Alliance Alive HD : redonner un peu de vie aux J-RPG traditionnels

Alliance Alive se refait une beauté sur Nintendo Switch. Est-ce que le titre de Cattle Call, appuyé par FuRyu et Grezzo, méritait un remaster HD?

Je dois faire une confession : je n’ai pas joué à la version d’origine d’Alliance Alive sur Nintendo 3DS. Je m’étais abstenu de l’acheter à l’époque après avoir été quelque peu déçu par The Legend of Legacy, titre similaire artistiquement, mais dont la faible teneur narrative m’avait quelque peu déçu ; je n’ai pas un faible pour les Visual Novels pour rien.

Donc, avec le remaster HD sur Nintendo Switch, j’ai décidé de lui donner sa chance. Si le titre mérite un remaster, cela veut dire que les ventes étaient malgré tout intéressantes et qu’il y avait un certain potentiel. Ni l’une, ni deux, j’installe le titre, m’assois confortablement sur mon divan et découvre l’univers éclaté de Alliance Alive. Rapidement, le jeu met en place sa trame narrative, sans trop de fioriture : les Daemons et Humains se sont battus il y a des siècles et les humains ont perdu. Les Daemons, avec leur esprit logique à n’en faire pâlir un cartésien, ont décidé de diviser les humains sur différents territoires pour éviter que ces derniers, impulsifs comme tout, ne déclenchent d’autres guerres qui mèneront le monde vers le chaos. Si le jeu m’avait demandé de choisir un camp, j’aurai volontiers accompagné les Daemons. Accompagné par les compositions enchanteresses de Masashi Hamauzu (Final Fantasy), que pouvais-je demander de plus ?

Profiter de la vague des remasters

Après une heure ou deux de jeu, je me suis rendu compte que le jeu était définitivement plus agréable en mode portable ; la résolution 1280p x 720p rend honneur au titre malgré ses textures et lumières qui font très Nintendo 3DS. Sur tout autre écran de taille, les yeux sont davantage attirés par les paysages désertiques que par les personnages ; se faisant, l’univers paraît vide et dénudé. La marche d’un endroit à l’autre, d’un continent à l’autre, est fastidieuse. Un sentiment que je n’avais pas eu depuis Tales of Besteria.

Je comprends l’intérêt des remasters : le jeu profite d’une seconde vie, de nouveaux joueurs peuvent l’essayer, la compagnie fait un peu plus d’argent. Un remaster d’un bon jeu est un pari monétaire peu risqué. Par contre, je ne comprends pas vraiment la motivation de ne pas modifier légèrement le jeu de façon à corriger des problèmes (mécaniques, visuels) ou encore pour donner une plus-value à la nouvelle version. Alliance Alive est sorti en 2017 sur Nintendo 3DS. Un remaster en à peine 2 ans, sans aucun changement notable ? Vraiment ?

Certaines mécaniques ou éléments du jeu auraient pu bénéficier d’une amélioration, même minime. La narration se révèle évasive quant aux directions à prendre (« va au nord-est, et bonne chance ») et ne répète pas souvent ce qu’il faut faire. Vous fermez le jeu quelques semaines et vous avez oublié où vous deviez aller ? Les possibilités ne sont certes pas nombreuses, mais un léger ajout à cet effet aurait été agréable.

Et son jugement est particulièrement drastique : ce daemon est aussi impitoyable que brutal.

La courbe de difficulté du titre est aussi inégale. La première moitié du jeu se déroule en toute quiétude avec l’apprentissage graduel des multiples mécaniques. Cet apprentissage graduel est apprécié, car il faut maîtriser beaucoup de détails (positionnement, arme, armure, valeurs, statistiques, etc.). Quand on pense tout maîtrisé, une certaine bataille obligatoire particulièrement difficile se pointe devant vous. C’est à ce moment que le jeu vient chercher toute la splendeur du J dans le J-RPG : soit broyer des ennemis pendant deux-trois heures (aussi connu sous le nom de grinding) sans rien faire d’autres.

