Rugby 20 : essai transformé?

Au rayon des simulations de sport, les divers amateurs de cyber-athlètes en sueur ne sont pas forcément tous logés à la même enseigne. Si les FIFA, Madden et NBA 2K connaissent leur nouvelle mouture à chaque année, du côté de l’ovalie, on fait un peu grise mine. Mais Eko Software ne lâche décidément pas l’affaire, et nous revient avec Rugby 20.

Le jeu de rugby, un ballon perdu

Les jeux vidéo de rugby sont rares, et pour être honnête, les quelques tentatives par le passé ont généralement fait des flops. Le rugby est complexe à implémenter, et vise un public tout de même plus restreint que les plus grands sports de ballon cités plus haut. Les grands éditeurs comme EA ou 2K ne s’y intéressent tout simplement plus. Mais il existe un irréductible gaulois, à savoir Eko Software, qui est revenu à la charge cette année avec ce Rugby 20. Je n’avais pas eu la chance (?) de mettre les mains sur Rugby 18 à l’époque, principalement dissuadé par les mauvais retours généraux à l’époque. Mais à en lire les critiques de l’époque, il semblerait qu’Eko Software ait tenté de corriger le tir en 2020, en partant sur les bases établies par le 18.

"PILOUUU! PILOUUU!"

Plaquage à l’épaule et tchik-tchak en bois

Ainsi, on retrouve un système de jeu assez similaire à Rugby 18 au niveau des contrôles et des nombreuses phases de jeu qui comportent le rugby moderne. Premier soulagement, Eko a évité l’écueil de l’acharnement de bouton, qu’on pouvait craindre dans un sport reposant souvent dans l’affrontement physique pur. Les nostalgiques des Track and Field et leurs ampoules aux doigts sauront de quoi je parle. Ici, on retrouve des entrées précises et propres à chaque phase, et seul les groupés pénétrants ( mauls ) en reviennent à un bon gros button mashing des familles, mais assez peu impactant au final. Ce qui pour le coup, est une reproduction plutôt fidèle de l’efficacité des mauls dans le rugby moderne.

Les combinaisons pour Les Nuls

Le système de passe repose sur les boutons d’épaule RB / LB, pour les passes à droite et à gauche, avec une gestion de la longueur de passe sur la durée de pression. Un appui simultané sur les deux touches fera une passe à un joueur dans son dos. Le main-à-main ne fonctionne pas toujours très bien, et la passe sur un pas ressemble plus à un geste accéléré qu’autre chose. Les passes longues donnent parfois lieu à des “passes magiques” trouvant miraculeusement leur destinataire au milieu d’une forêt d’adversaires, démolissant pas mal l’aspect réaliste que veut se donner Rugby20.

La touche est probablement la phase la plus obscure, mais avec un certains mind game quant au choix de bloc de saut. Cependant le lancer offre un ralenti assez inutile qui brise le rythme, et assez incompréhensible quant à l’action à effectuer, quand les deux sauteurs ne ratent carrément pas complètement la balle, d’ailleurs.
Enfin, il vous faudra expérimenter un peu autour du stick droit pour pouvoir jouer vos duels ballon en main : cadrage-débordement, feinte de passe et tour sur soi-même s’y cachent, permettant de tenter des exploits individuels bienvenus dans un jeu au rythme au final assez… “plan-plan”. Mais on y reviendra.

Quand Matrix rencontre Ali Williams

Ruck n’ Roll

La majeure partie du temps de jeu se situe dans les regroupements ( rucks ), et la configuration des touches y est assez particulière, demandant d’enchaîner rapidement B et une direction au stick droit. Ce qui nous amène à un premier hic : pas de choix de configuration des touches, ni de configuration personnalisée. Pire, le jeu à sa sortie n’avait aucun visuel expliquant les rôles de chaque bouton : seul les quelques didacticiels permettaient de rentrer dans Rugby 20 à moitié équipé pour le combat. Heureusement, et c’est là une réflexion plus générale, Eko a déployé plusieurs mises à jour successives qui ont grandement amélioré l’expérience de jeu, à commencer par un plan des configuration de touche. Des patchs qui ont touché plusieurs points, mais surtout, le comportement collectif et l’intelligence artificielle des adversaires.

Cadrage débordé

Et on arrive à un point noir central du jeu, qui est au cœur de la problématique des adaptations de rugby en jeu vidéo : l’intelligence artificielle, tant du côté de l’équipe adverse que de ses propres partenaires de jeu. Car le rugby est un sport complexe, avec plusieurs phases très différentes. Mais surtout, il repose sur la cohésion d’équipe : on parle du sport collectif ayant le plus grand nombre de joueurs sur le terrain, et organiser une trentaine de gaillards autour d’un ballon n’est pas chose aisée, dans la réalité comme dans le virtuel.


Du point de vue stratégique, la grande majorité des systèmes de jeu y sont : de multiples combinaisons sont préparables et accessibles via le D-pad, deux systèmes de jeu généraux, et plusieurs ajustements spécifiques comme la largeur de ligne ou la profondeur de jeu en attaque peuvent être modifiés. Mais cela se fait dans le cours du jeu au prix d’une sorte de semi pause active qui brise forcément un peu le rythme de la partie. Les plaquages ne sont pas bien compliqués, ce qui rend les défenses assez imperméables. Les premières parties vont potentiellement se terminer sur des 0-0 assez tristes, jusqu’à maîtriser les systèmes de jeu et comment en abuser.

