Ciel Fledge : Un jeu de simulation à valeurs humaines

En ces temps apocalyptiques, la vie, elle continue. Ciel Fledge tombe étonnement à point nommé, alors que l’humanité dans son univers persévère dans son quotidien malgré les dangers qui les attendent. 

Récemment, j’ai eu la chance de pouvoir correspondre avec l’éditeur PQube afin de m’entretenir avec le studio indonésien Namaapa (vous pouvez trouver l’entrevue ici, d’ailleurs). L’échange m’avait suffisamment convaincu d’essayer leur titre, bien que je me gardais une certaine réserve à l’égard des jeux de simulation, encore plus lorsque la prémices est « d’éduquer une enfant ».

Nous sommes en 3716, la Terre se meurt et…

On ne croirait pas de prime abord que le jeu parle de fin du monde, d’apocalypse et de danger imminent. La palette de couleurs, voire même l’ambiance générale du jeu laisse entrevoir un jeu de simulation du quotidien, quelque peu lambda dans son essence. Sans plus. 

Seule survivante de sa colonie, Ciel s'en remettra à vous pour bien l'intégrer dans sa nouvelle vie.

Dès les premières séquences narratives, le ton est mis : l’humanité combat constamment pour sa survie contre des envahisseurs extra-terrestres. Elle est, en somme, au bord de l’extinction. Une des dernières colonies a complètement été démolie. Parmi les survivants se trouve une jeune enfant traumatisée par l’expérience. Si bien qu’elle ne peut se rappeler réellement ce qui s’est déroulé avant l’attaque. 

Comme votre personnage, qu’importe son sexe, est sans enfant, les autorités en place ont décidé que vous alliez devoir faire votre devoir sociétal et l’adopter. On vous invite donc à en prendre soin, à l’éduquer, à lui inculquer les bonnes valeurs de la vie, à bien se comporter en société. Bref, à en faire un être humain à part entière qui pourra s’épanouir dans sa société. 

Et puis les menus s’affichent, le tutoriel s’enclenche rapidement en de courtes successions d’information qui auront tôt fait de vous épuiser. Comment est-ce qu’on éduque un enfant ? Quels sont les objectifs ? Comment j’évalue sa réussite, ma réussite ? Qu’est-ce que je suis en train de faire ?

Dans cet univers, vous avez carte blanche sur l’avenir de votre enfant. Est-ce que vous allez lui imposer un horaire ? Est-ce que vous allez écouter ce qu’elle demande subtilement ? Qu’en est-il de ses relations avec les autres humains de l’Arc, la plateforme sur laquelle la colonie subsiste ? Quelles sont les règles du jeu ? Il n’y en a pas, comme il n’y en aurait pas vraiment avec les Sims. Vous devrez répondre à ses besoins tout en assurant la survie financière du loyer monoparental.

De temps à autre, des mini-jeux viendront alléger la gestion et la simulation. Essentiellement, ils ne sont pas difficiles ; mais sans les bonnes statistiques, il est impossible de les gagner.

L’être humain déconstruit

Les statistiques sont nombreuses, on s’en rend compte très tôt. Qu’il soit question d’intelligence, de force, de créativité ou encore de talents culinaires ou d’économie familiale : tout est quantifié, tout est valeur. Selon le développement des compétences de Ciel, de nouvelles activités seront disponibles. Si au début il est normal qu’elle aille à l’école tous les jours, rapidement, il faudra décider si Ciel étudiera les sciences ou les arts, rejoindra l’armée ou ira plutôt vers le chemin de la spiritualité. Il est impossible de tout faire : le/la joueur.se devra trancher. 

Au début de chaque semaine, les joueur.se.s devront choisir les activités de leur fille : aller à l'école, se reposer, travailler, magasiner ou encore socialiser.

L’arbre des possibilités est suffisamment complexe pour engendrer plusieurs parties. Bien qu’il soit possible de se satisfaire d’une seule partie (qui se termine lorsqu’elle atteint la majorité), les possibilités proposées sont-elles qu’on sent le besoin d’avoir plusieurs sauvegardes, afin de découvrir les différentes fins proposées par le studio Namaapa.

Ces différentes fins sont autant d’avenirs potentiels pour Ciel. Les décisions du/de la joueur.se viendront aussi influencer comment Ciel réagit dans les séquences narratives. Comment vit-elle les invasions extra-terrestres ? Comment vit-elle l’adolescence ? Est-ce qu’elle s’entend bien avec le/la joueur.se ? Prendra-t-elle les armes pour défendre l’Arc, ou bien choisira-t-elle de devenir une chanteuse et de mettre un peu de vie dans le quotidien des gens ? Tout cela dépend de la personne qui l’a éduquée pendant six ans.

Les vêtements et les accessoires permettent de modifier les statistiques de Ciel. Si bien que certains vêtements sont plus appropriés que d'autres dans certaines situations.

Entre simulation et fin du monde, un peu d’humanité

Entre son univers étrange (heureux malgré l’ambiance apocalyptique) et son air de fiche Excel (préparez-vous à un vrai jeu de simulation), Ciel Fledge fait montre d’un peu d’humanité par les thèmes qu’il aborde. Certes, la situation actuelle mondiale y trouve quelques échos. La vie continue, les gens interagissent avec les membres de leur communauté (sans distanciation sociale, toutefois !). On y découvre la naïveté et l’innocence des enfants, tout comme on y voit l’adolescence et les premiers pas vers la vie d’adulte. 

Cela crée une expérience ludique intéressante, innovante et, en quelque sorte, rafraîchissante. Aucune mauvaise décision, aucun mauvais jugement : juste le souci d’explorer un peu d’humanité dans un univers narratif distant, mais ô combien similaire au nôtre.

 

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Critiques
Chercheur (Ph.D), rédacteur, traducteur, Pierre affectionne les questions sociales, culturelles et narratives dans les jeux.
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