun problème avec le fait de découvrir l’univers par moi-même, j’ai souvent eu du mal à entretenir mon envie de continuer à cause d’éléments exécution malvenus.

Ceci dit, dans son évolution, le jeu redore son blason en proposant un système d’évolution plutôt original et en accord avec l’atmosphère du jeu. Vous devrez faire évoluer votre lignée en développant des capacités (motrices, communicationnelles, émotionnelles) permettant alors de voir évoluer peu à peu les actions possibles, et ainsi être amené vers une expérience plus instinctive et interactive. Et c’est alors à partir de la que les choses commencent à prendre forme. Réussir à remplir ses besoins “primaires” (boire, manger, dormir…) ne suffit plus : il s’agira de faire évoluer le groupe et le faire grandir, afin de développer une intelligence collective et gagner le jeu de l’évolution. 

Le jeu ne vous récompensera jamais d’une bonne action, et ne vous punira pas d’une mauvaise : c’est à vous de faire vos choix et apprendre par un système d’essai-erreur. À vrai dire, cette difficulté à trouver le bon équilibre a l’air de faire directement écho avec le propos du jeu : l’humanité n’est pas arrivée à ce stade en se tournant les pouces! 

Le cycle éternel

Développer un patrimoine sera votre arme principale afin de faire perdurer votre lignée, et c’est là que le cycle se met en place. Tout comme nous, les membres de la communauté (représentant une seule et même entité, étant d’ailleurs interchangeables) grandiront et vieilliront, afin de laisser leur place aux plus jeunes, pouvant ainsi développer de nouvelles capacités. Cette possibilité représente à merveille la dimension cyclique vertueux de l’évolution, et tout cela avec émotion : ces passations ne se feront pas sans émotion, voyant les êtres se transmettre leurs capacités, et ainsi, la confiance des aînés envers les plus jeunes.

De plus, perdre un membre par quelconque façon ne représente alors pas un échec, mais une occasion d’obtenir de la rétroaction, et alors  la possibilité de faire toujours mieux (Ne dit-on pas : nous sommes riches de nos expériences? Pas si loin du singe, finalement...). C’est également cette mécanique qui vous donnera une sensation de satisfaction et d’accomplissement lorsque votre groupe changera d’ère, découvrant toujours plus de possibilités à exploiter, et donc, des choix d’actions rizhomatiques et de plus en plus riches.

Multijoueur

Bel essai!

Il est difficile d'appréhender cette expérience sans essayer soi-même de faire vivre sa lignée. Les possibilités multiples offertes par l'univers proposé fait en sorte que chaque expérience devient unique et surtout, personnelle. Entre émotion, stratégie et découverte, Ancestors : The Humankind Odyssey propose alors de parcourir les fondements de l'humanité. Bien que maladroit à certains moments dans sa conception, il reste une proposition audacieuse et permissive, signant le début des beaux jours pour le jeune studio.

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Passionnée de jeux vidéo depuis pratiquement toujours, elle a même décidé d'y consacrer ses études en maîtrise à l'UQAM. Intéressée davantage par la scène Indie, l'E-sport et la présence féminine dans les jeux vidéo, elle est également ouverte à tout ce qui concerne la scène vidéoludique !
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