Amertume et testostérone avec Call of Duty

Modern Warfare a-t-il toujours sa place dans le monde des FPS?

Lorsque on a testé Call of Duty : Black Ops IIII l’année dernière, on se demandait si la franchise iconique du shooter arriverait à prendre sa place dans un genre qui a su évoluer avec le temps. Dans cet univers du FPS bien varié et occupé par des Rainbow Six : Siege, Overwatch, PUBG, Destiny 2… le bon vieux CoD méritait-il toujours sa place sur notre écran? Un an plus tard, nous revoilà à nous reposer la même question.

Résurrection d’un malaise narratif

Il faut citer notre critique de Black Ops IIII pour vous laisser savoir comment l’univers narratif Callofdutien est perçu :

Adieu l’histoire de Call of Duty. Et tant mieux, sa faible trame narrative et les dialogues transformaient ce jeu en une immense campagne de propagande absurde pour l’ultra-militarisation américaine. Une vraie pub où l’interventionnisme étasunien dans le monde était TOUJOURS correct.

D’un côté, saluons ’idée de rapporter un mode single player avec une histoire. Le jeu vidéo n’est pas que du online, et les shooters souffrent beaucoup de cette carence de trame narrative. Hélas, Modern Warfare récidive dans sa faible écriture dans une inquiétante confusion. Il fout au malaxeur des complexes sujets politiques concrets dans une fiction pure avec son bon vieux gros shake de protéines. On voit dès le départ qu’il veut choquer, cherchant à refaire une controverse à la “No Russian” de MW2.

Sans spoiler plus des 30 minutes premières de jeu, on assiste donc à un attentat terroriste massif en plein centre-ville de Londres, nous rappelant amèrement les attentats du 13 novembre 2015 au Bataclan, en France. Est-ce trop loin, trop dur? Pas nécessairement, n’importe quel sujet peut être abordé correctement si la bonne sensibilité y est prêtée… mais c’est là que Call of Duty échoue. On nous suggère en parallèle une histoire dans un pays fictif, l’Urzikstan, que nous pourrons surnommer ici l’”Arabistan” tellement qu’on évoque tous les clichés occidentaux d’un pays du Proche ou Moyen-Orient. Ce pays fictif reflète évidemment la situation Syrienne : les interventions messianistes des soldats étatsuniens, le soulèvement du peuple kurde, le despotisme russe… mais tout ça dans un monde fictif? Pourquoi?

Alors à vous de juger. Protection légale? Peur de se mouiller? Chose certaine : les vraies choses horribles se passent dans un vrai pays comme l’Angleterre, tandis que le reste des horreurs génocidaires se passent dans ce caricatural Arabistan. Comme si on n'osait pas entièrement démontrer une réalité politique, mais que les Blancs, eux, ont une vraie souffrance? En bref : des choix narratifs confus, une position prise à moitié, où on ose pas se lancer dans de vraie problématiques. La conséquence : on mélange maladroitement encore plus de stéréotypes. On est devant un énième outil de propagande militariste sans réelle profondeur, malgré sa prétention.

C’est beau

Que ce soit en single ou en multi, en cinématique ou en plein jeu, il faut l’admettre : Modern Warfare est d’une beauté incroyable. Digne d’une oeuvre cinématographique (ce que clairement ils veulent faire d’ailleurs), on remarque une qualité d’animation sublime, des détails aux visages, des modèles d’armes à feu dessinés avec précision et des environnements fascinants. On observe enfin quelques environnements destructibles, mais on regrette toutefois qu’on atteint pas le niveau de Battlefield avec de réels environnements complètement destructibles. En 2019, on mérite de voir l’évolution d’un réel champ de bataille, terrain que Call of Duty a pourtant la prétention de nous faire vivre dans une bonne immersion.

Erreur sur les modes?

Dans les modes multijoueur, on observe une sérieuse disparité dans la qualité. Par souci de “réalisme” on apporte une interface très épurée, ce qui est bien satisfaisant. Néanmoins, le multijoueur en souffre un peu en amplifiant le chaos que nous vous avons décrit dans Black Ops IIII. Encore plus dur de savoir ce qui se passe, peu satisfaisant et peu stratégique, on a l’impression de jouer à Quake… sans le plaisir de celui-ci. Son mode 32vs32 est toutefois plus agréable, surtout si vous aimez le kayak, le plein air et surtout le camping en général. Toutefois, avec les hélicoptères et l’artillerie… on ne peut s’empêcher de penser “Ah tiens, c’est comme Battlefield mais sans des environnements destructibles”. Les joueurs plus hardcore vont apprécier le mode 2v2, où ce sera vraiment le temps de montrer vos muscles et vos 360 no-scopes.

On assiste à un renouveau du mode Special Ops, ce mode co-op à quatre qui permet de faire des opérations intenses et très mobiles, se faisant très différent du bon-mais-bof Zombie Mode. Avec des amis, on y trouve un réel plaisir à chercher les meilleurs stratégies et tuer une quantité de méchants terroristes tellement élevée qu’on se demande comment leur économie arrive-t-elle à être viable.

 

À la recherche de soi-même

Finalement, Call of Duty s’essouffle lentement. La série profite heureusement toujours de sa massive base de joueurs hardcore qui sont tombés en amour avec Call of Duty IV ou Black Ops II, mais elle prend difficile sa place dans le monde contemporain du FPS. Comme on suggérait à la sortie de Black Ops IIII : il y a toujours mieux ailleurs selon le mode que vous aimez. Vous voulez du stratégique? Rainbow Six : Siege est là pour vous. Vous amuser en groupe avec compétences? Overwatch. Grinder de l’XP? Borderlands 3. Du combat sur un champ de bataille massif? Battlefield. Évidemment, si vous avez le logo de Black Ops II tatoué sur un bras et que vous avez trouvé tous les autres Call of Duty fantastiques, tous mes arguments de mèneront nul part, vous allez adorer le jeu. Vous l'avez probablement pré-commandé aveuglément, de toute façon.

Call of Duty : Modern Warfare n’est pas mauvais en soi. Ses graphismes sont impressionnants, et ses modes de jeux sont tous de qualité acceptable. C’est comme le Walmart du jeu vidéo. C’est gros, la qualité est moyenne, c’est éthiquement douteux, mais ça fait plaisir quand tu veux pas te casser la tête. À jouer si vous voulez faire différents modes de jeu avec des amis… sinon regardez les suggestions ci-haut!

Une clé a été offerte par l'éditeur afin de permettre la création de cet article.

Pour en savoir plus sur notre avis de Call of Duty : Modern Warfare, vous pouvez consulter l'épisode de notre podcast sorti tout juste après sa sortie.

De plus en plus ordinaire
7.5
De plus en plus ordinaire

  • 7.5
Catégories
CritiquesMicrosoftPC / MACPlaystation
Enseignant d'histoire et de géographie passionné des jeux vidéo depuis sa petite enfance. Il a évolué dans les univers SNES, PSX, PC, Xbox, PS3, PS4. Grand admirateur de jeu de stratégies, d’aventure, de RPG, et de plate-forme. Ses goûts pour les sciences sociales et la psychologie l’amènent souvent à aborder les jeux vidéo d'un angle différent.
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

*

*

Dans le même sujet