Ovalie de la mort

On en vient à un autre problème essentiel de Rugby 20 : il a beau tenter de reproduire fidèlement les mécanismes du rugby, il en reste assez ennuyeux manette en main. Les rucks s'enchaînent mollement, la difficulté (amateur, semi-pro ou pro) influant principalement sur l’issue de ces regroupements. Les options de variation avec du jeu au pied s’avèrent assez inefficaces, tant par la faible portée des coups de pied que par la rareté à prendre à défaut le triangle défensif adverse. On pourra toutefois aller parfois chercher une touche en abusant d’un raté d’animation, le joueur réceptionnant ne faisant aucun effort pour éviter la sortie de terrain.

Et des ratés d’animation, tant qu’on est sur le sujet, il en pleut comme des chandelles sur un terrain anglais. Du ralentissement du porteur du ballon juste avant un plaquage pour “lisser” l’animation, aux transitions ratées comme entre une touche et un maul, sans oublier les réactions bien trop synchronisées des joueurs face aux événements ou coups de sifflet, le réalisme prend la marée bien trop souvent. Ajoutez à cela une qualité graphique digne des FIFA d’il y a dix ans, et des commentaires bien trop souvent à côté de la plaque, et on aura du mal à prendre au sérieux un jeu qui pourtant tente de faire de son mieux. On sent clairement la passion des développeurs, en témoigne la forte évolution positive du jeu depuis sa sortie, notamment au niveau de l’intelligence artificielle et sa variété de jeu. On peut citer l'absence de sifflet en cas de ballon mort, des ratés d'interface lors des changements de joueur, ou des ballons qui se téléportent d'un bord à l'autre d'un ruck pour peu que l'on perde l'épreuve des bons boutons à peser. Mais au final, c'est surtout l'intelligence collective qui pêche.

Carrière trois-quart

Le titre devrait pouvoir satisfaire les mordus de l’ovalie, de part les nombreuses licences qu’il a pu signer. On peut cependant regretter qu’il manque certains portraits de joueurs. De nombreuses ligues y sont représentées, et pour ceux à l’âme entrepreneuriale, un mode carrière existe. Le recrutement s’appuie principalement sur l’ouverture de packs de cartes, qu’il faudra “farmer” en enchaînant les parties. On s’est bien évidemment fortement inspiré des pochettes surprises des simulations d’EA Sports, le côté prédateur en moins : pas moyen d’acheter les SP du jeu en monnaie sonnante et trébuchante, ouf. Cependant, les options de gestion pure de son équipe sont assez réduite, tout comme les transferts de joueurs. On est loin d’une option “rugby manager”.

"Youpii, j'ai gagné, j'ai gagné... Mais qu'est-ce que j'ai gagné au fait?

Côté ergonomie, c’est surtout la gestion de l’effectif et des remplacements en cours de partie qui est vraiment lourde, et peu claire. Heureusement, un raccourci permet de rapidement accepter une suggestion de remplacement proposée automatiquement lorsqu’un joueur est épuisé. Les combinaisons sont assez brouillonnes, et relativement peu efficaces, pour peu qu'on arrive à les compléter. Ce qui là encore est parfaitement fidèle à la réalité, d’ailleurs.

Différence notable par rapport à son prédécesseur, les options de jeu permettent une bonne flexibilité au niveau de la caméra, avec un choix d'angle et de distance. Autre option intéressante, basculer l'orientation du terrain de haut en bas, à une vue sur le côté du terrain, de type TV. Mon choix personnel s'est porté sur cette dernière, permettant de mieux voir les options de jeu sur les ailes et savoir quand écarter ou non, assez paradoxalement.

Pas pour tous gabarits

Rugby 20 s’adresse aux mordus de l’ovalie, le message est clair. Les licences y sont nombreuses, et les systèmes de jeu tentent tout pour reproduire la messe hebdomadaire du Top14 ou du 6 Nations. Malheureusement, si les animations sont dans l’ensemble propres, on est à de nombreuses longueurs de retard par rapport au niveau technique d’un FIFA contemporain. L’IA et le comportement général des joueurs sont souvent aux fraises, ou obéissent à leurs propres lois plutôt qu’à celles du véritable sport, et le plaisir d’un œil avisé en sera lourdement écorné. Les bugs y sont nombreux, mais jamais "game breaking" non plus. On s’y amuse tout de même à partir du moment ou l’on a intégré ses mécaniques, mais les néophytes passeront rapidement leur chemin, tout comme les experts exigeants qui s'y ennuieront pour des raisons opposées.

Un code Steam a gracieusement été fourni par l'éditeur dans le cadre de cette critique.

 

Simulation qui se veut fidèle, mais en retard techniquement
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Simulation qui se veut fidèle, mais en retard techniquement

Rugby 20 est peut-être une des meilleurs tentatives au rayon simulation de rugby. Hélas, c'est un sport complexe à reproduire, et cet essai ne passe pas toujours entre les perches dans les divers compartiments du jeu. On peut toutefois espérer que le suivi déjà très bon par Eko Software bonifie ce titre avec le temps. D'ici là, les amateurs de rugby y trouveront un bon passe-temps, mais probablement pas une passion mordante.

Les plus
  • Les licences officielles de nombreuses équipes
  • Animations propres
  • Systèmes de jeu souvent fidèles
  • Contrôles évitant le "spam" de bouton
  • Parfois le sentiment de reproduire les vrais systèmes du rugby
Les moins
  • I.A. souvent aux fraises
  • Nombreux bugs, sans briser le jeu toutefois
  • Mode carrière peu intéressant
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Critiques
Tombé dans la NES quand il était petit, c'est un fan de jeux vidéo depuis l'enfance. Console, puis PC, c'est l'avènement d'internet qui scellera sa passion pour le jeu en ligne. FPS, STR, MOBA, un café, l'addition, tout l’intéresse, et il suit avec attention la scène pro à travers le monde. Au diapason de ses origines, il trouve son inspiration au sein d'une organisation secrète: #FrenchWhine.
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