« Malgré tout, Alliance Alive HD demeure une expérience agréable pour les fans de J-RPG classiques en quête d’un titre accrocheur, relativement court pour le genre, et muni de solides mécaniques de combat. »

Adieu niveau, bonjour habiletés indépendantes à développer

Son design autour du développement des personnages, par contre, est singulièrement réussi. Deux statistiques peuvent monter constamment durant les combats : celle des points de vie et celles des point spéciaux (pour les habiletés, par exemple). Celles-ci augmentent selon les monstres ; certains monstres ont plus de chance de faire augmenter les statistiques que d’autres. 

Les armes ont aussi des valeurs associées qui augmentent selon l’utilisation. Plus un personnage utilise une arme, plus il développera des techniques avec cette dernière. Plus il l’utilise dans une certaine position (par exemple au front) en position de défense (en opposition au support et à l’attaque), plus ses attaques seront fortes dans cette disposition précise. Cette légère complexité apparente ajoute un degré de profondeur intéressant et oblige les joueurs à s’adapter à l’occasion. Si les monstres communs ne sont pas si difficiles à abattre, les boss et autres démons (surtout ceux dans l’eau) se révèleront particulièrement coriaces. 

Si chaque personnage possède des statistiques de bases, légèrement modulables à l’aide d’objets, il n’en demeure pas moins que chacun d’entre ont des « rôles » prédéterminés dans une équipe. La variété d’armes - et les personnages cachés - ajoute une touche légère de personnalisation. La cerise sur le gâteau ? Chaque personnage, qu’il soit en combat ou non, obtient des points de talents, lesquels peuvent être utilisés pour développer des compétences de combat,  de support ou de navigation. Chaque joueur devra soigneusement réfléchir à la composition de son équipe pour optimiser ses points (vous en gagnez maximum 50 par bataille, vous en avez besoin d’au moins 2000 pour que ça vaille la peine) et ainsi ne pas être lésé par la difficulté de la trame narrative. 

Alterner entre plusieurs formations de combat est vital pour toute équipe d'aventuriers.

Tous unis…

Le titre du jeu pointe une forme d’Alliance qui se constitue très tôt entre les différents royaumes humains, avec quelques Daemons, monstres et Beastfolk pour la forme. Des gens d’un peu partout dans l’univers d’Alliance Alive se rassemble pour soutenir nos héros. 

C’est grâce à ceux-ci que les protagonistes peuvent vaincre leur ennemi : en créant des Guildes un peu partout dans le monde, ils parviennent à augmenter les pouvoirs de chacun, leur conférant de nouvelles armes et armures, des pouvoirs de plus en plus puissants et un canon qui vient soutenir l’équipe dans ses combats.

Il est seulement dommage que lesdites Guildes ne soient pas plus nombreuses (5 en tout) ou plus diversifiées. Le résultat est intéressant ; il aurait pu être encore plus fascinant de voir cette idée pousser plus loin.

C'est (malheureusement) vide; c'est ce qui arrive quand la moitié de l'humanité est anéantie...

…sans trop de raison

Alliance Alive sait ce qu’il fait et il le fait bien : il déploie les artifices des J-RPG en un tout cohérent qui sait exiger les meilleures stratégies de ces joueur.se.s. Son univers narratif, coloré et invitant, se révèle par contre limité par une histoire cousue de fils blanc avec des vides narratifs comblés par les grands espaces vides de son univers. Les personnages se rencontrent quelque peu aléatoirement, mais sans réel lien ; tout n’est que poudre aux yeux, et il faudra la moitié du jeu pour comprendre, ne serait-ce qu’un peu, ce dans quoi les protagonistes se sont embarqués.

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CritiquesJeuxNintendo
Rédacteur, linguiste et étudiant à la maîtrise en traductologie, il oriente son regard vers les impacts sociaux et culturels des jeux.
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