Mosaic – À la recherche du bonheur

Peut-être que je n’étais pas au bon endroit au bon moment en 2019, mais l’année m’a semblé plutôt faible en termes de jeu narratif. Ça manquait de jeux marquants,...

Peut-être que je n’étais pas au bon endroit au bon moment en 2019, mais l’année m’a semblé plutôt faible en termes de jeu narratif. Ça manquait de jeux marquants, d’indies troublants qui osent nous exposer à un sujet délicat. Heureusement, Mosaic vient sauver la mise juste avant la fin d’année.

La durée totale du jeu est d’un peu plus de 2 heures, c’est pourquoi cette critique n’est qu’une version étendue de l’aperçu publié plus tôt cette semaine. Nous avions pu tester les 30 premières minutes de Mosaic, qui sont représentative du reste de l’expérience: mystérieuse, psychédélique, et surtout, troublante.

Tout s’explique lorsqu’on réalise que Mosaic est développé par Killbrite Studio, qui nous avait donné le tout aussi inquiétant « Among the Sleep », en 2014. Ce studio norvégien sait comment captiver notre attention et nous immerger dans un univers original.

Notre personnage se réveille dans un univers gris et oppressant. Nous le suivons dans sa routine pour nous rendre au travail. Métro, boulot, dodo, poisson rouge parlant que l’on crache en se brossant les dents. Ça arrive.

Au fil de l’aventure, on finit par comprendre que notre protagoniste a du mal à trouver du temps pour lui dans son cycle routinier. C’est pourquoi chaque jour, en se rendant au travail, il laisse son esprit vagabonder et finit toujours par trouver une touche d’art en dehors des sentiers battus.

Lorsque notre protagoniste sans nom se rend finalement au travail, on tombe dans une sorte de jeu de stratégie simpliste dans lequel on doit rediriger des ressources pour nourrir le logo de la compagnie. Vous aurez compris que c’est une belle petite métaphore...

Les habitués de ce genre de jeu ne seront pas surpris d’apprendre que le gameplay de Mosaic linéaire, et qu’il est dénué de casse-tête ou d’écran «game over». C’est tout à fait normal. Il faut plutôt le voir comme un film interactif, dont le médium nous permet de connecter plus facilement avec le personnage.

Échapper à la réalité

Un des éléments de gameplay qui ne serait pas possible dans un film, c’est le jeu Blip Blop, sur le cellulaire du personnage. C’est un clicker game dont le seul but est de faire passer le temps. C’est un clicker game dans sa plus simple expression : on appuie sur le bouton du centre pour gagner plus de Blip, on achète des upgrades pour gagner plus de Blip. Une fois qu’on a atteint le niveau 100, on « prestige » puis on recommence tout avec un multiplicateur.

Notre personnage peut sortir ce jeu de ses poches et y jouer pendant que l’on avance dans les corridors volontairement trop longs, ou pour éviter de socialiser dans un ascenseur. Blip Blop est un des nombreux produits offerts par la compagnie «Mosaic», qui semble contrôler chaque aspect de la vie des citoyens de l’univers du jeu. Le travail vous vide de votre énergie? Essayer cette boisson énergisante! Incapable de dormir? Utilisez ces somnifères! Trop de dettes? Utilisez cette application de bourses qui vous fera peut-être gagner de l’argent (ou vous en faire perdre systématiquement)! Besoin de vous sentir utile tout en souhaitant vous isoler de la société? Blip Blop!

Mosaic est clairement une critique du système capitaliste dans lequel on vit: nous ne sommes qu’un rouage dans une machine demandant de plus en plus d’énergie. Évidemment, c’est fait d’une manière beaucoup moins moralisatrice que la description que j’en fais. L’émotion du personnage est toujours illustrée de manière plus artistique dans des passages cartoonesques. L’imagerie est frappante et vaut mille mots, contrairement à d’autres indies aux visuels étranges, mais ultimement vides de sens (je lance un regard furieux à Inside).

Avoir une passion, c’est important

Le message de Mosaic est clair. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher d’y repenser par la suite, et prendre position sur la morale du jeu. L’interprétation que j’en fais, c’est de ne pas laisser la routine ou le travail détruire vos passions. Ce qui rendrait notre personnage heureux, c’est de créer: de jouer de la guitare dans un band. C’est un peu comme si sa vie monotone ou son travail devant un ordinateur était ce qui l’empêche de s’épanouir.

Nous sommes prisonniers de ce système capitaliste, qu’on le veuille ou non, mais je ne crois pas du tout que ce soit lui qui freine notre croissance personnelle.

Si votre travail vous donne l’impression de vivre dans un roman dystopique, démissionnez et postulez ailleurs. En 2019, les patrons ont compris qu’un employé heureux est plus productif, et ça, c’est une excellente nouvelle. Aucune compagnie ne veut avoir la réputation d’être un tyran.

De grâce, arrêtons de démoniser les emplois qui nécessitent un ordinateur. C’est une image qui revient constamment dans la culture populaire (avec celle du photocopieur qui aspire les âmes), alors que ce n’est pas le cas. C’est tout à fait possible de socialiser dans un bureau à aire ouverte tout en étant productif.

Et vous savez quoi? Les gens qui vivent de leur passion, c’est extrêmement rare. C’est normal que votre travail ne vous remplisse pas de joie chaque seconde de la semaine. Vous devriez aimer ce que vous faites, bien entendu, mais vous devriez aussi prendre le temps de vivre en dehors du travail. C’est à vous à suivre votre instinct et oser vous lancer dans des projets qui vous passionne dans vos temps libres. Je crois que c’est en créant un équilibre entre la routine rassurante d’un travail et un passe-temps qui vous énergise, que l’on peut s’approcher du bonheur.

En gros, je ne suis pas vraiment d’accord avec l’idée que c’est le système qui nous contrôle et qui brise nos rêves: je crois plutôt que c’est un effort que l’on doit faire de notre côté. De prendre le temps d’être heureux.

Le point ici n’est pas de contester le positionnement de la morale du jeu, mais bien de réaliser qu’il m’a fait réfléchir. (Quand une critique se transforme en conférence sur la croissance personnelle, c’est un bon indice que le jeu a réussi à atteindre son but). Après avoir terminé Mosaic, j’ai continué d’y penser, et c’est tout ce qui compte.

Pour être franc, vous n’aviez pas besoin de ma critique pour savoir si Mosaic est pour vous. Si vous aimez les expériences narratives comme celle-ci, je suis certain que vous aimez prendre des risques, que vous cherchez les jeux originaux qui se démarquent du lot. Si oui, la bande-annonce vous avait probablement déjà convaincu. Sinon, je suis ici pour vous dire que Mosaic est à la hauteur des attentes et qu’il figure parmi les meilleurs jeux narratifs de 2019.

Incite à la réflexion
9
Incite à la réflexion

Un jeu narratif court, mais magnifique, qui vous fera réfléchir sur la place du bonheur dans votre vie.

Les plus
  • Un style visuel frappant
  • Un message clair et imagé
  • Une mécanique de jeu bien utilisés pour prouver un point
Les moins
  • Dans les sections "stratégie", le contrôle à la manette est mauvais
  • 9
Catégories
CritiquesMobilePC / MAC
C'est un gamer, fan de science-fiction, de BD, de jeux de société et de musique électronique. Bref, un geek. Rédacteur depuis 2008, il adore partir à la recherche de jeux uniques, peu importe leurs dates de sortie ou leurs pays d'origine.
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